Le transport aérien est soumis à trop de taxes, c’est une vérité qui passe pour admise. Ce n’est pas entièrement faux, quoiqu’en disent certains opposants à ce mode de déplacement. Les associations de compagnies aériennes font de louables efforts pour les faire connaître. Encore faut-il distinguer les montants payés aux prestataires – aéroports, contrôles de sécurité, redevances liées au contrôle aérien – des vraies taxes : fonctionnement des autorités de tutelle, nuisances sonores, éco-taxes, et j’en oublie certainement.

En fait, contrairement aux autres modes de déplacement, le transport aérien prend en charge la totalité de ses coûts de fonctionnement, sans que la collectivité ait à débourser pour le faire fonctionner, ce qui n’est pas le cas du transport ferroviaire, ni même du maritime. Ainsi, sur un vol Paris-Nice par exemple, pour un prix moyen du billet de 132 €, 52 € sont reliés aux taxes et services extérieurs obligatoires.
Des tarifs qui ne paient même pas les taxes
Eh bien, je suis allé voir les tarifs affichés et j’ai trouvé immédiatement des prix à 41 €, voire 37 €. Autrement dit, ces prix ne paient même pas les taxes et redevances obligatoires. Quel est l’intérêt des compagnies aériennes à mettre sur le marché de tels tarifs ? Et ce n’est pas nouveau. L’explication couramment entendue est qu’il ne s’agit que de tarifs promotionnels, qu’il n’y en a finalement pas beaucoup et que cela peut attirer des clients. Je ne comprends toujours pas la démarche, sachant que les transporteurs doivent payer l’intégralité des coûts de leur environnement et qu’en plus ils doivent bien faire fonctionner leurs entreprises et payer les salaires, le carburant, les appareils et leur entretien, avant de rémunérer les actionnaires.
Un quart de siècle de prix bradés
Je peux comprendre qu’afficher des tarifs très bas puisse entraîner un surcroît de clients, mais ceux-ci ne viennent que pour ces tarifs et ils s’attendent à les trouver. Et ils sont très déçus si les prix normaux sont appliqués. Dans le même temps, les transporteurs se plaignent de l’augmentation de leurs charges, ce qui est bien réel. Ils sont dans l’obligation de les répercuter d’une manière ou d’une autre sur leurs tarifs, et cela se traduit sur les grilles de prix. En fait, depuis plus d’un quart de siècle, on a biberonné les clients aux tarifs promotionnels, les seuls qui soient affichés. Aujourd’hui, par exemple, à l’ouverture du site Opodo pour une demande sur Paris-Nice, le premier message affiché est : « tarifs à partir de 7 € ». De qui se moque-t-on ? D’ailleurs, cette pratique est courante et elle n’est pas l’apanage de ce comparateur de prix ni de cette destination.
Partout les prix montent, sauf en Afrique de l’Ouest
Reste que les tarifs ont sérieusement augmenté non seulement depuis la fin du Covid, qui aura au moins eu l’intérêt de ramener le transport aérien aux réalités économiques, mais même depuis la dernière année, sous l’effet des contraintes liées à la géopolitique. Ainsi, les prix ont augmenté quasiment partout dans le monde : 20 % en Asie, 23 % aux États-Unis, 31 % au Brésil et 15 % en Europe, voilà pour les moyennes. Seul le continent africain a vu les tarifs de sa partie occidentale baisser, en dehors des vols long-courriers, car les États de la CEDEAO ont accepté de diminuer de 25 % les taxes passagers.
Fini les prix d’appel, place à la qualité
Il faut savoir ce que l’on veut. Si c’est un transport aérien performant, fiable, avec des prestations raisonnables, de bonne qualité et de surcroît décarboné, il faudra bien en payer le prix. Et il ne faudra pas compter sur les aides publiques pour cela, car elles seront réservées aux concurrents de ce type de transport. Inéluctablement, les prix vont encore augmenter, et ce n’est que justice, car les consommateurs doivent accepter de couvrir les charges des compagnies qu’ils utilisent. Les acteurs, au premier rang desquels les compagnies aériennes, devront bien changer leur stratégie de communication avec leur public. Il faudra en finir avec les affichages de prix attractifs qui ne couvrent pas les charges, pour se différencier à partir de la qualité des prestations.
Je note d’ailleurs que l’on commence sérieusement à voir, non seulement une réelle amélioration des services à bord, mais aussi des campagnes de publicité axées sur le produit et non plus sur le prix. Il serait peut-être judicieux, aussi, que les transporteurs expliquent en détail comment on peut voyager au-dessus des océans dans de parfaites conditions de confort et de sécurité. Cela semble banal, mais qui connaît, au moins dans les grandes lignes, le détail des opérations ? Après tout, les compagnies pourraient utiliser le temps passé à bord de leurs appareils pour enseigner à leurs passagers les rudiments du fonctionnement de leur vol. Nul doute qu’ils comprendraient alors très bien que leur déplacement a un coût.
En dehors de 50 € de l’heure de vol, il est impossible pour une compagnie d’équilibrer ses comptes.

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