Quatre millions. C’est le nombre de ressortissants de pays occidentaux ayant fait leurs valises en 2024, selon une analyse de l’hebdomadaire britannique The Economist. Le phénomène, fondé sur les données de 31 pays hors États-Unis, progresse de 20 % par rapport à l’avant-pandémie de Covid-19. La Suède enregistre une hausse de 60 %, le Canada de 34 %, la Nouvelle-Zélande de 29 %, et l’Italie connaît ce que le magazine qualifie de « boom de l’émigration vers l’étranger. »
Derrière ces flux, des profils jeunes, diplômés et à hauts revenus, en quête d’une fiscalité plus douce et d’une stabilité politique que leurs pays ne leur garantissent plus.
Télétravail, impôts et défiance : le moteur à trois temps de l’expatriation
Le mouvement ne relève pas d’un simple rattrapage après les années de pandémie. « Une « économie des expatriés » est véritablement en train d’émerger », écrit le prestigieux hebdomadaire britannique, qui en identifie trois moteurs : la généralisation du télétravail, la pression fiscale et la défiance politique. Le premier a brisé l’ancrage géographique de l’emploi. « Une fois que les entreprises ont accepté qu’un employé puisse travailler efficacement depuis une table de cuisine à trois heures de route », la distance n’a plus d’importance, résume l’hebdomadaire. Le deuxième pousse les hauts revenus vers des juridictions plus clémentes. Le troisième, plus diffus, nourrit les départs : il existe « un sentiment grandissant parmi les Occidentaux de tous les bords que la politique est en panne. »
Les profils confirment la logique d’un cerveau mobile. Une étude néo-zélandaise montre que les titulaires d’un diplôme universitaire sont « au moins deux fois plus susceptibles d’émigrer dans la vingtaine » que les autres. Les flux restent néanmoins majoritairement internes au bloc occidental : depuis 2019, environ deux millions de personnes supplémentaires nées dans un pays occidental vivent dans un autre pays occidental.
Une ponction fiscale et humaine, mais des retours possibles
Cette mobilité a un coût pour les États de départ. « Lorsqu’un État investit dans la formation des jeunes pour les perdre ensuite, il renonce à des recettes fiscales futures », souligne le magazine. La fuite des diplômés ampute ainsi les finances publiques de pays déjà confrontés à des vieillissements démographiques prononcés. La Nuance tient dans la durée des départs : tous ne sont pas définitifs. En Nouvelle-Zélande, environ 40 % des émigrés finissent par revenir. Il n’empêche : à l’heure où les crispations nationalistes traversent les démocraties occidentales, ces circulations redessinent les sociétés, les marchés du travail et les assiettes fiscales, sans que les gouvernements n’aient encore trouvé de réponse coordonnée.








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