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Le 2 mai restera sans doute comme une date charnière pour la « tech» ivoirienne. Djibril Ouattara, ministre de la Transition numérique, a dévoilé l’ambition nationale : concevoir une IA qui ne soit pas une simple copie des modèles californiens, mais un outil infusé de culture ivoirienne et du patrimoine scientifique local. C’est donc clair, la Côte d’Ivoire veut sa propre « matière grise » numérique. Il s’agit de bâtir un écosystème où l’administration et les entreprises privées gagnent en compétitivité grâce à des données traitées localement. Ce projet, financé via des contributions d’opérateurs et des contrats de licence stratégiques, marque la fin de la dépendance technologique passive.

Abidjan ne se contente plus de suivre la révolution technologique mondiale, elle entend la dompter. En annonçant la création d’une Intelligence Artificielle (IA) souveraine, le gouvernement ivoirien parie sur un outil sur mesure pour transformer son modèle de croissance et consolider son leadership agricole. Un investissement colossal d’un milliard de dollars sur trente ans qui place le cacao au cœur du code source. Une souveraineté numérique ancrée dans le terroir

Cette structure crée un paradoxe bien documenté. Plusieurs pays africains importent des produits alimentaires transformés issus de cultures qu’ils produisent eux-mêmes. Selon la Banque africaine de développement, la facture des importations alimentaires dépasse 50 milliards de dollars par an et pourrait atteindre 110 milliards d’ici la fin de la décennie. Au-delà du commerce, c’est un enjeu industriel : faible transformation signifie faible captation de valeur, peu d’emplois qualifiés et une dépendance accrue aux chocs extérieurs.

L’Afrique produit, mais les fruits de son sol sont encore largement transformés ailleurs. Près de 70 % des exportations agricoles du continent sont constituées de produits bruts, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Le cacao en est l’exemple le plus emblématique : la Côte d’Ivoire et le Ghana assurent plus de 60 % de la production mondiale, mais l’essentiel de la transformation reste localisé en Europe. Même logique pour la noix de cajou, dont environ 80 à 90 % des volumes africains sont décortiqués en Asie.