Dans un contexte de sécheresse récurrente au Maroc, la nécessité de recourir à des solutions innovantes pour une gestion durable des ressources en eau s’est accélérée. En développant la technologie du photovoltaïque flottant, le Maroc capitalise sur son expertise pour s’adapter aux enjeux climatiques. Le pays conforte en outre, sa place de leader régional des technologies vertes. Décryptage !

Une étude scientifique récente pointe l’intérêt des systèmes photovoltaïques flottants au Maroc
L’étude s’est penchée sur 58 barrages marocains d’une superficie d’environ 433 km2, impactés, annuellement, par l’évaporation d’environ 909 millions de m3 d’eau.
Selon les chercheurs marocains, la technologie des systèmes photovoltaïques flottants représente de nouvelles perspectives prometteuses pour le Maroc. L’intérêt est double car il combine production d’une électricité propre et préservation des ressources hydriques.
Plus précisément, couvrir 40 % de cette superficie serait à même de satisfaire, théoriquement, la demande en électricité du Royaume. Des performances énergétiques optimales s’obtiendraient avec une inclinaison de 31 dégrées des panneaux.
L’efficacité de cette technologie réside également dans le refroidissement naturel induit par le positionnement des panneaux photovoltaïques sur l’eau. Ce qui aurait pour conséquence de maximiser les rendements des panneaux.
De plus, les auteurs de l’étude, publiée dans la revue Clean Energy 2, soulignent que le Maroc pourrait bénéficier d’un retour sur investissement rapide estimé à moins de 10 ans. De fait, ils estiment son fort potentiel malgré des coûts d’installation plus élevés comparativement aux systèmes solaires au sol de même envergure.
Des projets pilotes en cours d’activités
Pour répondre aux enjeux énergétiques et hydriques du pays, plusieurs initiatives ont été lancées au cours des dernières années.
A ce titre, au nord du Maroc, à proximité du barrage d’Oued El Makhazine, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, l’exploitation d’une centrale solaire flottante bénéficie au développement local de l’agriculture.
Sur le barrage d’Oued Rmel, un projet pilote de centrale solaire flottante, démarré en mai 2025, est entrée en phase de tests en août 2025. D’une puissance installée de 13 MW, ce dispositif alimente en électricité verte le complexe portuaire de Tanger Med.
Ce parc solaire flottant renforce la compétitivité des infrastructures portuaires et érige le port de Tanger Med en un hub logistique alliant innovation et durabilité.Plus spécifiquement, le dispositif comprend 404 plateformes flottantes, solidement ancrées, par des câbles immergés à 44 mètres de profondeur, accueillant 22 624´modules photovoltaïques sur 10 hectares de plan d’eau. Ce projet couvre uniquement une fraction des 123 hectares du réservoir d’eau mais participe activement à la réduction de l’empreinte carbone du Royaume.
Selon les spécialistes en politiques hydriques, du ministère de l’Equipement et de l’Eau, son efficacité devrait déboucher sur une réduction significative de l’évaporation d’environ 30%. A noter que, celle-ci peut atteindre jusqu’à 7000 m3 par jour en période estivale.
Par ailleurs, l’Agence du bassin hydraulique de Tensift étudie un projet visant à construire et exploiter un parc solaire flottant sur le barrage Lalla Takerkoust, situé dans la province d’Al Haouz.
Défis à anticiper et solutions durables
Le déploiement de la technologie du photovoltaïque flottant présente des obstacles qu’il convient de maîtriser, afin d’en limiter la portée.
Il est impossible de couvrir l’intégralité de toutes les retenues d’eau et des réservoirs du Royaume. Dans ces conditions, l’impact direct sur l’évaporation de l’eau pourrait être limité en fonction des barrages.
Aussi, il existe des contraintes techniques en fonction du relief et de l’envasement naturel des barrages, qui influent sur les niveaux d’eau des barrages. Par conséquent, ces obstacles pourraient fragiliser voire endommager les panneaux. Il est nécessaire d’agir de manière préventive, par un reboisement des bassins versants, afin de limiter l’érosion et les dépôts de sédiments.
Si la construction et l’exploitation de centrales solaires flottantes est techniquement plus complexe à développer, comparativement au parc photovoltaïque au sol, elles présentent, néanmoins, de multiples avantages.
