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Mauritanie Remaniement partiel : pour la première fois, les erreurs se payent cash

Le président Mohamed Ould Abdel Aziz  a opéré, le 9 février 2015, un remaniement inattendu. Mais bienvenu, selon plusieurs analystes. Avec cinq départs: Ould Meimou (Affaires étrangères), Ould Rayess (Affaires économiques), Ba Ousmane (Éducation nationale), Ould Zein (Habitat) et Ould Jelvoun(Santé).

Mohamed Ould Abdel AzizLes ministres débarqués ont ceci de commun : leurs départements plient sous les scandales. À l’Education nationale, la manifestation du 8 février, sévèrement réprimée par les forces de l’ordre, a été la goutte qui a fait déborder le vase. Une équipe scolaire (école Nessiba 1) a raté le tournoi de football organisé par la chaîne de télévision qatarie «Jeem» parce qu’au ministère des fonctionnaires véreux ont cherché, semble-t-il, à soustraire 33.000 dollars à cette télévision. Le scandale a fait la Une de tous les journaux et sites. Aziz pouvait-il fermer les yeux sur cette affaire qui survient quelques mois après la fuite des épreuves du bac ? Apparemment non, puisque Ba Ousmane, après sept ans passés au gouvernement (comme Secrétaire général du gouvernement puis ministre de l’Education nationale) cède son fauteuil à IsselmouOuld Sid’El Moctar, un ancien candidat de l’UPR (parti au pouvoir) à la députation au niveau de Tidjikja, la capitale du Tagant.

Après avoir échappé, miraculeusement, aux remous du ministère de la Justice, lors du précédent remaniement, Sidi Ould Zeinquitte le ministère de l’Habitat, de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Il paie sans doute pour les importants retards enregistrés au niveau de projets en cours. Il est remplacé par Seyidina Ali Ould Sidi Ould Jeylani, frère de l’ancien inspecteur général d’Etat, Mohamed Abba Ould Sidi Ould Jeilani.

La sortie de Sid’Ahmed Ould Rayess, dont le département des Affaires économiques fusionne avec celui des Finances, coïncide avec l’arrivée à Nouakchott d’une mission du FMI. Et l’on pense qu’après le scandale de la Maurisbank, avec une perte sèche de près de 20 milliards d’ouguiyas pour de grandes entreprises d’Etatet des particuliers, alors qu’Ould Rayess était gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie (BCM), une affaire de faux chiffres, comme celle de 2004, n’est pas à exclure. Le départ d’Ould Rayess renforce l’assise de Moctar Ould Diay qui devient une sorte de Premier ministre bis, à la tête d’un ministère des Affaires économiques et des Finances dont dépend également un ministre délégué en charge du Budget (Mohamed Ould Kembou).

Ould Diay est récompensé sans doute pour avoir initié à la direction des Impôts (et poursuivi en tant que ministre des Finances) une croissance record des taxes et impôts. Reste à savoir combien de temps il tiendra à la tête de ce super ministère avec des protestations qui fusent de partout (sociétés, commerçants, pécheurs, etc 😉 qui réclament le départ de celui qu’ils appellent désormais « le ministre des Impôts ». 

Au ministère de la Santé, Ould Jelvoune cède son fauteuil au professeur Kane Boubacar, qui remplace au gouvernement son cousin Ba Ousmane. Le départ d’Ould Jelvoune était demandé depuis plusieurs mois par la rue qui lui reproche son attitude face à la fièvre du Rift mais l’accuse surtout de tromper le président Aziz en lui faisant croire que le secteur de la santé n’est plus comme avant. Enfin, la sortie de Hamada Ould Meimou trouve elle aussi son explication dans le malaise grandissant au sein des Affaires étrangères où les jeunes diplomates ne cessent de dénoncer la présence aux meilleurs postes de fonctionnaires étrangers au département. Ould Meimou qui a passé moins d’un an aux Affaires étrangères est remplacé par Isselkou Ould Ahmed Izidbih, jusque-là Président de l’Autorité nationale de régulation.

La particularité de ce énième remaniement ministériel est qu’il ravive la polémique sur le dosage tribalo-régionaliste. Les ministres sortants sont en effet remplacés par d’autres qui appartiennent aux mêmes ensembles tribaux et/ou à la même région. 

En tout état de cause, pour une frange importante de l’opinion nationale, ce remaniement intervient dans un climat de morosité ambiante qui caractérise ce début d’année. La crise frappe de plein fouet tous les secteurs d’activité, et les Mauritaniens n’attendent plus grand-chose d’un nouveau gouvernement qui ne changerait rien à la précarité actuelle. Même s’ils sont d’accord que, pour une fois, les erreurs des «ministrés» se payent cash.

Mohamed Ould Abdel Aziz Politique

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