Dernières nouvelles
Accueil » Analyses » Mauritanie : «Succession ouverte» en 2019

Mauritanie : «Succession ouverte» en 2019

Dans l’interview publiée le 25/02/2018 par l’hebdomadaire Jeune Afrique, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz tient un propos conciliateur vis-à-vis du Maroc et du Sénégal, deux pays avec lesquels les relations connaissent des hauts et des bas depuis 2009.

Ould Abdel AzizOuld Abdel Abdel Aziz confirme ce qui se disait déjà : le ciel est désormais dégagé entre Nouakchott et Rabat. Fin 2017, Ould Abdel Aziz avait désigné enfin son ambassadeur  absent de la capitale marocaine depuis 2012 et accrédité celui que le royaume a désigné pour remplacer Abderrahmane Ben Omar décédé le 21 décembre 2016.

Avec le Sénégal, la crise consécutive à la mort d’un pêcheur de Guet Ndar (Saint-Louis) au large des eaux territoriales mauritaniennes est désormais dépassée. Mieux, la visite effectuée par Macky Sall à Nouakchott une semaine après cet incident, a permis à la Mauritanie et au Sénégal de s’engager dans la voie d’un accord de production et de partage des importantes ressources en gaz découvertes par Kosmos Energy sur la frontière maritime des deux pays.

L’homme fort de Nouakchott tranche aussi la question cruciale du troisième mandant en affirmant ne pas être candidat. L’opposition qui a toujours douté de la bonne foi de l’homme qui préside aux destinées du pays depuis août 2008, pousse un ouf de soulagement, et entrevoit la possibilité d’une alternance pacifique au pouvoir en 2019. Du côté de la majorité, certains continuent toujours à espérer que le président revienne sur sa décision, même si la «guerre de succession» a déjà commencé pour d’autres.

Cette annonce a donc brouillé les cartes d’une majorité dont plusieurs barons (ministres, députés, chefs de partis, notables) lient leur sort à celui d’Ould Abdel Aziz. Au nom de la continuité du pouvoir et de « réalisations » pour le moins mitigées. Sans présager de ce que cela pourrait avoir comme conséquences sur la stabilité du pays, et pensant, surtout, que le pouvoir peut ce qu’il veut, parce qu’il a en face une opposition affaiblie par ses divisions et ses choix « non stratégiques », notamment le boycott du dialogue de 2011 et des élections de 2014.

Au terme d’une décennie à la tête du pays, le bilan livré par Ould Abdel Aziz est celui que le camp de la majorité a toujours mis en avant pour appeler au maintien de l’actuel président au pouvoir. Les réalisations économiques et la sécurité, malgré leurs coûts exorbitants, sont difficilement contestables : multiplication par cinq de l’offre d’électricité (ce qui n’a pas empêché la capitale Nouakchott de renouer avec les délestages au cours du mois de février), approvisionnement en eau potable de dizaines de localités de l’intérieur (projet Dhar en cours) et réalisations de milliers de kilomètres de goudron. Le hic, c’est que la Mauritanie en sort avec une dette qui équivaut à 73% de son PIB ! Une situation dont s’est alarmé le directeur adjoint du FMI, Mitshuhiro Furusawa, dans une interview accordée, mi-février, au site arabophone alakhbar, en marge de sa visite en Mauritanie.

C’est justement à ce niveau que l’opposition trouve à redire. L’argent décaissé par les fonds arabes, la BAD et les institutions de Bretton Woods a plus servi à « engraisser » des groupes économiques proches du pouvoir, surgis de nulle part, que profiter à des populations qui manifestent chaque jour contre la vie chère et la mauvaise qualité des services publics.

Ceux qui poussent le président Aziz à rester au pouvoir pensent, certainement, que la Mauritanie n’est pas différente du Rwanda et du Burundi, deux pays où la question du «mandat de trop » a été vite expédiée par un tour de passe-passe (révision de la constitution) ou un simple coup de force. D’autres pays (Togo, RDC, Tchad) s’apprêtent à utiliser la même recette pour contourner des réglementations pas si rigides que ça.

Mais faut-il oublier pour autant que, dans certains cas, le « ça passe ou ça casse » aboutit aussi à des situations qui rappellent que le « printemps arabe (Tunisie, Egypte, Libye) a fait école aussi en Afrique subsaharienne. Au Burkina Faso, d’abord, au Zimbawe et en Afrique du sud ensuite. Même s’il est vrai que l’après « révolution » ne garantit pas toujours une situation meilleure.

Remobiliser les troupes

Pour Aziz, ne pas être candidat en 2019 ne veut pas dire cependant qu’il va prendre sa retraite politique. Le président a affirmé, sans ambages, qu’il restera sujet (acteur) et non objet après avoir quitté le pouvoir, et qu’il soutiendra un candidat à la prochaine présidentielle.

Dans cette perspective de « succession ouverte », le président a déjà ordonné une restructuration de l’Union pour la république (UPR), le parti-Etat, en nommant une commission dans laquelle figure le maire de Zouerate, le colonel à la retraite Cheikh Ould Baya que d’aucuns citent parmi les dauphins potentiels.

L’UPR, minée par les querelles de chefs, est destinée à redevenir une puissante machine électorale, à l’image de ce que fut le PRDS sous Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya (1984-2005). Parce que les enjeux de l’après Aziz sont multiples. Certes, il faut porter à la présidence un homme qui assure au président sortant et à son système une tranquillité post-pouvoir, mais maintenir le contrôle d’une majorité au sein d’une Assemblée nationale, devenue seul législateur, et de conseils régionaux où les tribus et groupes politiques rivaux vont se livrer à de véritables batailles pour contrôler des régions ramenées de treize à six par la magie d’un découpage électoral qui suscite déjà des grognes partout.

C’est dire que pour le président Aziz, le pari est loin d’être gagné. Tout doit être mis en œuvre pour que la majorité retrouve un semblant de discipline qui fait aujourd’hui sa force face à une opposition éclatée. Elle doit surtout faire taire rapidement des revendications sociales venant de la base, car il est bien loin le temps où Aziz était soutenu, adulé même, comme le «président des pauvres ».

Aux difficultés économiques et au malaise social grandissant sont venues s’ajouter, à l’approche de la fin du second mandat d’Aziz, les rivalités nées des ambitions de ceux qui estiment être en droit de succéder au raïs. On évoque souvent, dans ce cadre, un rapport conflictuel entre le Premier ministre, Yahya Ould Hademine, et le président de l’UPR, Sidi Mohamed Ould Maham. Le Premier ministre, qui travaille à être maintenu jusqu’à la fin du second quinquennat d’Ould Abdel Aziz, est également cité comme le second terme d’une rivalité avec son prédécesseur, et ancien ministre Secrétaire général de la Présidence, Moulay Ould Mohamed Laghdaf. Reste que la décision finale revient à Ould Abdel Aziz lui-même qui semble encore détenir tous les pouvoirs entre ses mains : l’armée et le Parti.

Abderrahmane Ben Omar Mohamed Ould Abdel Aziz Yahya Ould Hademine

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*