Cette technologie produit de l’énergie propre et compétitive sur les installations de barrages tout en réduisant significativement l’évaporation de l’eau. C’est d’autant plus important si l’on tient compte des canicules et déficit pluviométrique historiques de ces dernières années au Maroc.
De plus, ce dispositif induit un refroidissement naturel des retenues d’eau, ce qui permet d’obtenir de meilleurs rendements énergétiques des modules.
Le photovoltaïque flottant permet d’alimenter des stations de pompage pour l’irrigation des terres agricoles et sécuriser l’approvisionnement en eau potable. Il répond à une demande croissante en eau, liée notamment à l’évolution démographique.
Cette technologie énergétique de gestion durable des ressources hydriques est d’autant plus appréciable du fait que la couverture photovoltaïque de plans d’eau ne nécessite pas de terrains fonciers supplémentaires ou d’empiéter sur les terrains agricoles.
Une technologie verte de plus pour soutenir la souveraineté hydrique du Royaume
Le solaire flottant connait un fort développement depuis quelques années à l’échelle mondiale. Des pays comme la France, la Thaïlande, l’Indonésie, et la Chine expérimentent cette technologie. Les prévisions soulignent une accélération de la croissance à moyen terme.
Selon Global Market Insights Inc., la taille du marché des centrales solaires photovoltaïques flottantes devrait croitre de 7,9 milliards de dollars en 2026 à 9,2 milliards de dollars d’ici 2035.
La stratégie de lutte contre le stress hydrique du Royaume s’intensifie avec le photovoltaïque flottant. Cette solution innovante, pionnière en Afrique, s’ajoute aux nombreux projets structurants de dessalement de l’eau de mer et de retraitement des eaux usées.
A ce titre, le pays ambitionne de produire 1,7 milliard de m3 d’eau dessalée par an à l’horizon 2030. Des « giga-unités » de dessalement sont actuellement en plein essor et contribuent à la résilience hydrique du pays, face au aléas climatiques.
Parallèlement, le pays continue d’investir massivement dans des ouvrages d’avenir.
De fait, 14 grands barrages sont en cours de construction et 2 barrages sont récemment entrés en exploitation. Ces 16 nouveaux barrages ont une capacité cumulée de 5037 millions de m3 d’eau.
Pour répondre à l’urgence climatique et hydrique, le recours à un réseau de petits barrages collinaires participent également à l’approvisionnement en eau du monde rural.
En outre, des projets d’infrastructures modernes (canaux et stations de pompage) sont
en développement pour des connexions entre les barrages. Ces « autoroutes de l’eau » vont permettre de relier certains barrages du nord, à forte capacité, aux régions
centrales et méridionales du pays. Cette dynamique offrira notamment l’accès à des ressources hydriques pour une agriculture solidaire et inclusive.
Ces initiatives intégrées permettent au pays de diversifier les sources d’approvisionnement en eau tout en réduisant progressivement sa dépendance aux barrages ainsi qu’au nappes phréatiques.
En conclusion, la multiplicité des projets innovants du Royaume renforce sa stratégie de développement de solutions énergétiques durables afin d’accélérer son indépendance énergétique et sa sécurité hydrique sur tout le territoire.
Références
Mouhaya, A., El Hammoumi, A., El Ghzizal, A. et al. Techno-economic feasibility analysis of floating photovoltaic systems on 58 Moroccan dams: energy potential, economic viability, and water evaporation. npj Clean Energy 2, 8 (2026).
https://doi.org/10.1038/s44406-026-00025-9




![Éclairage | Centrale solaire flottante : le Maroc concilie innovation énergétique et sécurité hydrique [Par Mounir Belkouch] L’étude s’est penchée sur 58 barrages marocains d’une superficie d’environ 433 km2, impactés, annuellement, par l’évaporation d’environ 909 millions de m3 d’eau. Selon les chercheurs marocains, la technologie des systèmes photovoltaïques flottants représente de nouvelles perspectives prometteuses pour le Maroc. L’intérêt est double car il combine production d’une électricité propre et préservation des ressources hydriques.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Photovoltaic-.jpg)
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