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Intégration du marché africain : Où en est-on ?

Phénomène de mode ou tendance mondiale, l’intégration du marché africain est sur toutes les lèvres, du moins des dirigeants et décideurs africains. Quels sont les résultats obtenus à ce jour ? La Zone de libre-échange continentale (ZLEC), quant à elle, dans le contexte plus vaste de l’intégration africaine, suscite de grandes attentes. Quels sont les gains attendus d’une telle ZLEC ? Qu’est ce qu’il faut faire et qu’est ce qu’il ne faut pas faire.

Ce qu’il faut faire…

Dossier réalisé par Mouhammadou Diop

 

SOMMET Union africaine sur la ZELECALes propos d’AkinwumiAdesina sont encourageants. “La décision sans doute la plus importante prise par les dirigeants politiques africains l’année dernière aura été leur volonté collective de faire avancer l’intégration économique de l’Afrique. Une Afrique sans frontières n’est pas seulement un idéal politique. Elle pourrait également constituer le fondement d’un marché continental concurrentiel pour accélérer la croissance et rendre le continent plus compétitif dans le commerce mondial et les chaînes de valeur”, affirme-t-il dans le dernier rapport de la Banque africaine de développement (BAD) sur les perspectives économiques de l’Afrique en 2019. Cette volonté est aujourd’hui totalement en accord avec les aspirations de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) lancée par l’Union africaine (UA) et signée en mars 2018 par 44 pays du continent, par 49 aujourd’hui. 

Pourtant, avant cette phase en cours, l’Afrique, selon la BAD, a progressivement intégré plusieurs de ses activités lors des 60 dernières années. Dans un premier temps, au cours des années 1960 et 1970, le modèle d’intégration autocentrée sur le continent reflétait le désir des pays africains de se développer indépendamment des anciens pouvoirs coloniaux. L’unification économique était censée être la solution au dilemme du développement de l’Afrique, et de nombreux Africains estimaient que cela nécessitait une union politique. “Toutefois, la plupart des dirigeants des jeunes États africains se sont avérés peu enclins à encourager l’érosion de la souveraineté nationale au profit de l’émergence d’une autorité supranationale visant à coordonner et gérer les affaires de l’Union africaine”, relève le rapport de la BAD. À partir des années 1980, les initiatives sont entrées dans une deuxième phase, davantage tournée vers l’extérieur, celle de la constitution des Communautés économiques régionales (CER) africaines, dans le contexte du Traité d’Abuja entré en vigueur en 1994. Aujourd’hui, où en est-on dans l’intégration du marché africain ?

Selon la BAD, l’Afrique compte 16 pays enclavés. Et de tous les continents, il est le plus fragmenté.

La petite taille de nombreux pays et la fragmentation des marchés nationaux qui en découle ont donné lieu à des déséconomies d’échelle, qui entravent le développement économique. En 2017, 76 % des pays africains avaient moins de 30 millions d’habitants et la moitié d’entre eux avaient un PIB inférieur à 10 milliards de dollars. “Une plus grande intégration du marché des biens, des services d’infrastructure et des principaux facteurs de production (travail et capital) est particulièrement importante pour les petites économies fragmentées d’Afrique, afin d’accroître leur compétitivité sur le marché mondial. Une Afrique sans frontières constitue le fondement d’un marché continental compétitif et susceptible de devenir un centre d’affaires mondial”, soulignent les experts de l’institution bancaire panafricaine. Aux yeux de ces derniers, une telle intégration permettrait d’étendre la production agricole et industrielle au-delà des frontières nationales et permettrait donc aux investisseurs de faire des économies d’échelle, tout en créant des marchés beaucoup plus vastes et en offrant de nouvelles opportunités aux entreprises de toutes les tailles. Elle contribuerait à abolir les situations de monopole tout en améliorant les retombées transfrontalières entre pays côtiers et pays enclavés. Plus en profondeur, l’intégration régionale peut améliorer la sécurité régionale, car l’expansion du commerce international s’accompagne souvent d’une réduction de la fréquence des conflits. Mais pour l’heure, il faut dire que les CER sont loin d’achever la phase 1 de leur intégration économique. En effet, le rapport “Évaluer l’intégration régionale en Afrique” de la BAD avait conclu que cinq des huit CER (le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), la CEDEAO et la Communauté de développement d’Afrique australe (CDAA]) auraient atteint le statut de zone de libre-échange. “La CAE est la seule CER à avoir terminé la phase 1 (et la phase 2) de l’intégration, et c’est la seule également à surveiller de près les progrès accomplis”, indique la BAD.

