Lorsque j’ai entamé mes études universitaires dans les années 1970, le Maroc était en effervescence après l’avis consultatif de la CIJ sur le Sahara marocain et la décision de feu le Roi Hassan II d’organiser la Marche Verte pour parachever l’intégrité territoriale de l’empire chérifien, qui avait été dépecé par les puissances coloniales afin d’empêcher le Royaume de rugir à l’avenir et de l’isoler géographiquement et diplomatiquement. Mais le génie des Rois du Maroc a torpillé tous les complots et toutes les intrigues ourdies par le voisinage immédiat ou lointain.

Ces dernières semaines, on a observé des tensions inhabituelles dans les relations maroco-espagnoles, que nous espérons n’être qu’un orage d’été sans lendemain, notamment les démonstrations de force et les manœuvres militaires à Sébta occupée, le projet de loi d’octroi de la nationalité espagnole aux Marocains nés dans les provinces du Sud avant 1977, et surtout la gestion de la crise migratoire à Sébta orchestrée par des acteurs non étatiques invisibles, identiques à ceux qui avaient déclenché le printemps arabe via les médias sociaux et la guerre hybride.
Pour comprendre ce dernier événement, il faudrait consulter les éphémérides d’au moins un an en arrière et le replacer dans le contexte de la guerre au Proche-Orient, de la redistribution des cartes au niveau international et du nouveau positionnement des grandes puissances et de certaines puissances régionales en perte de vitesse, qui tentent de maintenir leur hégémonie par une guerre hybride, notamment l’instrumentalisation de leur contrôle de certaines ressources rares (gaz, pétrole), de points de passage ou d’autres types de nœuds stratégiques.
En effet, dans un monde où les chaînes d’approvisionnement s’entrecroisent et où les tensions géopolitiques se multiplient, les pays qui contrôlent des choke points sont sous les feux de la rampe, dont le Royaume du Maroc, qui contrôle plusieurs choke points (détroit de Gibraltar, phosphates, corridor migratoire, terres rares, énergie verte, ports stratégiques, bientôt corridor de l’Atlantique au Sahel, gazoduc Nigeria-Maroc, etc.). La crise au Moyen-Orient de 2026 l’a rappelé avec une clarté brutale : le détroit d’Ormuz — ce passage stratégique par lequel transite un cinquième du pétrole mondial — s’est retrouvé quasiment paralysé pendant plusieurs mois, faisant vaciller les marchés de l’énergie. Cette perturbation a illustré une vérité que l’on avait trop souvent oubliée : la géoéconomie est devenue le principal langage de la puissance au XXIe siècle.
Le Maroc, une histoire de résilience et de repositionnement stratégique
Le Maroc n’a jamais accepté le destin que l’histoire semblait lui imposer. Victime du partage colonial en 1906 lorsque la conférence d’Algésiras scella son démembrement, le royaume chérifien fut réduit à une simple île coupée de son environnement naturel. Pendant des décennies, ses voisins — en particulier l’Algérie — ont cherché à l’isoler sur la scène africaine et internationale, notamment en 1984 en le poussant à quitter l’Organisation de l’Unité Africaine, pour mieux promouvoir la thèse séparatiste sur le Sahara occidental.
Mais le Maroc a résisté. Il a puisé dans une tradition diplomatique séculaire, celle du « jeu de balancier », qui consiste à tirer profit des rivalités entre grandes puissances pour préserver sa souveraineté. Sous la dynastie saadienne, Ahmad al-Mansur noua une alliance conçue comme un pacte gagnant-gagnant avec l’Angleterre d’Élisabeth contre l’Espagne de Philippe II. Plus tard, le sultan Sidi Mohammed III fit du Maroc le premier État à reconnaître l’indépendance des États-Unis d’Amérique. Dans les années soixante, le Roi Hassan II fut l’un des premiers à reconnaître la Chine populaire en pleine guerre froide. Le Maroc n’a jamais choisi un camp ; il a toujours choisi de relier les camps.
Aujourd’hui, cette diplomatie de l’entre-deux porte ses fruits. Le Maroc s’impose comme une puissance régionale incontournable, forte de ses infrastructures portuaires de pointe, de ses investissements massifs dans les énergies renouvelables et de sa prééminence sur des ressources stratégiques, à commencer par le phosphate, dont il contrôle 70 % des réserves mondiales. Cette ascension inquiète les pays voisins, en particulier l’Algérie, mais elle confère au Royaume une capacité de négociation inédite.
