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Mauritanie : Les défis du second mandat d’Aziz

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Mouhamed Ould Abdel Aziz

. Réélu avec 81,89%, le président mauritanien Mohamed Ould abdel Aziz fait beaucoup mieux qu’en 2009
. Certes, les contextes est loin d’être le même, il avait en face de lui 19 candidats, dont les ténors de l’opposition radicale mais seulement 6 « figurant » en 2014

Réélu avec 81,89%, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz fait beaucoup mieux qu’en 2009. Certes, le contexte est loin d’être le même. Il avait en face de lui 19 candidats, dont les ténors de l’opposition radicale mais seulement 6 « figurants » en 2014. Sa victoire annoncée au premier tour était, en fait, contre le boycott auquel le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) avait appelé, menant une campagne parallèle à celle menée par les soutiens du pouvoir pour un taux de participation élevé. Au sortir de la course, Ould Abdel Aziz arrive loin devant, avec un demi million de voix, suivi par le militant des droits de l’homme, Biram Ould Dah Ould Abeid (8,67%) et Boydiel Ould Houmeid (4,5%) qui ne devance Ibrahima Moctar Sarr que de quelques centaines de voix. Lalla Mariem Mint Moulay Driss, la seule femme engagée – ou embarquée – dans cette présidentielle, ferme la marche avec 0,49% (moins de 4000 voix). Ce qui montre que les Mauritaniens ne sont pas encore prêts à confier leur destinée à une femme.

Ceci dit, plusieurs enseignements sont à tirer de cette élection présidentielle qui permet à Mohamed Ould Abdel Aziz de rester encore cinq ans au pouvoir. Pour parachever son bilan « largement positif », affirment ses soutiens les plus inconditionnels. Mais ce second mandat constitue aussi le vrai défi pour lui. A l’intérieur et à l’extérieur du pays. Comment, en effet, va-t-il gérer une crise sans fin ? Car, quoi qu’on dise, l’opposition radicale, rejointe par l’Alliance populaire progressiste (APP) de l’ancien président de l’Assemblée nationale (et nouveau président du Conseil économique et social), Messaoud Ould Boulkheir, ne baissera pas les bras si facilement. Elle pense même avoir repris des forces, après la débâcle électorale de 2009 et le passage à vide, pour raison de boycott, des dernières élections municipales et législatives. Sur quelque 1322 000 inscrits, 659000 n’ont pas voté (soit un peu moins de 50%). Si on ajoute à ce chiffre celui d’un million d’électeurs « potentiels » (ceux en âge de voter mais qui n’ont même pas pris la peine d’aller s’inscrire), on pourrait prêter l’oreille aux dénonciations d’une opposition qui trouve qu’Ould Abdel Aziz « est très mal élu » avec «seulement 80% du quart de l’électorat potentiel». En dépit de cette fronde marquée par l’opposition, le Président veut croire à l’« unité nationale ».

Pour son second mandat, le « président des pauvres », qui se veut le « président de la jeunesse » pour ce second – et dernier ? – mandat, s’est fixé la priorité de « consolider les acquis » et continuer à « construire » le pays, à « le sécuriser d’abord pour pouvoir bien le développer ». « C’est cela mon objectif, a-t-il dit et redit aux médias qui l’ont interrogé à l’issue du scrutin. C’est donc que sur le plan intérieur, le second mandat de Mohamed Ould Abdel Aziz ne sera pas de tout repos. Il aura, comme arguments massue pour taire les critiques, à continuer sur la même lancée en initiant des projets à impact social très fort dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et des infrastructures de base. Et Aziz semble disposer des moyens nécessaires pour mener une telle politique. Avec d’impressionnantes réserves en devise (un milliard de dollars en 2013 contre 237 millions en 2009), un taux de croissance de près de 6% et un secteur minier en plein essor, il ne lui reste plus que de choisir l’équipe gouvernementale capable de traduire sur le terrain ses promesses électorales. Il aura entre reconduire l’actuel Premier ministre, Moulay Ould Mohamed Laghdaf, pour la troisième fois, ce qui sera vu comme un signe de grande confiance en l’homme qui connait bien les arcanes de Bruxelles, siège de l’Union européenne, premier partenaire économique de la Mauritanie, ou à faire appel à celui qui a dirigé avec brio sa campagne, Sidi Ould Salem, brillant universitaire sortant des universités françaises. Sa nomination probable à la tête du gouvernement sert un double objectif : Le renouvellement de la classe politique et le clin d’œil que le président Aziz ne cesse de faire aux couches défavorisées en Mauritanie.

Sur le plan extérieur, le président mauritanien aura également fort à faire. La présidence de l’Union africaine doit finir en beauté avec un accord de paix définitif au Mali et la prise de mesures importantes dans les deux domaines prioritaires que sont le chômage des jeunes et la sécurité en Afrique. Deux programmes qui nécessitent des financements conséquents dépassant les possibilités de l’UA mais que son président en exercice devrait pouvoir soumettre à Barak Obama lors du prochain sommet USA-Afrique prévu en août prochain. Pour convaincre l’UE a apporté sa contribution à cet effort de développement et de paix dans le monde, Ould Abdel Aziz peut compter sur ses amitiés avec Paris dues à son engagement sans précédent contre Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) au Mali.

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