C’est dire que d’autres CER seraient bien inspirées de suivre l’exemple de la CAE d’autant plus que le commerce de biens au sein des Communautés économiques régionales demeure faible, entre 2 et 5 %.

Des rapports successifs ont signalé que le commerce intra-africain demeurait faible. L’intégration a-t-elle permis d’accroître les échanges commerciaux intra-africains depuis la signature du Traité d’Abuja ? Selon les experts de la BAD, en Afrique, la part des importations intracommunautaires reste faible dans toutes les Communautés économiques régionales (CER) comme dans les deux autres communautés de référence. Telle est la situation, même si la part des échanges intracommunautaires s’est considérablement accrue au sein la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté de développement d’Afrique australe (CDAA) ainsi que pour l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), où l’existence d’une monnaie et d’une langue communes auraient dû intensifier le commerce intrarégional. La Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et, dans une moindre mesure, l’UEMOA se démarquent par une forte hausse du commerce intracommunautaire. Ces tendances contrastent fortement avec celles de la CEDEAO et du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), où les deux grandes économies que sont le Nigéria et l’Égypte n’ont pratiquement pas de relations commerciales avec les autres membres de leur CER.

 

Régionalisation du commerce des nouveaux produits manufacturés

L’intégration a-t-elle conduit à l’expédition des nouveaux produits vers des endroits géographiquement plus proches ? L’un des piliers de la stratégie de développement de l’Afrique consiste à accélérer l’industrialisation en promouvant les chaînes de valeur régionale. On dit souvent en effet que les pays s’enrichissent en produisant les biens que les pays riches consomment. Est-il prouvé que le commerce de nouveaux produits se développe le long des chaînes d’approvisionnement régionales? Selon les experts de la BAD, entre 2005 et 2015, les exportations de nouveaux produits vers les partenaires des CER ont fortement augmenté par rapport à la période 1995–2005. “Tous les nouveaux produits manufacturés entre 2005 et 2015 sont expédiés vers des destinations plus proches que ceux manufacturés entre 1995 et 2005”, indiquent-ils. Par exemple, pour l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN), la distance moyenne des échanges de produits manufacturés est passée d’environ 6 500 km pour les produits traditionnels à 3 800 km pour les nouveaux produits. Et pour la CAE, elle est passée de 4 500 km pour les produits traditionnels à 3 900 km pour les nouveaux produits. “Cette évolution vers des partenaires géographiquement plus proches peut être considérée comme la conséquence de deux situations qui pourraient chacune se traduire par une réduction des coûts commerciaux : une confiance croissante, d’une part, et de l’autre, une meilleure connaissance de la demande ou des caractéristiques des produits”, estiment les experts de l’institution bancaire panafricaine.

Mais aujourd’hui, si les coûts du commerce sont en baisse partout dans le monde, mais cette baisse est plus lente pour les communautés économiques régionales africaines.

Au-delà du commerce, l’autre casse-tête que devraient régler les pays africains pour que l’intégration du marché africain soit une réalité est la mobilité de la main d’œuvre.

 

Migration et mobilité de la main d’œuvre, un casse-tête

En 2017, seuls 22 % des immigrants en Afrique venaient de l’extérieur du continent, ce qui montre que l’Afrique accueille de nombreux migrants du reste du monde. Les migrations d’Afrique vers le reste du monde, en particulier vers l’Europe et l’Asie, ont également augmenté entre la période 2005-2010 et la période 2010-2015.

En 2017, l’Afrique de l’Ouest a connu la plus forte migration intrarégionale : 97% des migrations intra-africaines sont restées dans la région (86% de 88,8). Viennent ensuite l’Afrique de l’Est (73%, ou 64,7% de 88,6) et l’Afrique centrale (58%, ou 48,8 % de 84,1). Les régions à forte migration intra-africaine sont également plus ouvertes dans leurs politiques de visas. Dans des régions bien intégrées, telles que l’UEMOA, il y a une corrélation entre le partage d’une monnaie et une politique de visas plus ouverte. Ce qui n’est pas nécessairement le cas dans des régions moins intégrées, telles que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Autre mesure de l’importance de la migration : les envois de fonds. En effet, les retombées du commerce interrégional et des envois de fonds sont des sources importantes de croissance. Rien qu’en 2015, le total des envois de fonds intrarégionaux en Afrique subsaharienne représentait un tiers du total des envois de fonds, soit 11,5 milliards de dollars US, représentant 0,6 % du PIB. Les envois de fonds intrarégionaux sont beaucoup plus importants en Afrique qu’en Asie, en Europe et dans les Amériques, où ils représentent moins de 0,3% du PIB. Encore faudrait-il que les dirigeants des pays africains trouvent une solution à l’inadéquation actuelle entre la réglementation et la mise en œuvre de la politique de libre circulation des Africains sur leur continent.