La diplomatie de la migration
La diplomatie migratoire a été définie par Adamson et Tsourapas (Migration Diplomacy in World Politics, 2018) comme l’utilisation par les États d’outils, de processus et de procédures diplomatiques pour gérer la mobilité transfrontalière des populations. Elle ne doit pas être confondue avec la politique migratoire générale d’un État (comme l’octroi de visas ou le contrôle des frontières), sauf lorsque ces éléments sont utilisés comme outils de négociation dans les relations internationales.
Adamson et Tsourapas distinguent trois catégories d’États selon leur position dans la chaîne migratoire internationale : les États d’accueil, qui cherchent principalement à contrôler les flux d’immigration et à en tirer des avantages stratégiques ; les États d’origine, qui utilisent l’émigration comme levier politique, diplomatique ou économique, notamment grâce aux diasporas et aux transferts financiers ; et enfin les États de transit, qui exploitent leur position géographique sur les routes migratoires pour exercer ce levier sur les États de destination et obtenir des concessions ou des gains sous forme d’assistance ou d’accords de coopération.
La diplomatie migratoire repose souvent sur des enjeux où la migration est connectée à la sécurité, à l’économie ou au soft power. Les États utilisent deux types de stratégies : les stratégies à somme nulle (gains relatifs), où l’État cherche à gagner au détriment de l’autre, souvent par la pression pour extraire des fonds ou réaliser des gains politiques ; et les stratégies à somme positive (gains absolus), plus désirables entre pays voisins, où les parties cherchent un bénéfice mutuel, comme c’est le cas notamment des accords de « travailleurs invités » en Espagne et en Allemagne ou du programme Bracero entre les États-Unis et le Mexique, conçus pour répondre à la fois aux besoins de main-d’œuvre de l’un et au chômage de l’autre.
La migration est donc devenue un instrument de politique étrangère à part entière. Kelly Greenhill s’est focalisée, dans ses recherches, sur les stratégies à somme nulle dans son modèle appelé ingénierie de la migration coercitive (CEM). Elle a recensé entre 56 et 81 tentatives de coercition migratoire entre 1951 et 2006. Le contexte de l’instrumentalisation de la migration est lié à une multiplicité de facteurs endogènes et exogènes, qui sont souvent liés à l’état conflictuel ou coopératif des relations entre les pays d’accueil, d’émission et de transit ; à la conjoncture politique intérieure et régionale ; à la nature des régimes politiques ; et à la survenue de crises environnementales ou de guerre civile dans le pays d’émission.
La grille d’analyse du modèle CEM repose sur trois critères cumulatifs : le déclenchement (le flux est-il contrôlé par un acteur ?), la stratégie (répond-elle à des objectifs politiques ?) et la coercition (la cible perçoit-elle une menace ?). Le modèle identifie deux mécanismes — la saturation des capacités et le chantage normatif — et trois types d’acteurs : les générateurs, les agents provocateurs et les opportunistes.
Parmi les crises migratoires identifiées par Kelly Greenhill qui répondent à ces critères cumulatifs, elle cite quatre cas illustratifs : Cuba (1994), où Castro a menacé d’ouvrir les frontières, forçant Washington à négocier ; la Libye (2004), où Kadhafi a exploité les flux subsahariens pour obtenir la levée de l’embargo ; le Bélarus (2021), où Loukachenko a orchestré l’arrivée de migrants à la frontière polonaise pour forcer l’UE à négocier ; et la Turquie en 2016, lorsqu’Ankara a durci le ton avec l’UE sur la gestion des flux de réfugiés syriens.
La diplomatie marocaine de la migration : une vision stratégique
Le Maroc a fait le choix d’une politique migratoire « inclusive et innovante », comme l’a salué la cheffe de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Maroc, Laura Palatini. Cette vision s’est notamment matérialisée par la Stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA), lancée en 2013 sous l’impulsion du roi Mohammed VI, une stratégie qualifiée de « globale, inclusive, solidaire, humaniste, où le respect des droits du migrant constitue le socle ».
