Jusqu’à 900 millions de dollars de trop. C’est, en ordre de grandeur, ce qu’aurait coûté au Kenya la construction de sa ligne ferroviaire à écartement standard (SGR) confiée à des entreprises chinoises, selon la Banque mondiale. Un surcoût imputé à la corruption, à la fraude et à des procédures de passation de marchés douteuses.
Le montant n’est pas le seul signal d’alarme. Le coût au kilomètre de la ligne kenyane est nettement supérieur à celui de projets comparables réalisés en Tanzanie et en Éthiopie, deux pays dont les infrastructures sont pourtant plus sophistiquées, avec des voies électrifiées. La facture kenyane, elle, n’a pas ce niveau d’équipement. « Le Kenya a dépensé jusqu’à 900 millions de dollars de trop pour la construction de sa ligne ferroviaire à écartement standard. » Indique la Banque mondiale.
Un surcoût qui se lit aussi chez les voisins
L’argument est d’autant plus gênant pour Nairobi qu’il repose sur une comparaison directe. La Tanzanie et l’Éthiopie ont construit des lignes électrifiées, techniquement plus avancées, à un coût au kilomètre inférieur à celui du SGR kenyan. L’écart ne tient donc ni à la technologie ni au relief, mais aux conditions dans lesquelles les contrats ont été négociés et exécutés.
La Banque mondiale estime que la corruption alourdit le déficit budgétaire annuel du Kenya d’environ deux points de pourcentage du produit intérieur brut (PIB). Une ponction annuelle, récurrente, qui se répercute directement sur la capacité de l’État à financer ses services publics et ses investissements.
Vingt points de PIB en jeu sur dix ans
L’institution va plus loin dans ses projections. Réduire la corruption permettrait d’accroître le PIB du Kenya de plus de 20 % en une décennie. L’effet se lirait aussi sur les marchés : l’amélioration de la qualité des finances publiques abaisserait le risque perçu des emprunts souverains et réduirait leurs coûts d’un montant pouvant atteindre 100 millions de dollars par an. « Réduire la corruption pourrait accroître le PIB du Kenya de plus de 20 % en une décennie. »
Ces 100 millions de dollars d’économies annuelles ne sont pas un chiffre d’opérateur. Ils représentent la prime que le Kenya paie aujourd’hui, via les taux, pour la perception du risque de gouvernance par les investisseurs. Chaque point de corruption coûte quelque chose sur les émissions obligataires, et la Banque mondiale quantifie cette facture pour la première fois dans cette fourchette.
De la ligne de Mombasa à la crédibilité budgétaire
Le SGR, qui relie Mombasa au pays de l’intérieur, reste une pièce structurante de l’économie kenyane. Mais le rapport de la Banque mondiale rappelle que le coût d’une infrastructure ne se limite pas au prix des travaux : il comprend la qualité des procédures qui l’ont fait naître. Pour Nairobi, où la pression de la dette souveraine reste forte, l’assainissement des passations de marchés devient un enjeu budgétaire au même titre que la mobilisation des recettes.





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