Guerre au Moyen-Orient : l’Afrique sous onde de choc
La guerre au Moyen-Orient ne touche pas seulement les marchés pétroliers. Elle fait peser une menace directe sur l’agriculture africaine via la hausse des prix des engrais et la perturbation des flux d’importation. Dépendants des fertilisants du Golfe, de nombreux pays africains pourraient voir leurs campagnes fragilisées, avec un impact direct sur la production alimentaire et le pouvoir d’achat des populations.
L’Afrique reste fortement dépendante des importations d’engrais. Dans la région du Sahel, le Burkina Faso, le Mali et le Niger importent jusqu’à 60 % de leurs besoins depuis le Moyen-Orient. En Afrique de l’Est, le Kenya, la Tanzanie et l’Éthiopie dépendent d’environ 40 à 50 % de leurs fertilisants provenant du Golfe pour le maïs, le blé et les cultures maraîchères. Même des pays producteurs d’engrais comme le Maroc ou l’Égypte dépendent de l’ammoniac et du soufre importés pour compléter leur production locale. Cette dépendance rend le continent vulnérable à toute perturbation logistique ou flambée des prix.
Flambée des coûts et impact sur les campagnes
La hausse des prix des engrais se traduit déjà sur le terrain. Entre octobre 2025 et mars 2026, le prix de la tonne d’urée a augmenté de près de 25 %, pénalisant les petits producteurs. Au Nigeria, les cultivateurs de maïs réduisent leurs doses d’engrais pour limiter les coûts, au risque de diminuer les rendements. En Afrique australe, au Malawi et au Mozambique, où les agriculteurs souffrent déjà du changement climatique et de la sécheresse, la flambée des intrants menace les récoltes de maïs, aliment de base pour des millions de personnes.
Une pression sur la sécurité alimentaire
La chaîne de transmission est rapide. Moins d’engrais signifie moins de production, ce qui alimente la hausse des prix alimentaires. Au Kenya, en Tanzanie et en Éthiopie, les prix du maïs et du blé ont déjà commencé à augmenter, pénalisant les ménages urbains et ruraux. En Afrique de l’Ouest, le Sénégal et la Côte d’Ivoire pourraient connaître une pression similaire sur le riz et les céréales importées. Les pays enclavés comme le Tchad et le Niger, avec des coûts logistiques élevés, sont encore plus exposés à cette inflation alimentaire.
Vers une crise silencieuse
Contrairement à la flambée du pétrole ou à l’inflation visible dans les villes, la crise des engrais est silencieuse mais pourrait s’avérer déterminante. Elle agit sur les campagnes agricoles, puis sur les récoltes, avant de se répercuter sur les prix et l’alimentation. Une situation préoccupante pour des pays comme le Burundi, le Rwanda ou le Malawi, où l’agriculture reste la principale source de revenus pour la majorité des ménages.
L’urgence de solutions locales
Face à ce défi, plusieurs pistes sont à explorer : production locale d’engrais, diversification des sources d’approvisionnement, aides ciblées aux petits agriculteurs et soutien des stocks nationaux. Sans ces mesures, l’Afrique risque non seulement de subir une baisse de sa production agricole, mais aussi de voir s’aggraver la malnutrition et la précarité alimentaire dans plusieurs pays.
Le Continent se retrouve ainsi confronté à un paradoxe : riche en terres cultivables et en ressources naturelles, il reste exposé à une crise alimentaire importée, déclenchée par des facteurs extérieurs, mais aux conséquences profondément locales.





Iran
Israël