La politique migratoire du Maroc repose sur les principes de souveraineté, de responsabilité et de coopération, et la gestion des flux migratoires constitue une responsabilité partagée entre les pays d’origine, de transit et de destination, selon les autorités marocaines. Rabat met en avant le rôle déterminant qu’il joue dans la sécurisation de la route migratoire de la Méditerranée occidentale grâce à des moyens humains, techniques et financiers considérables, ainsi qu’à une coopération étroite avec l’Espagne.
Les chiffres sont têtus et prouvent l’effort colossal des autorités marocaines qui ont intercepté plus de 160 000 tentatives de migration irrégulière en 2024 et 2025, 632 réseaux de trafic de migrants ont été démantelés et plus de 32 000 opérations de sauvetage en mer ont été menées durant cette période. Au total, plus de 360 000 tentatives de migration irrégulière auraient été déjouées au cours des cinq dernières années (MAP, 3 août 2026).
Le Maroc est passé d’un pays de transit à une destination finale pour les migrants qui souhaitent y s’installer ; à cet effet, il a renforcé son système d’asile, accueillant « 19 756 réfugiés et demandeurs d’asile » fin juillet 2025, dont 5 149 Syriens, 1 241 Centrafricains et 815 Soudanais. Le pays a mis en place une stratégie migratoire nationale intégrant la dimension humanitaire tout en renforçant les contrôles aux frontières. En 2025, 4 372 migrants en situation irrégulière ont opté pour un retour volontaire assisté vers leur pays d’origine.
Ces efforts ont été soutenus par un partenariat stratégique avec l’UE, qui a alloué « 160 millions d’euros » d’appui budgétaire sectoriel pour la Stratégie nationale de l’immigration et de l’asile du Royaume sur la période 2025-2027 (montant quasi dérisoire comparé aux dépenses engagées). La reconnaissance est au rendez-vous puisque l’UE a plusieurs fois salué le rôle central du Maroc dans la gestion des flux migratoires, notamment le 4 août 2026, tandis que l’Espagne a constaté une baisse de 5 % des arrivées irrégulières sur ses côtes par rapport à l’année précédente.
La gestion des crises migratoires : cas de Sebta, juillet 2026
Entre le 30 juillet et le 1er août 2026, entre 50 000 et 60 000 migrants — pour la plupart de jeunes Marocains — ont franchi la frontière en l’espace de quelques jours, la majorité à la nage en contournant le passage de Tarajal. L’enclave a vu sa population augmenter de près de 70 % en 48 heures. Les arrivées massives dépassent largement, par leur ampleur, celles de mai 2021, lorsqu’environ 10 000 migrants avaient afflué à Sebta en quelques jours.
Dès le 31 juillet, la situation s’est inversée. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé que plus de 48 000 personnes s’étaient déjà retournées volontairement au Maroc. À ce jour, environ 53 000 retours avaient été enregistrés.
Un élément déclencheur exogène
L’élément déclencheur de cette mobilisation massive fut une décision du Tribunal suprême espagnol rendue le 8 juillet 2026. Celle-ci interdit les « refoulements à chaud » des migrants interceptés en mer alors qu’ils tentaient de rejoindre Sebta ou Melilla. La Cour a jugé que le rejet en frontière ne s’appliquait qu’à ceux qui tentaient de franchir des éléments physiques de contention (comme une clôture) et non à ceux qui entraient à la nage par la mer.
Cette décision a été rapidement décontextualisée sur les réseaux sociaux, présentée comme une garantie de résidence permanente en Espagne, ce qui n’était pas le cas. Aussi bien la primature espagnole que le ministère de l’Intérieur du Royaume du Maroc s’accordent sur le fait que « les mafias du trafic et les passeurs ont exploité cette décision judiciaire, mal interprétée, pour créer un effet d’appel et ont fait une interprétation intéressée de cette décision », la présentant comme une « porte ouverte » aux migrants. Le gouvernement marocain a confirmé que les franchissements frontaliers n’étaient « ni le fruit de circonstances spontanées ni de facteurs circonstanciels », évoquant des réseaux criminels et la désinformation.
L’ingénierie du modus operandi : une galaxie décentralisée multinationale et une logistique cybernétique
Rappelons que la logistique numérique utilisée à Sebta est quasi identique à celle qui a déclenché des émeutes en Tunisie en 2011, signant le déclenchement du printemps arabe dont les conséquences ont été catastrophiques et dont les ondes de choc se poursuivent jusqu’à nos jours.