 

Inadéquation entre la réglementation et la mise en œuvre

Quid des règles et des traités sur la libre circulation des personnes dans le cadre de l’intégration régionale surtout que la plupart des migrations se font à l’intérieur du continent ? Pour les experts de la BAD,  la libre circulation des personnes est une mesure importante de l’intégration. “Pour que l’intégration régionale favorise la mobilité intrarégionale, il faudrait au préalable qu’il y ait une harmonisation des législations nationales et une mise en œuvre effective du cadre réglementaire dans tous les pays”, affirment-ils. Où en est-on sur la question ? “Aujourd’hui, toutes les CER, à l’exception de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Intergovernmental Authority on Development – IGAD), ont des protocoles sur la libre circulation des personnes visant à éliminer les entraves à la mobilité. Mais la mise en œuvre complète de ces protocoles se heurte à de nombreux obstacles”, relèvent le rapport de la BAD. En tout cas, sur le terrain, relève l’étude, les protocoles régissant la libre circulation des personnes, y compris les réglementations sur la mobilité de la main-d’œuvre, varient selon les CER, et même selon les pays appartenant à la même CER. De plus, tous les pays appartenant à une CER n’ont pas ratifié le protocole sur la libre circulation des personnes de cette CER. Même si ce protocole a été ratifié par tous les pays membres, il est possible que ces derniers ne l’aient pas tous mis en œuvre de la même façon, avec pour résultat des discordances entre le protocole et sa mise en application. Même au sein de la CEDEAO, une CER relativement bien intégrée, des efforts restent nécessaires pour assurer le plein exercice du droit de résidence et d’établissement, et le bon fonctionnement des politiques du marché du travail. La discordance entre la règlementation et la mise en œuvre est due à plusieurs facteurs. Parmi ces facteurs, il y a d’abord le manque d’harmonisation des règles et des réglementations entre les pays. Ensuite, il y a l’absence de données fiables sur les flux migratoires sous-régionaux. Le troisième facteur est l’écart entre les niveaux de développement des pays membres qui fait que les migrants trouvent certains pays plus attrayants que d’autres. Le quatrième facteur est le manque d’informations et la non-acceptation de ces politiques par les citoyens africains, qui peuvent ne pas avoir les informations nécessaires pour entrer dans un autre pays, notamment concernant les documents de voyage requis. Résultat des courses : voyager d’un pays à l’autre devient difficile du fait des contraintes institutionnelles ainsi que du manque d’infrastructures et de sécurité. Les migrants peuvent également être victimes de discrimination sur le marché du travail, ce qui peut avoir un effet dissuasif sur la mobilité intrarégionale. Enfin, craignant que les flux migratoires ne perturbent les marchés du travail de leurs pays, les responsables politiques pourraient hésiter à ouvrir leurs frontières. “Pour qu’elles soient réellement couronnées de succès, les politiques de libre circulation devraient prendre en compte les implications non économiques, y compris les craintes liées à la perte de la souveraineté ou de l’identité nationale”, recommande les experts de la BAD (voir encadré).

 

Intégration financière

L’autre grand gain attendu dans un contexte plus vaste de l’intégration africaine, est l’intégration financière, selon le rapport de la BAD. Il faut noter que les recettes fiscales de l’Afrique dépassent 520 milliards de dollars US chaque année. Les actifs de ses caisses de retraite publiques connaissent une croissance impressionnante. Les minéraux et les carburants lui rapportent plus de 168 milliards de dollars US par an. Quant à ses banques centrales, leurs réserves internationales s’élèvent à plus de 400 milliards de dollars US. Aujourd’hui, les pays africains disposent d’un vaste éventail d’options de financement en plus de l’aide étrangère (50 milliards de dollars), dont 60 milliards de dollars de transferts de fonds et 60 milliards de dollars de flux d’investissements directs étrangers. Le secteur bancaire se caractérise également par des liquidités élevées tandis qu’environ dix pays africains se sont constitués un fonds souverain. Dans un tel contexte de consolidation du secteur financier, l’intégration financière entre les pays gagne en importance. Elle s’est déjà renforcée de droit grâce à une meilleure codification des règlements relatifs aux transactions internationales et, de fait, grâce aux flux financiers réels et à l’évolution parallèle des prix. Cependant, d’autres obstacles non réglementaires persistent et entravent l’intégration. “Une proposition en cours d’examen à l’échelle du continent établirait trois institutions financières panafricaines : la Banque africaine d’investissement, la Banque centrale africaine et le Fonds monétaire africain, tous les trois conformes à l’Acte constitutif de l’Union africaine. Si elle voyait le jour, cette initiative permettrait d’accélérer l’intégration financière dans la région, en créant parallèlement des sauvegardes appropriées”, souligne la BAD.

