Dernières nouvelles
Accueil » A la une » Industrie : Le Maroc, futur hub automobile mondial

Industrie : Le Maroc, futur hub automobile mondial

Avec l’arrivée de PSA Peugeot-Citroën qui va installer une usine de 90.000 véhicules par an, 200.000 à terme à Kenitra, au sud de Tanger, le Maroc tient enfin son deuxième constructeur après Renault. De quoi conforter un virage automobile qui reconfigure toute l’industrie marocaine, surtout au nord du pays. Tanger accueille, on le sait depuis 2012, une usine XXL de Renault. Cette année, cette usine la plus grosse du continent devrait assembler 250.000 véhicules.

Carlos Tavares, PDG de PSA Peugeot Citroën  et Moulay Hafid El Alami, ministre marocain  de l'Industrie et du commerce

Carlos Tavares, PDG de PSA Peugeot Citroën et Moulay Hafid El Alami, ministre marocain de l’Industrie et du commerce

A l’évidence, le Maroc a dupliqué avec succès la recette qui lui a permis de convaincre en 2012 Renault de poser pied à Tanger avant Oran (Algérie) ouverte en 2014. PSA Peugeot-Citroën, qui n’a qu’une seule usine dans ses carnets a, également opté pour le Royaume. L’emplacement, la ville de Kenitra, a, semble-t-il, été dicté par le Maroc, à mi-chemin entre deux pôles industriels, Casablanca et Tanger, histoire “de créer un équilibre régional”, expliquait le ministre de l’Industrie Moulay Hafid Alami.

Ce dernier est l’instigateur du plan d’accélération industrielle qui a vocation, depuis 2014, à définir et à appuyer le développement de métiers à fort avantage compétitif pour le pays. L’usine PSA Peugeot-Citroën est la première grande annonce du plan. L’investissement est de 557 millions d’euros (6milliards de dirhams) et la promesse d’emplois dépasse les 4.500 postes dont 1.500 cadres ingénieurs et techniciens supérieurs. Les engagements du constructeur ne s’arrêtent pas là. Les travaux démarreront dès 2016 avec une forte intégration industrielle à la fois pour construire l’usine mais également pour parfaire sa production. C’est, ainsi, que le tissu industriel local sera sollicité à hauteur de 60% dès le démarrage du projet et à 80% une fois la vitesse de croisière atteinte. Au début, la production sera de 90.000 véhicules par an mais plafonnera, “si l’intérêt commercial le justifie” à 200.000 unités.

Renault, Peugeot-Citroën et les autres

L’histoire du Maroc avec l’industrie automobile est jalonnée de hauts et de bas et de beaucoup de rumeurs. La Somaca, seule usine de montage automobile dans le Royaume ne doit sa survie qu’à sa reprise par Renault dans le cadre de son projet industriel au Maroc. Dans les années 1990, alors que l’on disait Daewoo automobile prête à s’installer dans le Royaume grâce à un engagement personnel de Feu Hassan II, le projet n’a jamais abouti et finalement le constructeur coréen n’a délocalisé qu’une partie de son activité, l’ingénierie. Durant la même décennie, l’industrie a battu de l’aile avec la fermeture de plusieurs usines d’équipementiers automobiles tels que Valeo. En 2012, et à peine Renault, a-t-elle paraphé sa convention d’investissements que l’on disait Volkswagen en négociation avec le gouvernement. Aujourd’hui encore après l’installation de PSA Peugeot-Citroën, la presse croit savoir qu’un fabricant japonais est sur les starting blocks.

Si le Maroc tire autant d’avantages, c’est qu’en, une décennie, il est passé maître dans l’art de capter les investisseurs directs étrangers, les fameux IDE, souvent au détriment de son rival régional, l’Algérie mais également la Tunisie. D’après le Président tunisien BejiCaid el Sebssi, dans une sortie à la presse, PSA Peugeot-Citroën avait d’abord parié sur son pays. Et on connait la suite. Pour son implantation au Maroc, l’affaire a été pliée “en trois mois de négociations”, confiait à la presse Carlos Tavares, le président du groupe français à l’occasion d’une visite au Maroc. La stratégie chérifienne commence par une prise de participation mineure,5% en l’occurrence détenue par la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), tandis que les économies dans la région contraignent encore les postulants à des partages de types 49%/50%. Mais au premier rang des incitations demeurent les incitations fiscales. Celles-ci commencent par un régime de zones franches longtemps éprouvées : une exonération de 5 années de l’impôt sur les sociétés et un taux fixe de 8,75% pour les 20 années à venir. Pas de TVA, ni de taxe urbaine ou de patente et un régime douanier quasi libre.