La crise de Sebta de 2026 ne fut ni spontanée ni simplement orchestrée par un seul acteur ; elle résulte d’un modus operandi complexe impliquant une campagne numérique sophistiquée, des réseaux criminels et une instrumentalisation par des acteurs étatiques extérieurs qui voulaient ternir la réputation du Royaume du Maroc et attiser les tensions rampantes entre les deux voisins.
Selon un rapport (José María Gil Garre, co-directeur de l’Observatoire international de la sécurité), une campagne numérique coordonnée a été le moteur de la mobilisation. L’enquête, menée sur 49 jours (du 15 juin au 2 août), a examiné des contenus publiés sur six plateformes : WhatsApp, Facebook, TikTok, Instagram, Discord et X.
L’architecture du réseau est décentralisée : des générateurs de contenu basés en Algérie, en Tunisie, en France et au Maroc alimentaient les flux, tandis que des groupes WhatsApp, dont certains étaient administrés depuis des numéros algériens (+213), servaient de centres de coordination logistique pour partager itinéraires, points de rendez-vous et mises à jour en temps réel.
L’implication algérienne, bien que niée par Alger, aurait été documentée par plusieurs éléments dans le même rapport. Celui-ci révèle qu’un ancien ambassadeur algérien aurait qualifié la crise de « marche bleue » instrumentalisée par Rabat dans une logique de guerre hybride pour faire pression sur l’Espagne.
Cette évocation et ce rappel de la « marche verte » n’est pas fortuite ; elle est faite à dessein pour raviver les blessures de l’amour-propre, la mémoire et l’inconscient de la droite et de l’extrême droite espagnoles qui avaient subi un revers inoubliable lorsque le Royaume avait contraint l’Espagne franquiste à rétrocéder le Sahara au Maroc à la suite de l’avis consultatif de la CIJ et de la glorieuse Marche verte.
Est-ce que la dernière crise de Sebta rentre dans la typologie de K. Greenhill ? L’analyse suivante nous permettra d’y répondre autant que faire se peut, car les archives de la gestion de cette crise ne seront déclassifiées qu’après une période d’embargo légal en Espagne qui peut atteindre au moins 35 ans (prorogeables de 10 ans) et les informations classifiées « Très secret » pendant 45 ans (prorogeables de 15 ans).
La crise migratoire n’est pas un acte diplomatique coercitif
Selon le ministère marocain des Affaires étrangères, les autorités marocaines rejettent toute accusation d’avoir provoqué la crise et soutiennent que le Maroc « assume ses responsabilités » en matière de contrôle migratoire, non par calcul politique mais dans le cadre d’un engagement constant.
Le Maroc avait d’ailleurs averti l’Espagne quelques jours avant la crise de Sebta que l’arrêt rendu début juillet par le Tribunal suprême espagnol, limitant les retours immédiats de migrants vers le Maroc, risquait d’affaiblir un pilier essentiel de la coopération migratoire bilatérale (Le Desk, 3 août 2026).
Rabat affirme également avoir mis en garde Madrid contre les conséquences de cette décision, tout en soulignant que la gestion des migrations constitue une responsabilité partagée entre les deux pays.
• L’analyse des faits et leur interprétation à l’aune de la science politique et des cadres explicatifs scientifiques testés lors de plusieurs crises migratoires conforte le récit marocain et réfute les allégations de certains milieux d’extrême droite espagnole et de médias sociaux algériens qui ont sauté sur cette opportunité pour ternir l’image et la réputation du Royaume chérifien. La crise de Sebta ne répond guère aux critères scientifiques bien établis par les spécialistes, notamment Kelly Greenhill, pour qualifier la crise d’acte diplomatique coercitif, à savoir :
◦ le flux doit-il être contrôlé par un seul acteur ?
◦ la crise est-elle déclenchée pour atteindre des objectifs politiques ?
◦ la cible perçoit-elle une menace ?
✓ Primo, la condition sine qua non de l’orchestration par un seul acteur tombe à l’eau. D’abord, l’élément déclencheur est acté par un tribunal espagnol (8 juillet 2026) qui a accordé des garanties légales aux migrants interceptés en mer, ne donnant pas lieu au refoulement immédiat. Ensuite, le modus operandi, décrit en détail par le rapport Gil, démontre clairement que l’architecture du déclenchement est diffuse, décentralisée et multinationale. Faire porter la responsabilité à un acteur, dans ce cas d’espèce le Royaume du Maroc, est une erreur grave et impardonnable. S’il y a un seul acteur qui apparaît comme étant derrière cette galaxie, c’est bien le voisin algérien, seul ou en connivence avec d’autres ennemis ou rivaux du Royaume du Maroc (Iran, etc.).
