« Le pays d’1 million d’opportunités d’investissement ». C’est le titre que le ministre mauritanien de l’Economie et des finances, Moctar Ould Diaye, avait choisi pour une intervention présentant le climat des affaires du pays dans un grand média américain.

Longtemps connue sous le nom de « pays du million de poètes » (appellation à double tranchant), la Mauritanie cherche actuellement à valoriser son potentiel économique mais surtout à le diversifier. Le fer, l’or, le cuivre et la pêche qui sont les quatre mamelles de cette économie connaissant des hauts et des bas, apportent à l’Etat l’essentiel de ses ressources, en dehors de l’APD (Aide publique au développement) et d’un impôt qui pèse de plus en plus lourd sur un secteur privé où l’informel est encore roi.
Profitant des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI, le ministre de l’Economie et des finances cherche donc à rééditer l’action qu’il vient de mener dans les pays du Golfe et qui a permis à la Mauritanie d’attirer des aides et des investissements conséquents : 16 milliards d’ouguiyas, en appui au Trésor public, 51 milliards pour la ligne électrique reliant Nouakchott à Nouadhibou sur près de 500 kilomètres et 15 milliards d’UM pour la Société nationale industrielle et minière (SNIM) pour lui permettre de faire face à la chute vertigineuse des cours du fer passés de 170 USD la tonne, en 2013, à 39 USD la tonne fin 2014. L’on parle également de l’octroi de 8 milliards d’ouguiyas à la Mauritanie (reversés à l’ENER et à ATTM) pour la réfection de certains axes à Nouakchott dans la perspective de la tenue du prochain sommet de la Ligue arabe, fin juillet dans la capitale mauritanienne.
Mais cette manne arabe ne saurait durer, les donateurs du Golfe étant eux-mêmes touchés par la crise avec un pétrole presque donné, par rapport aux années fastes, et des conflits absorbent des milliards de dollars en dépenses militaires (Yémen, Irak, Syrie). S’ajoute à cela le fait aussi que la Mauritanie, contrairement, à ses voisins du nord et du sud, profite peu des investissements privés euro-américains. Une situation que l’actuel climat de sécurité et de stabilité politique n’arrive pas à inverser, malgré tous les efforts entrepris par les responsables gouvernementaux. Un défaut d’approche ? Un déphasage dans le discours ?
Mettre en avant les «chiffres» de la Banque mondiale et du FMI est inopérant quand on s’adresse à des investisseurs non institutionnels. La croissance, l’inflation et autres indicateurs macroéconomiques ne pèsent pas lourd quand les opérateurs sont à la quête de la sécurité de leurs biens, d’exonérations fiscales et de bons risques. Le ministre mauritanien de l’Economie et des finances l’a peut-être compris en mettant en avant le potentiel économique et les avantages qu’offre l’Etat mauritanien pour tenter de séduire des hommes d’affaires américains qui ne connaissent que le langage du profit.
Il a certainement trouvé le bon angle d’attaque en mettant en avant les caractéristiques d’un pays encore «vierge» : population plutôt jeune (51% inférieur à 19 ans), taux de croissance démographique de 2,5% par an et espérance de vie de 61 ans.
Il a surtout compris que l’avenir compte autant, sinon plus, que le passé et le présent. Ce qui a été fait : consolidation du cadre macroéconomique global, amélioration des grands équilibres budgétaires et taux de croissance moyen de 5% au cours des 5 dernières années) prend moins d’importance que ce qui devra être fait : «Le pays est en train de finaliser une vision stratégique de son développement à l’horizon 2030, prenant en considération l’ensemble des défis, en termes, de diversification de l’économie, de valorisation et de gestion durable des ressources, de croissance et de création d’emplois, et surtout, la promotion d’un secteur privé dynamique, perçu comme moteur d’un développement, générateur d’une croissance inclusive et redistributive de richesse.»
Le ministre pense que la méconnaissance du pays est un handicap. Les Américains ne connaissent probablement de la Mauritanie que cette configuration ethno-démographique proche de la leur, pas que le pays « dispose d’importantes opportunités d’investissements dans des secteurs à forte valeur ajoutée » (pêche, agriculture, industries agro-alimentaires, mines et tourisme), qu’il «possède un cheptel de plus de 20 millions de têtes, un potentiel agricole, évalué à 500.000 ha dont 135.000 ha irrigables, 720 km de façade maritime avec 600 espèces répertoriées et un potentiel de captures, permissible de 1.500.000 tonnes/an».
Le point fort de cette présentation a été l’évocation du secteur minier (avec environ 800 indices découverts et l’exploitation du fer, l’or, le cuivre, et de gypse), mais surtout des perspectives prometteuses dans le domaine de l’énergie, avec les nouvelles découvertes de gisements de gaz, par Kosmos et Chevron, qui viennent s’ajouter au gisement de Banda.
Tous ces atouts fondent l’espoir chez le ministre Ould Diaye, de voir la Mauritanie nouer, outre-Atlantique, des partenariats de type gagnant-gagnant qui viendraient renforcer l’afflux de capitaux arabes et européens.


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