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Mali : Alternance ou continuité, entre corruption et fraude ?

Pierre Franklin Tavares vient de publier cette contribution dans votre magazine Afrimag et sur son blog, le mardi 24 juillet 2018 à 5 jours du scrutin présidentiel.

En fin de semaine, le 29 juillet prochain, le corps électoral malien est appelé à répartir ses suffrages. La campagne officielle tire à sa fin et la victoire d’un candidat au premier tour est arithmétiquement impossible, en raison du fractionnement des candidatures. L’alternance ou la continuité ne sera donc possible qu’au second tour. C’est tout l’enjeu du premier tour. Et tout dépendra du subtil agrégat des candidats et surtout des électeurs qui, selon le subtil « paradoxe de Condorcet », feront les reports de voix.

Mais, faut-il le rappeler, alternance et continuité ne sont pas en eux-mêmes des difficultés politiques, car elles sont deux modalités essentielles de la Démocratie, lorsqu’elles procèdent par les urnes et sans que le scrutin ne soit entaché. Pourvu donc que le scrutin soit « sincère », c’est-à-dire conforme au standard, et ce non seulement dans la préparation des élections, mais également dans le déroulement du scrutin, le dépouillement des votes, le calcul informatique des suffrages et la proclamation des résultats.

Or, depuis quelques semaines, il se répand de folles rumeurs et il pèse de graves soupçons de fraude électorale, notamment sur deux points capitaux : tout d’abord, sur la confection de la liste électorale qui, de façon exagérée, serait surgonflée de faux électeurs ; ensuite, sur une éventuelle manipulation (de type) informatique des résultats à partir de l’étranger.

Que nul ne vole aux Maliens leurs suffrages ! Car il est désormais certain qu’ils ne l’accepteront pas. Le scrutin devra être limpide.

Nous affirmions, dans un article précédent, que la crise post-électorale précédait l’élection. Les alertes, le début de mobilisation, les accusations et les menaces de l’opposition à l’encontre de la majorité en place confirment nos craintes.

Aussi, tous ceux qui sont préoccupés par la stabilité du Mali ne devraient pas négliger ces supputations ou minimiser de telles accusations qui, à l’occasion de cette compétition électorale, peuvent conduire à une grave crise institutionnelle, dans un contexte sous-régional déjà difficile, complexe et fragile.

Aussi, face à ces deux éventuels écueils, il sied, d’une part, que la République soit consolidée au Mali et que la solidité des institutions démocratiques soit réaffirmée et renforcée, à la faveur de cette élection. À cet égard, les deux principaux candidats autour desquels les intentions de vote semblent s’être fortement cristallisés, Ibrahima Boubacar Keïta et Soumaïla Cissé, portent une responsabilité énorme. Tout comme leurs entourages directs et alliés respectifs.

Et c’est à ces derniers, aux entourages directs des deux principaux candidats, que vont nos alertes. Pour les premiers, nous réaffirmons l’idée que la fraude électorale est inutile et n’est pas une solution pour le Mali. Ceux qui le suggèrent et tenteront de le mettre en œuvre prennent le risque insensé de voir le Mali imploser. Pour les seconds, il est important de rappeler que le refus anticipé des résultats défavorables n’est pas une position qui vaut sur le plan démocratique. Ceux qui, par avance, profèrent des menaces prennent le risque inouï de faire vaciller les institutions.

En raison de quoi, la classe politique malienne devrait commencer par dédramatiser l’enjeu de cette élection, tout en s’efforçant de la rendre la plus « sincère » possible. Et alors se seront le Mali, la République et la Démocratie qui seront les véritables vainqueurs, bien avant le vainqueur de ce scrutin uninominal à deux tours.

En effet, si l’élection est crédible, les seuls perdants seront tous ceux qui entretiennent le plus grand mal qui, depuis tant d’années, corrode tout le corps social malien : la corruption, si étendue ; cette corruption légendaire qui affaiblit sans cesse la citoyenneté malienne et jette des milliers de jeunes sur les routes de l’exil.

Peut-être même est-ce l’enjeu politique principal : comment « liquider » la corruption malienne, pour que reprenne vigueur la nation affaiblie et l’État qui a été privatisé. Aussi, cette élection-là n’aura de valeur éthique et de sens historique que si elle permet au prochain élu d’éradiquer la corruption, de déplanter le népotisme et le favoritisme qui ne servent que les corrompus au détriment des Maliens compétents et honnêtes. Ceux-là aspirent à un autre Mali. Ils ont notre suffrage panafricain.

Ibrahim Boubacar Keita Pierre Franklin Tavares

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