Après des années d’hésitation, Aliko Dangote relance son ambition londonienne. Le milliardaire nigérian veut faire entrer Dangote Cement à la Bourse de Londres dès 2026, tout en multipliant les opérations financières autour de son empire industriel. Raffinerie géante, engrais, ciment : le groupe prépare une année charnière qui pourrait redessiner le paysage financier africain.
Aliko Dangote passe à l’offensive sur les marchés internationaux. Dans un entretien accordé au Financial Times et publié le 7 mai, l’homme d’affaires nigérian a confirmé son intention de faire coter Dangote Cement Plc à la Bourse de Londres d’ici fin 2026, en complément de sa cotation actuelle sur le Nigerian Exchange (NGX), où le groupe est présent depuis 2010.
L’information a également été confirmée à Bloomberg par Devakumar Edwin, vice-président de Dangote Industries Limited, la holding de contrôle du conglomérat.
Pour le milliardaire, cette double cotation marque l’aboutissement d’un projet mûri de longue date. «Nous voulons une double cotation. Nous y pensons depuis sept à dix ans», a-t-il déclaré au Financial Times.
Une ambition freinée pendant plus d’une décennie
L’idée d’introduire Dangote Cement à Londres ne date pas d’hier. Dès 2011, le groupe envisageait déjà une ouverture vers les marchés financiers internationaux. Une première tentative concrète avait même été amorcée en 2018 avec l’arrivée au conseil d’administration de plusieurs figures internationales de premier plan, dont l’avocate Cherie Blair et l’ancien patron de Xstrata, Mick Davis.
Mais le projet avait fini par être suspendu. En cause : des exigences réglementaires britanniques jugées trop lourdes, combinées aux énormes besoins financiers liés à la construction de la raffinerie géante de Lekki, près de Lagos.
Selon Aliko Dangote, la récente réforme des règles d’admission menée par la Financial Conduct Authority (FCA) a changé la donne. «Nous avons finalement jugé que Londres était un bon choix, car les exigences minimales de cotation ont été abaissées», explique-t-il.
Un champion africain porté par des résultats records et robustes
Le timing choisi par Dangote n’a rien d’anodin. Dangote Cement traverse actuellement une phase de forte croissance. Leader africain du ciment, le groupe dispose désormais d’une capacité de production de 55 millions de tonnes par an répartie dans 11 pays africains.
Sur le NGX, son action a bondi de 129 % en un an, portant sa capitalisation boursière à plus de 12 milliards de dollars.
Les performances financières confirment cette dynamique. En 2025, le cimentier a enregistré un bénéfice net de 732 millions de dollars, soit une hausse de 102 % sur un an, pour un chiffre d’affaires de 3,12 milliards de dollars.
La tendance s’est poursuivie au premier trimestre 2026, avec une progression de 35 % du bénéfice avant impôts. Le groupe a notamment profité d’une envolée de 71,6 % des exportations de clinker depuis le Nigeria.
Selon le Financial Times, la double cotation à Londres pourrait intervenir autour de septembre 2026, sous réserve des conditions de marché.
Raffinerie, engrais, ciment : Dangote prépare une année record
La cotation de Dangote Cement n’est qu’une pièce d’un puzzle financier beaucoup plus vaste. Le groupe prépare simultanément plusieurs opérations majeures qui pourraient faire de 2026 une année historique pour l’empire Dangote.
Première étape : l’introduction en Bourse de la raffinerie de Lagos, présentée comme la plus grande d’Afrique avec une capacité de traitement de 650 000 barils par jour. L’opération porterait sur 10 % du capital et viserait une valorisation comprise entre 40 et 50 milliards de dollars. Plusieurs établissements financiers, dont Stanbic IBTC Capital, Vetiva Advisory Services et FirstCap, ont déjà été mandatés pour piloter le dossier.
En parallèle, Dangote Fertiliser poursuit également sa montée en puissance. La filiale, qui exploite la plus grande usine d’urée du continent, a récemment levé 750 millions de dollars via un placement obligataire privé. Une introduction en Bourse reste également à l’étude.
Un tournant pour les marchés africains
Si ces trois opérations aboutissent, le groupe Dangote pourrait signer l’une des séquences boursières les plus importantes jamais réalisées par une entreprise africaine.
Au-delà du groupe nigérian, cette série de cotations constituerait aussi un signal fort pour les marchés financiers du continent, souvent jugés insuffisamment profonds pour absorber des opérations de cette ampleur.
Pour Aliko Dangote, l’enjeu dépasse désormais le seul Nigeria : il s’agit d’installer durablement ses champions industriels dans la cour des grandes multinationales cotées.





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