La 17ᵉ édition de World Connect, le rendez-vous annuel organisé par APG (Air Promotion Group), s’est tenue du 4 au 6 novembre au Fairmont Monte Carlo, sous le thème « Navigating Change, Unlocking Growth ». Quelque 500 délégués étaient attendus, dont 119 dirigeants de compagnies aériennes venus de 59 transporteurs et 85 pays.
Au menu : fidélisation des clients, distribution, connectivité menacée par l’incertitude géopolitique. En première ligne, Lemma Yadecha Gudeta, directeur commercial d’Ethiopian Airlines, et Luis Felipe De Oliveira, ancien directeur général d’Airports Council International (ACI) World.
Le hub africain au cœur des débats
La présence de Gudeta à Monaco n’est pas anodine. Ethiopian Airlines vient de boucler un exercice 2025/2026 record : 20,7 millions de passagers transportés, en hausse de 8 %, et un chiffre d’affaires de 9,1 milliards de dollars, en progression de 20 % d’une année sur l’autre. La compagnie dessert 155 destinations passagers et 58 en fret, le plus vaste réseau d’Afrique.
Le 10 janvier dernier, Ethiopian a lancé le chantier de l’aéroport international de Bishoftu, destiné à devenir sa nouvelle plate-forme de correspondance : 60 millions de passagers par an à l’achèvement de la première phase, prévue pour 2030, puis 110 millions à terme. Un projet qui positionne Addis-Abeba comme le hub continental par excellence, au moment même où le débat de Monaco porte sur la protection des revenus et des liaisons face aux crises.
Connectivité et géopolitique, le nerf de la guerre
L’un des axes centraux du programme : comment maintenir la connectivité aérienne et les recettes des compagnies dans un environnement géopolitique instable. Un sujet que connaît bien Luis Felipe De Oliveira. Directeur général d’ACI World de 2020 à fin 2024, l’ancien dirigeant de l’association des aéroports a fait de la coopération entre aéroports et compagnies son cheval de bataille, appelant les deux parties à plus d’unité sur les redevances et la capacité. Il participe cette année en tant que dirigeant d’Exactly Consulting.
Sa présence aux côtés de Roberto Alvo (LATAM), Luís Rodrigues (TAP Air Portugal) ou encore Sebastien Guyot (Air France) donne à Monaco un ancrage dans le débat industriel : les aéroports et les transporteurs avancent, ou reculent, ensemble.
Distribution et fidélité, l’autre front
Le second fil conducteur de l’édition 2026 tient à la distribution. Les sessions examinent comment les nouvelles stratégies commerciales et les technologies numériques peuvent soutenir la relation client et la génération de revenus. C’est tout l’enjeu pour des acteurs comme APG, réseau mondial de distribution et d’interligne, dont les partenariats commerciaux restent déterminants pour les compagnies africaines, longtemps pénalisées par la fragmentation des liaisons intra-africaines.
L’innovation complète le tableau, avec des discussions sur les stratégies de flotte, l’efficacité opérationnelle et l’expérience passager. Patrick Michel, astrophysicien de l’Agence spatiale européenne (ESA) associé à la mission Hera, apporte même un regard d’ingénieur spatial au cœur d’un programme résolument tourné vers l’avenir.
L’Afrique, invitée permanente du débat
Si Monaco réunit les grands noms mondiaux du secteur, l’angle africain s’impose presque de lui-même. Ethiopian Airlines, première compagnie du continent par la taille et le réseau, y défend un modèle qui a fait ses preuves là où beaucoup d’autres transporteurs publics africains peinent. Le chantier de Bishoftu, les commandes récentes de Boeing 787-9 et la stratégie de hub en font le laboratoire de ce que le thème de l’édition promet : naviguer dans le changement pour débloquer la croissance.