Mais, d’un certain point de vue, on observe des progrès croissants vers l’intégration financière mais ceux-ci sont freinés par les différences régionales ou entre les pays. Les activités des marchés financiers demeurent limitées, ces derniers étant toujours caractérisés par une faible capitalisation, un faible niveau de liquidités, des structures basées sur des instruments à court terme et un nombre limité d’instruments financiers. “En 2017, 11 pays africains ne disposaient toujours pas de marché des capitaux et seulement 15 pays africains disposaient d’un marché des capitaux qui échangeait simultanément des bons du Trésor, des obligations souveraines, des obligations de sociétés et des instruments de capitaux propres”, déplore la BAD.

 

Recommandations pour les politiques

Aujourd’hui, malgré les progrès réalisés vers l’intégration financière en Afrique, les marchés financiers demeurent toujours faiblement intégrés. “Les mesures des restrictions institutionnelles imposées aux flux financiers semblent indiquer qu’il reste encore beaucoup à faire sur le plan de la gouvernance. Les corrélations entre épargne nationale et taux d’investissement demeurent étroites même si elles auraient dû s’affaiblir en l’absence d’entraves au mouvement des capitaux. Les écarts de taux d’intérêt sur les services bancaires au détail sont toujours importants mais se sont stabilisés ces dernières années. Enfin, les marchés boursiers africains sont plus sensibles aux références mondiales qu’à la référence sud-africaine”, constate la BAD qui recommande des réformes audacieuses. 

Autre recommandation de la BAD, la mise en application du protocole relatif à la liberté de mouvement des personnes qui s’est traduite par une augmentation des flux migratoires, ce qui est important, dit-elle, car il y a des retombées du mouvement des personnes entre pays signataires et pays non signataires.

Enfin, les experts de la BAD ont relevé la nécessité de synchroniser les cadres de gouvernance financière au sein des CER et entre les CER, en élaborant et en mettant rigoureusement en œuvre des réglementations prudentielles afin d’empêcher la déstabilisation des flux de capitaux.

 

Nécessité d’une coopération pour des biens publics régionaux

La coopération régionale a toujours été importante, ne serait-ce qu’en raison des besoins ferroviaires, routiers et d’autres moyens de communication, et une plus grande priorité lui est aujourd’hui accordée à plusieurs égards. La multiplication des liaisons physiques à travers le continent africain a multiplié les externalités environnementales au-delà des juridictions nationales. En plus des huit CER et des sept autres organisations régionales œuvrant à l’intensification des échanges intrarégionaux, la majorité des organisations régionales traitent des biens publics régionaux : 5 traitent de l’énergie, 15 de la gestion des cours d’eaux et des lacs, 3 de la paix et de la sécurité et 1 de l’environnement. “Le nombre élevé d’organisations traitant des cours d’eaux et des lacs atteste l’importance des questions transfrontalières à travers l’Afrique. Le principe de subsidiarité appelle à une résolution de ces questions au niveau régional, en identifiant le niveau de gouvernance ou la taille de la région qui convient le mieux pour fournir le bien public régional concerné. D’un point de vue économique, la portée des institutions régionales établies devrait correspondre à la région bénéficiant des retombées, tandis que le nombre de pays devrait être aussi petit que possible afin de réduire les coûts de transaction”, souligne la BAD. Pour rappel, un bien public régional correspond à tout bien, service, système de règles ou régime de politique dont la nature est publique (en ce sens que sa fourniture serait insuffisante et son usage souvent excessif s’il était gouverné uniquement par le marché). Pour la BAD, ces biens produisent des avantages partagés pour les pays participants et leur fourniture est le résultat d’une action collective. “Les biens publics régionaux sont des biens publics transnationaux. Ce qui les caractérise, et les distingue des biens publics nationaux, c’est qu’il n’existe aucun organe unique jouissant de l’autorité d’un État pour garantir la fourniture du bien concerné. Comme l’action collective se rapporte à une situation impliquant plus de deux fournisseurs, toutes les CER doivent réaliser un certain effort collectif afin de fournir les biens publics régionaux. Ensuite, cette action collective par les gouvernements de la région doit entraîner des retombées positives dans l’ensemble de la région qui doivent être plus importantes que les retombées qui découleraient de l’action individuelle de chaque gouvernement.