Rappelons à l’occasion que le silence de la Ligue arabe et d’autres organisations régionales qui n’ont pas exprimé leur soutien au Maroc dans cette crise est regrettable, alors que l’Espagne a été soutenue par les ministres de l’Intérieur européens le 4 août.
✓ Secundo, le Royaume du Maroc est une puissance ascendante qui n’a pas besoin d’actionner la coercition migratoire pour atteindre ses objectifs. Il dispose d’autres leviers plus puissants et efficaces pour s’affirmer, notamment : la stabilité politique, la légitimité et le prestige de la monarchie marocaine et de son roi, amir al-mouminine ; le Maroc exporte un label d’islam modéré indispensable à la cohésion sociale européenne et à la lutte contre la radicalisation ; la coopération judiciaire et sécuritaire avec l’Espagne ; le contrôle de ressources rares et critiques, dont les phosphates et d’autres terres rares ; l’attractivité économique, notamment dans l’industrie automobile, l’aéronautique et les énergies vertes ; ainsi que les plateformes de nearshoring et friendshoring dont l’importance est allée crescendo face aux ruptures des chaînes de valeur mondiales.
Last but not least, les questions en suspens entre le Maroc et l’Espagne depuis la reconnaissance de la marocanité du Sahara en 2022 ne méritent pas un lever de bouclier ; elles seront réglées par le dialogue dans un esprit de respect du bon voisinage et peut-être dans le cadre d’un partenariat et d’une intégration plus élargie avec l’UE.
✓ Tertio, la perception de la menace : dans sa sortie médiatique, le chef du gouvernement espagnol a directement mis en cause « les mafias qui trafiquent des êtres humains », les accusant d’avoir fait une « lecture intéressée » d’un arrêt récent du Tribunal suprême espagnol ; il n’a pas imputé la crise à son voisin.
Le communiqué des ministres de l’Intérieur de l’UE du 4 août conforte cette position en insistant sur le renforcement de la protection des frontières extérieures et la coopération avec les pays partenaires, notamment le Maroc.
En conclusion, je me permets de rappeler que l’histoire diplomatique du Maroc nous enseigne qu’à quelque chose malheur est bon ; en situation de crise, souvent sinon toujours, la position de fermeté du Maroc finit par payer et le Royaume sort plus fort de la crise, la tête très haute. Ce fut le cas des crises maroco-françaises dans les années soixante et soixante-dix, dans les années quatre-vingt et entre 2022 et 2024.
L’histoire nous apprend également que le jeu de bascule et la politique de non-dépendance, ainsi que son corollaire, la diversification, renforcent la marge de manœuvre du Maroc dans la gestion des crises.
Dans un monde où l’interdépendance est de plus en plus instrumentalisée, le Maroc a su transformer sa position d’interface en un véritable pouvoir de négociation. Sa diplomatie de l’entre-deux, ses ressources stratégiques, ses infrastructures portuaires et son rôle de pays de transit responsable lui permettent de naviguer entre les puissances en compétition.
Bibliographie indicative
Farrell & Newman, Weaponized Interdependence (2019) ;
Greenhill, Weapons of Mass Migration (2010) ;
Böhmelt, Coercive Engineered Migrations and Environmental Stress (2025) ;
Tsourapas, The Strategic Politics of Cross-Border Mobility (2025) ;
Song, Saltalamacchia, Migration Diplomacy in Mexico–United States Relations (2026).
Principales corrections apportées :
• Orthographe et grammaire (accords, concordance des temps, accents)
• Ponctuation (virgules manquantes, points-virgules, espaces avant les deux-points et points d’interrogation)
• Typographie (espaces insécables pour les milliers, guillemets français, italiques pour les expressions latines et anglaises)
• Cohérence toponymique (uniformisation de « Sebta »)
• Syntaxe (découpage de phrases trop longues, suppression des répétitions)
• Majuscules/minuscules conformes aux règles typographiques françaises
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