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Mauritanie : Manœuvres pour un 3ème mandat

En Mauritanie aussi, le spectre du troisième mandat se profile à l’horizon. Les journées nationales de concertations, du 07 au 14 septembre 2015, ont été perçues, par des observateurs avertis, comme le prélude à «quelque chose». Un évènement de plus grande importance que ce fameux dialogue que les «congressistes» ont décrété pour le 07 octobre 2015.

Mohamed Ould Abdel AzizSans la présence du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU), plus grand regroupement de l’opposition mauritanienne avec une dizaine de partis politiques, des syndicats et des personnalités indépendantes, et avec la participation timide de la Convergence pour l’unité et l’alternance démocratique (CUPAD), ces «journées de concertations» ont été vues plutôt comme un rassemblement de la majorité. Certes, comme il sait si bien le faire, le pouvoir a réussi à débaucher quelques opposants de catégorie B et C mais les 500 participants au Palais des congrès de Nouakchott étaient tous acquis à la «cause» d’un dialogue aux contours trop flous. Car, alors que le FNDU et la majorité conduite par l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir, butaient sur la question des «préliminaires» (déclaration du patrimoine du chef de l’Etat et des membres du gouvernement, libération des prisonniers d’opinion), une lettre du ministre Secrétaire général de la Présidence «décrète» un dialogue qui ne met pas face à face le FNDU et l’UPR mais ressemble plutôt à une orgie politique. L’objectif d’une telle manœuvre est d’ouvrir la voie à un troisième mandat du président Aziz ! Le dialogue et ses «préliminaires» ne sont qu’une façon de tromper la vigilance de l’opposition.

L’opposition à l’épreuve

Nous savons tous, pourtant, qu’un troisième mandat, un quatrième ou même un dixième, ne dépendent pas de cette fameuse constitution mauritanienne, «qui n’est pas du Coran» mais du rapport de forces, au moment du passage à l’acte, entre une majorité confuse et une opposition «diffuse».

L’opposition ne doit pas compter, comme par le passé, sur l’UE, l’ONU, l’UA et autres organisations machins pour stopper la volonté d’Ould Abdel Aziz de prolonger son règne de quelques années encore. Les coups et contrecoups continueront à régir un monde où les intérêts des peuples recoupent rarement ceux des dirigeants. Demandez à Sissi, à Nkurunziza, à Kabila, Kagamé ou autre Denis SassouNguesso s’ils ont pensé un instant à cette «justice» du monde qui n’existe que sur papier. Si l’on sait qu’Aziz prend toujours ce qu’il désire, alors autant le lui donner, dit le Mauritanien lambda. C’est le seul moyen d’éviter la perpétuation de la crise politique actuelle. Aziz a toutes les cartes en main et l’opposition ne doit pas faire preuve une fois encore de naïveté en appelant au «rahil» (départ) sans disposer des armes pour l’accomplir. Même pas par la voie des urnes. Car qui tient le pouvoir en Mauritanie en dispose comme bon lui semble. L’armée, l’administration, les chefs de tribus et les intellectuels maison sont «les Gardiens du temple» ; ils n’agiront contre le pouvoir que contraints et forcés quand il devient chancelant à cause de ses propres erreurs, de ses errements, exactement comme le 03 août 2005. Quand le pouvoir était prêt à tomber comme un fruit mur et qu’il suffisait seulement de se pencher pour le ramasser. Pourtant, le projet d’un troisième mandat pour Aziz peut rencontrer certaines difficultés. Le retour de l’Unité et l’Alternance Pacifique et Démocratique (CUPAD) dans le giron de l’opposition radicale, si la date du dialogue n’est pas reculée, peut embarrasser le pouvoir. Ce n’est pas la nouvelle coalition «Entente nationale pour la Mauritanie» constituée de «Temam», parti aux positions indécises, d’une branche dissidente d’Al mostaqbal et d’un parti sorti du néant (Nouvelle Génération).

Difficultés d’un passage en force

Ces trois partis n’ont ni députés ni sénateurs ni conseillers municipaux pour donner du crédit à leur nouvelle vocation d’opposition «dialoguiste» capable de suppléer, en cas de besoin, la coalition de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Messaoud OuldBoulkheir et de ses alliés BoidielOuldHoumeid (Al wiam) et AbdesselamOuldHorma (Sawab). En plus, la situation économique du pays ne favorise pas le plan concocté par la majorité pour favoriser un troisième mandat du président Aziz. Présente à Nouakchott, du 1er au 16 septembre 2015, dans le cadre de discussions avec la Mauritanie sur un nouveau programme économique et financier appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC) du FMI, couvrant la période 2015-2018, la mission du FMI ne semble plus accorder ses faveurs à l’équipe économique d’Ould Abdel Aziz. Les prévisions de croissance économique de 5,6 ne devraient pas être atteintes. La chute des prix du fer sort les apports de la SNIM, en bute à des difficultés structurelles, des prévisions budgétaires du gouvernement. Et comme un malheur ne vient jamais seul, la société Tasiast vient de licencier 148 de ses travailleurs pour faire face à la crise économique qu’engendre la baisse du prix de l’or. Enfin, l’augmentation de l’impôt sur le revenu et de la TVA (passée de 14% à 18%) provoque la grogne chez des opérateurs économiques touchés eux aussi par la crise. La combinaison de tous ces aléas est sans doute la pire des «oppositions» au plan mis en place par le président Aziz pour rester au-delà de 2019 date de fin de son second (et dernier ?) mandat.

Mohamed Ould Abdel Aziz Politique

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