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Accueil - Economie - Bénin | Rating : Moody’s relève la note, mais Cotonou doit encore convaincre

Bénin | Rating : Moody’s relève la note, mais Cotonou doit encore convaincre

La rédactionPar La rédaction10 août 2026 Economie
Facebook Twitter LinkedIn Bluesky
Le relèvement intervient onze semaines après l’investiture, le 23 mai, de Romuald Wadagni. Élu président le 12 avril, celui qui a dirigé le ministère béninois de l’Économie et des Finances pendant dix ans, de 2016 à 2026, entend inscrire son septennat dans la continuité des réformes engagées au cours de la dernière décennie.
Le chef de l’Etat du Bénin, Romuald Wadagni, lors de la campagne présidentielle du 12 avril 2026

Le Bénin franchit un nouveau cap sur le marché financier. L’agence Moody’s a relevé d’un cran sa note souveraine, de « B1 » à « Ba3 », saluant l’amélioration progressive du profil de crédit du pays et la crédibilité de sa stratégie d’endettement. Mais, en ramenant dans le même temps sa perspective de « positive » à « stable », l’agence adresse aussi un message de prudence : Cotonou a gagné en solidité, mais le chemin vers la catégorie investissement reste long.

Le relèvement intervient onze semaines après l’investiture, le 23 mai, de Romuald Wadagni. Élu président le 12 avril, celui qui a dirigé le ministère béninois de l’Économie et des Finances pendant dix ans, de 2016 à 2026, entend inscrire son septennat dans la continuité des réformes engagées au cours de la dernière décennie.

Un signal fort pour la stratégie de Wadagni

Une continuité que Moody’s considère comme l’un des points forts du dossier béninois. L’agence salue notamment la stratégie d’endettement mise en œuvre sous Wadagni lorsqu’il était aux commandes des finances publiques. La perspective désormais « stable » traduit moins un coup d’arrêt qu’une prise d’acte des progrès réalisés, tout en signalant que les marges de progression se rétrécissent.

Avec « Ba3 », le Bénin reste toutefois à trois crans du statut « investment grade », celui qui ouvre plus largement les portes des portefeuilles des grands investisseurs institutionnels.

Une croissance qui résiste aux chocs

Le principal atout de Cotonou reste sa dynamique économique. En 2025, le PIB a progressé de 8,1 %, soit sa plus forte croissance depuis 1990. Depuis 2018, le rythme moyen atteint 6,6 % par an. Moody’s anticipe encore une croissance comprise entre 6,5 % et 7 % jusqu’à la fin de la décennie.

Cette performance prend tout son sens au regard des chocs traversés ces dernières années. Pandémie de Covid-19, conséquences des guerres en Ukraine et au Moyen -Orient, mais aussi fermeture des frontières avec le Nigeria et le Niger : le Bénin a dû absorber plusieurs perturbations affectant directement ses échanges régionaux.

Le rebasage des comptes nationaux a par ailleurs profondément modifié le portrait de l’économie. En passant de 2015 à 2023 comme année de référence, le PIB nominal a été réévalué d’environ 25 %, pour atteindre près de 29 milliards de dollars.

Cette nouvelle base n’est toutefois pas encore pleinement intégrée aux calculs de Moody’s, faute d’une série statistique suffisamment longue. Selon l’ancienne méthodologie, la dette publique culmine ainsi à 61 % du PIB en 2023. Rapportée au PIB rebasé, elle ressort à environ 52 %.

Finances publiques : le redressement se confirme

Sur le front budgétaire, les signaux sont également plus favorables. Le déficit de l’administration centrale est revenu à environ 3 % du PIB en 2025, contre 7 % en 2021. Dans le même temps, l’investissement public a été maintenu autour de 8 % du PIB, signe que l’assainissement des comptes ne s’est pas traduit par un coup de frein brutal à la dépense d’investissement.

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Les recettes fiscales ont, elles, progressé de 2,9 points de PIB depuis 2021. Le tableau reste néanmoins contrasté : recettes et dons cumulés ne représentent que 15,8 % du PIB, très en dessous de la médiane de 27,2 % observée chez les États notés «Ba».

Autrement dit, le Bénin améliore ses comptes, mais dispose encore d’une base fiscale relativement étroite. Pour Moody’s, c’est l’un des principaux handicaps structurels qui empêchent le pays de converger plus rapidement vers les échelons supérieurs de notation.

Une dette mieux maîtrisée, mais toujours élevée

La gestion de la dette constitue l’autre pilier de l’amélioration du profil de crédit béninois. Fin 2025, son coût moyen pondéré s’établissait à 3,4 %, tandis que sa maturité moyenne avoisinait les neuf ans.

