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L’Afrique, prochain leader mondial de la fintech ?

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Grâce au développement massif des nouvelles technologies et à l’adoption de nouveaux usages par sa population, le continent africain se place aujourd’hui comme l’un des leaders mondiaux dans le domaine de la finance digitale. L’Afrique a désormais le potentiel de créer les prochaines startups disruptives et les leaders mondiaux de demain, dans les secteurs fintech et crypto-monnaies notamment.                                                                                     

Par Julien BarbierPDG et co-fondateur de Holberton


Les effets économiques et sociaux de la quatrième révolution industrielle en Afrique ont pris tout le monde par surprise. Alors que tous les regards étaient tournés vers les États-Unis, l’Europe et la Chine, l’Afrique enregistrait une croissance beaucoup plus rapide que prévu, notamment dans le domaine des technologies financières. Dans cette région qui n’abrite que peu de multinationales et malgré des infrastructures souvent obsolètes, l’adoption massive des nouvelles technologies par les populations, et en premier lieu le téléphone mobile, a créé une dynamique sans égal dans le monde dans le secteur des finances digitales.

Alors que les États-Unis sont occupés à maintenir un système financier monopolistique, construit sur des infrastructures anciennes et des technologies dépassées, les pays du continent ont la possibilité de construire un système nouveau, plus rapide et plus fort, en évitant le revers de la dette technique massive, à laquelle les États-Unis sont par exemple confrontés. Alors que de nombreuses personnes sur le continent n’ont pas accès à un compte bancaire, le paiement par téléphone mobile s’est imposé comme la seule alternative possible. Et l’Afrique se place aujourd’hui à l’avant-garde dans ce domaine, tout comme la Chine.

Par effet de ricochet, le développement de l’écosystème du paiement mobile et de la fintech a permis, sur le continent africain, l’éclosion d’autres secteurs, comme le commerce électronique. Là encore, l’Afrique pourrait se positionner comme l’un des leaders mondiaux en termes de e-commerce. Preuve en est, la naissance puis l’explosion de Jumia, son géant du commerce électronique. A ce jour, l’entreprise n’est pas encore rentable, mais sa croissance est exceptionnelle. Elle a le potentiel de devenir un mastodonte du commerce électronique africain, tout comme Mercado Libre en Amérique latine. Si Jumia a de nombreux détracteurs, le monde entier s’accorde à dire que l’Afrique a créé un champion du commerce électronique, champion que l’Europe n’a pas su créer. Ceci est un signe fort : le signe que l’Afrique a non seulement un énorme potentiel, mais qu’elle a déjà commencé à se placer devant les autres continents dans divers domaines.

Jumia est loin d’être la seule réussite de l’écosystème africain des startups : en octobre dernier, la startup américaine Stripe a par exemple annoncé qu’elle allait acquérir Paystack, une plateforme de paiement nigériane, pour plus de 200 millions de dollars. La fintech égyptienne Fawry vaut plus d’un milliard de dollars, tandis que WorldRemit, une société britannique de transfert d’argent en ligne, a acquis Sendwave pour plus de 500 millions de dollars l’année dernière.

Parmi les nouveaux champions, on peut citer Flutterwave (Nigeria), Mergims (Rwanda), SawaPay (Kenya) et bien d’autres, qui forment un écosystème de champions africains de la fintech en très forte croissance.

L’Afrique : un territoire à la pointe du nouveau monde de la finance 
De plus en plus, et en écho à la vague mondiale, l’écosystème fintech africain table sur le développement et l’utilisation des crypto-monnaies. Le Bitcoin, entre autres, est devenu populaire dans de nombreux pays africains, en tant que solution moins coûteuse pour envoyer de l’argent au-delà des frontières notamment. En Éthiopie, par exemple, ProjectMano a tenté de pousser le gouvernement à envisager l’extraction et le stockage de Bitcoins pour lutter contre les inégalités croissantes et l’inflation mondiale. Alors qu’aux États-Unis, de nombreux politiciens qualifient les crypto-monnaies d’escroquerie et que la Chine les interdit, les pays africains se saisissent frontalement de la question.

