L’Union africaine a officiellement lancé, mercredi 7 octobre, sa première agence de notation de crédit, avec l’ambition de rivaliser avec les géants mondiaux du secteur : les « big three » (Moody’s, Fitch Ratings et S&P Global Ratings) à l’heure où le poids de la dette écrase de nombreuses économies du continent. C’est à Port-Louis, capitale de l’île Maurice, où elle installera son siège, que l’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA) a vu le jour, sa création ayant été validée par les dirigeants africains dès 2018.
« AfCRA complète les agences de notation de crédit mondiales existantes en offrant une perspective ancrée dans les données, l’expertise et les réalités africaines », indique l’Union africaine dans un communiqué. Reste désormais à conquérir la crédibilité auprès des marchés et des investisseurs. Rien n’est moins sûr : une ombre d’indépendance planera toujours sur cette structure. Les premiers crash-tests surviendront inévitablement lorsqu’il faudra attribuer des notations « gênantes » à des États actionnaires.
De nombreux dirigeants africains accusent régulièrement les « big three » — notamment S&P, Moody’s et Fitch — de mal évaluer le risque souverain sur le continent et de procéder trop vite aux dégradations en période de crise, qu’il s’agisse de conflits ou de pandémies. Précision au passage : les pays d’Asie ou d’Amérique latine ne se sont jamais plaints de la méthodologie de ces agences.
Selon les spécialistes de la notation financière, le succès de cette initiative reposera sur la crédibilité perçue de la nouvelle agence, en particulier en temps de crise. « Une nouvelle agence de notation commence par une promesse, tandis que les investisseurs exigent en fin de compte un historique concret », souligne Dennis Shen, maître de conférences en finance à l’International School of Management de Berlin et ancien analyste souverain chez Scope Ratings, cité par l’agence Reuters. L’épreuve la plus rude viendra toutefois lorsque les marchés seront sous tension : la crédibilité d’une agence de notation se mesure à l’épreuve des conclusions gênantes, bien plus que des verdicts parfaitement opportuns, poursuit-il.
Les promesses de l’UA
Chargée d’évaluer les emprunteurs souverains, les institutions financières et les entreprises privées, l’agence de notation de l’UA fonctionnera de manière indépendante et sera financée par les capitaux propres de ses actionnaires ainsi que par ses activités, promet l’organisation dans son communiqué.
L’UA espère que cette agence contribuera à améliorer l’accès des pays africains aux marchés de capitaux et à fournir aux investisseurs des évaluations plus équilibrées, adaptées au contexte des économies du continent.
Les économies africaines affichent actuellement une note moyenne de B à B-, contre BB pour les autres régions émergentes. Un écart qui, selon l’UA, peut limiter la participation de certains investisseurs et alourdir les coûts d’emprunt.











