Si le développement se mesurait au nombre de séminaires, conférences et de fameux «ateliers de renforcement des capacités» qui pullulent dans les capitales africaines, le continent serait sans aucun doute la région la plus avancée de la planète.
Depuis une vingtaine d’années, l’industrie du bla-bla prospère partout en Afrique à une vitesse phénoménale. Elle y a fait émerger des officines spécialisées dans les conférences thématiques.
Bien souvent, pour prouver qu’ils sont dans l’action, nos ministres, nos directeurs d’administrations, voire des dirigeants d’entreprises publiques, instruisent leurs collaborateurs de leur préparer le programme annuel de renforcement des capacités. Ce vocable est en réalité un fourre-tout et un énorme tuyau de gaspillages de l’argent public. Cela va de vrais séminaires de formation continue et des congrès, mais la plupart de ces événements ressemblent plutôt à des afterworks. En général, on se retrouve entre collègues et copains (recommandés) dans de beaux hôtels de la capitale pour écouter un conférencier, de préférence international, pour justifier le budget mobilisé. Aucun retour d’expérience, ni d’évaluation de ces «formations» n’est effectué.
Ce que les gens ne savent pas surtout, c’est l’enjeu financier qui se cache derrière cette effervescence. Les ateliers dits de «renforcement des capacités» sont de véritables compléments de salaire pour les participants, employés et cadres du secteur public.
L’Afrique est le seul endroit au monde où les fonctionnaires qui prennent part aux conférences et séminaires perçoivent en échange, des indemnités ou des perdiem. Conséquence, il vaut mieux avoir de bonnes relations avec son chef pour être inscrit au prochain atelier.
Le must c’est être retenu pour un séminaire, une conférence qui se tient à l’étranger. Avec des «frais de mission», c’est la garantie de se faire un peu d’argent, du tourisme et du shopping pendant le séjour à à Paris, Bruxelles ou à Montréal…
Comme nulle part ailleurs, cette industrie de la tchatche est entretenue en Afrique subsaharienne par les ONG internationales et les organisations inter-gouvernementales. Dans leurs budgets locaux, elles prévoient systématiquement une ligne de financement consacrée aux ateliers de formation à l’efficacité pour le moins contestable. Le paradoxe est que ces rendez-vous ne débouchent que sur très peu d’impacts concrets. Que ce soit sur les politiques publiques, la mise à niveau des entreprises ou la structuration des activités économiques. A voix basse et avec beaucoup de prudence, certains chefs d’entreprise et décideurs commencent à se plaindre de cette débauche d’énergie qui ne se concrétise, au mieux, que par des catalogues de bonnes intentions.
L’Association africaine des professionnels de l’industrie événementielle estime à «3,5 milliards d’euros» le marché des congrès, conférences et salons sur le continent africain. Pour la corporation, ces rassemblements seraient «des accélérateurs de croissance au sein des organisations et des structures.» Peter Drucker, le pape du management, se retournerait dans la tombe.