La structure de la dette intérieure s’est également transformée : sa maturité moyenne est passée de 2,8 ans en 2019 à 4,9 ans. Une évolution qui réduit le risque de refinancement à court terme.

La dette extérieure représente toutefois encore 77 % de l’encours. Un niveau élevé, mais le risque de change est atténué par sa composition : environ 85 % du stock est libellé en euros ou en francs CFA, ces deux monnaies étant liées par l’ancrage monétaire du franc CFA à l’euro.

Autre facteur de protection, le financement multilatéral représente 37 % de la dette extérieure. Des conditions généralement plus favorables que celles obtenues sur les marchés permettent ainsi au Bénin de contenir le coût de son endettement.

Cotonou diversifie ses sources de financement

Sur les marchés internationaux, le Bénin s’est également distingué par une stratégie de diversification devenue l’une des signatures de sa politique financière.

En janvier, Cotonou a émis le premier sukuk souverain d’Afrique subsaharienne depuis plus d’une décennie. L’opération intervient après un emprunt en dollars à 14 ans réalisé en 2024 et le premier eurobond africain indexé sur les Objectifs de développement durable, lancé en 2021.

Cette capacité à accéder à des investisseurs et à des instruments financiers différents contribue à renforcer la crédibilité du pays auprès des agences de notation.

Dans un communiqué publié le 7 août, Moody’s a d’ailleurs relevé sa propre appréciation de la solidité budgétaire du Bénin, désormais évaluée à « ba2 », contre un score initial de « b3 ». L’agence a notamment intégré les effets attendus du rebasage du PIB ainsi que la crédibilité de l’ancrage à l’euro.

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Les plafonds pays ont également été relevés à « Baa2 » pour les engagements en monnaie locale et à « Baa3 » pour ceux en devises.

Nigeria, Sahel : les deux vulnérabilités de Cotonou

Le tableau n’est cependant pas exempt de fragilités. La première faiblesse structurelle reste le niveau de vie. Avec un revenu par habitant de 4 758 dollars en parité de pouvoir d’achat, le Bénin se situe à seulement un cinquième de la médiane des pays notés «Ba».

L’économie demeure en outre exposée à une forte concentration de ses exportations. Plus de 70 % d’entre elles sont destinées au Nigeria, ce qui rend Cotonou particulièrement vulnérable à l’évolution de la conjoncture et des politiques commerciales de son puissant voisin.

À cela s’ajoute le risque sécuritaire lié à la dégradation de la situation dans le Sahel. La proximité avec les zones d’instabilité régionales constitue désormais une donnée durable de l’équation économique béninoise.

Moody’s relève également une faiblesse institutionnelle. Le reclassement de prêts rétrocédés à des entreprises publiques a entraîné une hausse de 7 points de PIB du ratio d’endettement. L’épisode met en lumière des lacunes dans le reporting passé des finances publiques, même si l’agence considère désormais que la transparence s’est améliorée.

Après le FMI, le prochain défi sera celui des recettes

Le Bénin peut enfin se prévaloir d’un bilan complet avec le Fonds monétaire international. Le programme arrivé à échéance en février a été exécuté intégralement : les critères quantitatifs ont été respectés et les 23 repères structurels ont été atteints.

Mais le prochain cran de notation sera plus difficile à décrocher. Pour Moody’s, une nouvelle amélioration nécessiterait notamment de réduire l’écart de revenu et de mobilisation des recettes fiscales avec les autres pays classés «Ba».

Le message de l’agence est donc double. Le Bénin a changé de catégorie, mais pas encore de dimension. Sa croissance, sa discipline budgétaire et sa gestion de la dette ont convaincu Moody’s de relever sa note. Pour rejoindre, à terme, la catégorie investissement, Cotonou devra désormais transformer ces progrès en gains structurels : davantage de recettes, un revenu par habitant plus élevé, une économie moins dépendante de quelques marchés et une gouvernance statistique encore renforcée.

La hausse de « B1 » à « Ba3 » marque ainsi une étape importante. Mais avec une perspective désormais stable, Moody’s signifie aussi que le prochain saut ne sera pas automatique.

Par La rédaction, Comité Éditorial - Casablanca
 217-218 FMI Groupe Banque mondiale Moody'sBénin Abdoulaye Bio Tchane Aristide Médénou Olushegun Adjadi Bakari Patrice Talon Romuald Wadagni Croissance économique Finances publiques Notation souveraine notation financière

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