Aux incitations fiscales s’ajoutent les subventions. PSA Peugeot-Citroën a obtenu du Maroc une aide à l’installation comprise entre 10 et 20% du total investi et une subvention à la formation de 5.500 euros (près de 60.000 dirhams) par employé. Des aides supplémentaires peuvent être décrochées, notamment celles liées aux programmes du Fonds Hassan II. Ce dernier peut participer, dans la limite de 30% de la valeur globale et sur la base d’un prix unitaire du mètre carré à 2.000 dirhams, à la construction ou à l’acquisition des bâtiments professionnels. Il peut également participer à hauteur de 15% et dans la limite de 30 millions de dirhams (- de 3 millions d’euros) à l’acquisition des biens d’équipements neufs.

Enfin, pour capter l’investissement, le Maroc n’hésite pas à voir grand en termes d’infrastructures. Des programmes routiers, autoroutiers et portuaires sont lancés pour l’occasion ou à tout le moins accélérés. Dans le Nord du pays, Renault s’est installée à côté de Tanger Med, le plus grand port du Royaume. Ses frais de transport sont, de fait, réduits à zéro. PSA Peugeot-Citroën aussi. Kenitra, la région d’accueil de la nouvelle usine, dispose bien d’un port fluvial. Il sera reconverti en Marina pour laisser place au plus grand port atlantique du Royaume.

Kenitra produira de la gamme B et C

PSA Peugeot-Citroën garde le secret sur les modèles qui seront produits au Maroc. Rien n’a encore filtré en dehors qu’ils seront basés sur la plateforme Common modularplatform (CMP) (anciennement plateforme EMP1), que PSA développe actuellement avec son partenaire chinois Dongfeng. Néanmoins, Deux choses sont sûres : il s’agira de véhicules compacts de gamme B et C à destination de l’Afrique et du Moyen-Orient. Les références du constructeur sont trop nombreuses pour réussir une extrapolation. Celles réalisées par des experts français laissent croire que la priorité sera donnée à la Citroën C Elysée et à des utilitaires comme le Berlingo ou le Partner. A ceux-là s’ajoutent deux blocs moteurs de normes Euro 4 et Euro 5 dédiés au marché émergents.

Kenitra Atlantique focalisera quelque 8 milliards de dirhams d’investissements. Il sera gagné sur la mer et construit en eau profonde pour avoir la capacité de gérer des marchandises solides au grand tonnage: “Les voitures de PSA Peugeot-Citroën”, note sans détour Aziz Rebbah, ministre de l’Equipement du Maroc. Ce port dans les tiroirs depuis 2010 a vu sa réalisation accélérée. Il sera disponible en 2022, soit plusieurs années après le démarrage de l’usine automobile. “C’est le signe que le Maroc croit dans l’usine PSA Peugeot-Citroën bien au-delà des conventions signées avec le gouvernement”, ajoutait le responsable ministériel à l’occasion d’une présentation officielle de Kenitra Atlantique. En attendant, les véhicules produits devront emprunter l’autoroute vers le Détroit pour être expédiés vers les marchés de destination depuis le port opérationnel Tanger Med.

Un autre atout plaide en faveur du choix de Kenitra pour accueillir l’usine PSA Peugeot-Citroën. La ville se trouve dans la seule région du Royaume où les forages pétroliers ont conduit à la découverte de gisements de gaz naturel, une ressource hautement énergétique et nettement plus abordable que les autres sources d’énergie.

Pour le constructeur automobile “l’accord signé permet de compléter le dispositif industriel existant au Nigéria, en cours de négociation en Iran et de préparer dès aujourd’hui les conditions de réalisation de l’ambition commerciale d’1million de véhicules sur la région Afrique-Moyen-Orient à l’horizon 2025. L’Afrique et le Moyen-Orient sont des marchés historiques pour le Groupe, en particulier pour la marque Peugeot dont la notoriété est établie de longue date. Le Groupe occupe également des positions fortes sur certains marchés (1er en Tunisie, 2ème au Maroc), et la marque Peugeot est numéro 2 en Algérie”.

Sauf surprise donc, le Maroc a posé les jalons pour devenir un hub automobile mondial à l’horizon 2019 avec plus de 500.000 véhicules produits (entre Renault et PSA Peugeot-Citroën) pour près de 100 milliards de dirhams de chiffre d’affaires et pas moins de 136.000 emplois occupés dont une majorité employée par la filière sous-traitante qui bénéficiera, à terme, d’un taux moyen d’intégration de 60%. A son rythme actuel de 40 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, le secteur automobile a dépassé, en termes de recettes, les phosphates première ressource minière du Royaume et son principal pourvoyeur en devises.

Automobile Carlos Tavares Industrie Investissements internationaux Moulay Hafid Alami PSA Peugeot Citroën Renault

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*