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Mauritanie : Pas de troisième mandat mais…?

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a finalement tranché : il ne sera pas candidat pour un troisième mandat ! La déclaration faite à RFI, en marge des festivités du Maouloud, célébré à Oualata (Est du pays), le 20 novembre dernier, dans le cadre de l’édition 8 du Festival des Villes Anciennes, va-t-elle mettre un frein aux ardeurs de ceux qui appellent l’actuel homme fort de Nouakchott à rester au pouvoir ?

Mohamed Ould Abdelaziz

Mohamed Ould Abdelaziz

Je respecterai la Constitution de mon pays», avait dit le président Aziz. Donc, la Mauritanie aura bien un nouveau président en 2019, quand celui qui préside à ses destinées, depuis plus d’une décennie, «l’homme aux deux coups d’Etat» contre Taya, en 2005, et contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, en 2008, arrivera au terme de son deuxième mandat. Mais Aziz n’exclut pas un retour gagnant en 2024 ! Un scénario à la Poutine que nous avons souvent évoqué, et qui se dessine déjà avec le positionnement du général de division Ould Ghazouani, qu’on présente comme l’alter ego d’Ould Abdel Aziz.

L’ancien chef d’Etat-major général des armées, à la veille de la retraite, a été placé par son ami président à la tête du ministère de la Défense lors du dernier remaniement ministériel. Il devient ainsi l’un des dauphins possibles du président Aziz, l’autre étant le colonel à la retraite Cheikh Ould Baya, élu député de Zouerate et envoyé au «commandement» de la nouvelle Assemblée nationale.

L’annonce de la non-candidature d’Ould Abdel Aziz à un troisième mandat semble donc être la suite logique à toutes les actions entreprises, depuis 2017, pour que le pouvoir soit assuré, à son départ, par l’un de ses fidèles lieutenants. Les amendements constitutionnels (avec la suppression du sénat), la création de conseils régionaux, à relents tribaux, le sabordage de plusieurs partis de la majorité sous forme de «fusion-acquisition» politique par l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir, sont autant de faits qui concourent, tous, vers cette recherche de stabilisation d’un pouvoir qui s’inscrit dans la durée, comme volonté d’un homme et comme Système.

La mécanique peut cependant coincer, comme on l’a vu en 2008 avec le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. A travers leur histoire politique récente, celle qu’on appelle pompeusement «l’ère démocratique» (à partir de 1992), les Mauritaniens ont prouvé que les allégeances se font à un système non à un homme. A chaque chute d’un président, les coups d’Etat étant le modus operandi privilégié, l’élite politique et le peuple s’écrient : le raïs est parti, vive le raïs !  Une constance qui constitue la particularité du pouvoir en Afrique et prouve qu’il n’y a pas de déterminisme en politique.

Aziz travaille donc sur un ensemble d’hypothèses pour «assurer ses arrières», objectif premier de toutes ses manœuvres de fin de mandat, de «pause politique», et non pas de retraite – ou de retrait – comme il tient à le préciser à ceux qui fêtent déjà son départ.

Face aux critiques de l’opposition, mais surtout à ses allégations de saccage organisé des ressources du pays, depuis près d’une décennie, la nécessité d’empêcher des poursuites contre le président et son clan est vue par le pouvoir actuel comme une priorité et comme une condition de la stabilité politique garante de la poursuite de ce que la majorité d’Ould Abdel Aziz considère aujourd’hui comme «l’âge d’or» de la Mauritanie.

Les déclarations du président Mohamed Ould Abdel Aziz ont certes permis de taire la polémique autour du troisième mandat, en 2019, mais elles ont aussi déplacé la question sur la légalité même d’un retour à la Poutine.

L’opposition contrariée

Après avoir rejeté cette possibilité, par la voix de certains de ses ténors, comme le professeur Lô Gourmo, vice-président de l’Union des forces de progrès (UFP), l’opposition semble s’en tenir à ses priorités : Aziz doit partir d’abord, ensuite on verra ! C’est, par exemple, la position déclarée du député Yahya Ould Ahmed Waghef, ancien Premier ministre sous Sidioca, président du parti Adil.

Une position très controversée faisant de Moulay Ould Mohamed Laghdaf, ancien Premier ministre d’Aziz, un candidat possible de l’opposition, a été dénoncée comme une «information» distillée par les renseignements généraux pour diviser les rangs du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) et casser sa dynamique de rapprochement avec le Rassemblement des forces démocratiques d’Ahmed Ould Daddah.

Pour les Mauritaniens, tous clans politiques confondus, ce qui compte, pour l’instant, est de voir leur constitution respectée. «Aucun président ne peut avoir plus de deux mandats dans l’absolu. La notion de «successivement» n’existe pas dans notre Constitution, donc personne ne doit penser qu’il serait possible de faire la stratégie de Poutine en Mauritanie, rappelle Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des forces du progrès et de la coalition FNDU. Pour le moment l’essentiel c’est qu’il n’y ait pas de troisième mandat.»

Mais si l’opposition a gagné la bataille du troisième mandat, en rendant impossible le maintien du président Aziz, après 2019, elle aura du mal à empêcher le maintien à flot de son système, toute la difficulté étant de pouvoir présenter, contre son dauphin, un candidat unique à la prochaine présidentielle. Yahya Ould El Waqf, président du parti Adil, pose la question sous forme d’impératif : «L’opposition fera tout pour rassembler le plus grand nombre de forces politiques autour d’un candidat qui va la représenter aux élections de 2019. Et je ne pense pas que nous sommes rassemblés contre un homme. Nous sommes rassemblés contre un système, contre une manière de gérer le pays, et nous allons présenter notre vision de la gestion de ce pays, et nous espérons la présenter en rang uni et non en rang dispersé», souligne-t-il, au micro de RFI. L’enjeu de l’opposition, après avoir barré la route au troisième mandat, est de se choisir un champion capable de battre le dauphin d’Aziz à la présidentielle de 2019.

Mohamed Ould Abdel Aziz Politique

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