 

Qu’est-ce que l’intégration?

L’arbitrage consiste à acheter dans des endroits où les prix sont bas et revendre dans des endroits où les prix sont élevés. On considère que les marchés sont “intégrés” lorsque cet arbitrage efface les différences de prix (il n’en reste rien) et que les coûts du commerce sont bas. Les coûts des échanges sont élevés lorsque les gouvernements érigent des barrières et lorsque les fonctionnaires ponctionnent des paiements “informels”. Le commerce de marchandises illustre bien l’arbitrage. Il en est de même de la circulation des personnes depuis des endroits où les salaires sont faibles vers les zones où les salaires sont élevés, ou encore de la circulation des capitaux depuis les zones à faible rendement vers les zones à haut rendement.

 

Mobilité de la main-d’œuvre : les recommandations de la BAD

L’Afrique est une terre de migrations, même si les protocoles relatifs à la libre circulation des personnes ne sont pas tous ratifiés et mis en œuvre. S’ils étaient tous pleinement mis en œuvre, les flux entre les pays africains pourraient croître davantage. C’est pourquoi il est important de se concentrer sur les obstacles qui empêchent les pays de mettre en œuvre ces protocoles. Le passeport de l’Union africaine, lancé en juillet 2016 à l’occasion du sommet de l’Union africaine à Kigali, encourage la libre circulation des personnes en général et la mobilité de la main-d’œuvre en particulier. Quant au premier objectif de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) africaine, il vise à créer un seul marché continental de biens et de services, à établir la libre circulation des hommes d’affaires et des investissements, et donc à ouvrir la voie à l’accélération de la mise en place de l’union douanière continentale et de l’union douanière africaine. Pour que ces initiatives soient efficaces et fructueuses, il convient de commencer avant tout par améliorer l’efficacité des politiques au sein de chaque Communauté économique régionale (CER) avant de déployer de plus vastes efforts à l’échelle du continent. De plus, comme l’intégration n’est pas seulement un objectif pour le marché des biens mais aussi pour les facteurs de production, les pourparlers devraient davantage prendre en considération la libre circulation des personnes.

 

Intégration financière régionale : Le soutien de la BAD

La Banque africaine de développement (BAD) soutient cinq étapes de la stratégie d’intégration financière régionale (contenue dans la Politique et stratégie d’intégration régionale du groupe bancaire panafricaine). La première étape, préparatoire, appelle à l’amélioration des systèmes de paiement nationaux, au renforcement des cadres de supervision et de réglementation et au respect des principes fondamentaux de Bâle. La seconde étape implique d’harmoniser les politiques relatives aux flux entrants d’investissements directs étrangers, de supprimer les barrières à l’entrée des banques régionales étrangères et d’harmoniser les infrastructures physiques (matérielles) régionales. La troisième étape, de nature coopérative, vise à libéraliser progressivement les contrôles des échanges avec le reste du monde et à mettre en œuvre des critères de convergence approuvés au niveau régional. La quatrième consiste à fusionner les marchés boursiers et, enfin, la cinquième vise l’adoption d’une monnaie régionale commune. La BAD favorise l’intégration financière régionale en renforçant les normes bancaires et financières et en se concentrant sur le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs. Elle renforce les capacités des systèmes de paiement régionaux avec le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Common Market for Eastern and Southern Africa-COMESA), la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Elle met en œuvre l’Initiative des marchés financiers africains, avec le Partenariat pour la finance au service de l’Afrique et l’Association des banques centrales africaines. Enfin, elle renforce les capacités en matière de réglementation transfrontalière et régionale des institutions financières avec d’autres partenaires au développement. En ce qui concerne l’intégration au sein des marchés régionaux, les pays sont motivés par les avantages qui découleraient d’une concurrence accrue entre les services financiers sur le marché intérieur. Ils y recherchent également des plus grandes possibilités de diversification des portefeuilles financiers et de partage des risques. Ils peuvent même en attendre des effets externes tels que la pression des pairs vis-à-vis des prescriptions du Consensus de Washington en faveur de la libre circulation des capitaux en tant que politique macro-prudentielle et financière efficace.

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