En Tanzanie, la présidente Samia Suluhu Hassan a par exemple exhorté la Banque centrale du pays à se préparer aux crypto-monnaies. Plus tôt cette année, la Banque centrale du Nigeria a, de son côté, publié une circulaire avertissant les banques et les institutions financières que « faciliter les paiements pour les échanges de crypto-monnaies est interdit ». Elle exhortait ainsi les banques à     l’identifier et fermer les comptes     associés.         Mais revirement de situation quelques mois plus tard. A la surprise générale, le 25 octobre, le président nigérian, Muhammadu Buhari, annonce le lancement d’une nouvelle monnaie numérique, l’eNaira. Une cryptomonnaie utilisée comme moyen de paiement et réserve de valeur, en plus de remplacer l’argent liquide. Aujourd’hui, 500 millions d’eNairas ont d’ores et déjà été créés et 33 banques ont déjà été entièrement intégrées sur la plateforme en ligne de cette nouvelle monnaie. Il faut dire que dans le pays, le recours aux crypto-actifs sont déjà entrés dans les usages : le Nigéria se positionne en effet comme le troisième pays mondial en termes de transactions de monnaies numériques, derrière les Etats-Unis et la Russie.        

Former les talents pour soutenir et accélérer la croissance 

Si l’Afrique est à la pointe du nouveau monde de la finance et de l’adoption des crypto-monnaies à bien des égards, l’objectif est désormais d’entretenir et de développer cette avance afin d’accroître l’effet d’entraînement de son industrie fintech dans toutes les autres industries. Pour ce faire, les pays africains doivent désormais développer leurs systèmes éducatifs, en particulier dans les domaines de l’informatique et du génie logiciel.

L’Afrique ne compte que 690 000 développeurs de logiciels, contre 4,5 millions aux États-Unis et 6 millions en Europe. Sans une solide source de talents hautement qualifiés, il sera très difficile de rattraper le reste du monde. L’éducation et la formation en matière de génie logiciel sont devenues un sujet stratégique pour de nombreux gouvernements. Chaque entreprise devient une entreprise technologique et de nombreux pays ont investi, de différentes manières, dans la formation des talents locaux dont ils ont besoin, tout comme leurs startups et entreprises, pour continuer à innover et à être compétitifs sur les marchés locaux et mondiaux.

En Chine, grâce à la politique d’encouragement mise en place par le gouvernement, le vivier de talents en matière de développement de logiciels augmente de 6 à 8 % par an. Il y a quelques années, l’Inde comptait environ 2,75 millions de développeurs de logiciels. Ces deux prochaines années, ce nombre va augmenter en flèche pour atteindre 5,2 millions, dépassant ainsi le nombre de développeurs de logiciels aux États-Unis.

Il est désormais crucial pour le continent africain de combler le fossé qui le sépare des États-Unis, de l’Europe, et de l’Asie, d’autant que la demande de développeurs logiciels augmente rapidement. Par exemple, la demande d’ingénieurs en blockchain – la technologie qui sous-tend de nombreuses crypto-monnaies, dont le bitcoin – augmente de 517 % chaque année.

Une chose est sûre, les régions qui seront capables de former des ingénieurs de haute qualité, seront les gagnants de demain. Et si l’on considère toute l’innovation créée ces dernières années en Afrique, qui compte pourtant huit fois moins de développeurs logiciels que l’Europe, imaginez ce que le continent pourrait réaliser s’il disposait des mêmes compétences !

 Bioexpress 

Julien Barbier, PDG et co-fondateur de Holberton. Holberton est une startup spécialisée dans les solutions de formation en ingénierie informatique pour les universités, les centres de formation et les entreprises du continent africain.

 

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