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Pétrole et gaz : Le club des producteurs s’agrandit de plus en plus

  • Le SIEPA 2019), qui ouvre ses portes ce 11 juin et cela jusqu’au 13 juin à l’hôtel King Fahd Palace à Dakar ;
  • L’industrie pétrolière africaine, ne dérogeant pas à la tendance mondiale, connaît une embellie avec la reprise des investissements ;
  • L’autre signe qui confirme l’inflexion dans l’industrie pétrolière en Afrique est la reprise des opérations de fusions-acquisitions ;
  • Aujourd’hui on peut relever le défi énergétique, grâce aux atouts de l’Afrique, et particulièrement son immense potentiel en énergies nouvelles et renouvelables souvent inexploitées.

Au Sénégal, la 17ème édition du Salon international de l’énergie et du pétrole en Afrique (SIEPA 2019), qui ouvre ses portes du 11 juin au 13 à l’hôtel King Fahd Palace à Dakar, a fini de faire partie du calendrier d’affaires du secteur africain de l’énergie, voire international.

Un dossier préparé par
Mohamed Ould Salem et Mouhammadou Diop

 

Le SIEPA 2019 mobilise

Cet évènement économique annuel, organisé par l’Association pour le développement de l’énergie en Afrique (ADEA), l’Association sénégalaise pour le développement de l’énergie en Afrique (ASDEA) et AME Trade, veut s’inscrire cette année dans les nouvelles perspectives et les enjeux majeurs du développement énergétique sur le continent. En effet, des récentes découvertes pétrolières et gazières sont apparues au Sénégal et en Mauritanie, mais également dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne notamment le Ghana, l’Ouganda, le Kenya, le Mozambique, la Tanzanie. De plus, les gouvernements, les sociétés nationales et les sociétés internationales déploient des efforts conjoints afin de développer l’exploration de ces ressources.

Exploration pétrolièreAujourd’hui, la priorité de tous les États Africains est d’accélérer l’accès à l’énergie et en particulier l’accès à l’électricité aux populations rurales. Objectif : envisager à terme un quasi accès à l’électricité pour tous, les acteurs de l’industrie mettent l’accent sur l’amélioration des capacités de production électriques et des réseaux. Pour cela, l’approvisionnement en produits pétroliers doit s’améliorer, ce qui nécessite des adaptations et des développements du raffinage mais également des moyens de transport et de distribution permettant l’accès aux carburants.

C’est pourquoi SIEPA 2019 réunira des professionnels des secteurs du pétrole, du gaz, de l’électricité et des énergies renouvelables, ainsi que des ministres, représentants des gouvernements, administrations, donateurs internationaux, compagnies publiques et privées, investisseurs et d’autres parties prenantes pour débattre du développement énergétique de l’Afrique de l’Ouest.

Les majors reprennent les investissements

Il faut dire que l’industrie pétrolière africaine, ne dérogeant pas à la tendance mondiale, connaît une embellie avec la reprise des investissements. Vu la prépondérance du secteur primaire dans les économies africaines, l’industrie pétrolière et les ressources naturelles sont cruciales. La baisse des prix des matières premières ces dernières années a non seulement hypothéqué les équilibres macroéconomiques dans plusieurs pays, mais a aussi eu, dans certains cas, des conséquences politiques. En Afrique, la trentaine de pays producteurs de pétrole fournissait en 2017 environ 7 millions de barils par jour (b/j), soit 7,2% des 97,4 millions de b/j extraits dans le monde. Les sept plus grands fournisseurs (tous membres de l’Opep, à l’exception de l’Égypte) comptaient pour 89 % de l’offre, ou 6,3 millions de b/j. Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), la demande africaine en pétrole aura été de 4,3 millions de b/j en 2018, soit 4,3 % des 100 millions produits globalement, laissant ainsi un excédent exportable de plus de 2,8 millions de b/j. Mais le continent reste dépendant des importations de produits distillés à cause de la faiblesse de l’outil de raffinage.

petrole senegalaisMaintenant que la reprise semble se profiler, les pétroliers reprennent le chemin des pays qui aspirent à rejoindre le club des producteurs, en explorant notamment en offshore. Parmi les gisements récemment découverts, Tortue, au large de la Mauritanie et du Sénégal, devrait produire du gaz naturel liquéfié (GNL) d’ici à 2021. Le britannique BP y détient une participation de 61% aux côtés du fournisseur de services américain Kosmos Energy (29%), le reste étant entre les mains des gouvernements des deux pays, avec une participation de 5% chacun à travers Petrosen et SMHPM. Les quatre partenaires sont aussi associés dans deux gisements voisins : Teranga et Yakaar.

En Angola, en juillet 2018, la production a perdu 200 000 b/j sur douze mois, à 1,45 million de b/j, soit une baisse de 12 % principalement due au déclin naturel de plusieurs gisements en fin de cycle dans le deuxième plus grand pays pétrolier d’Afrique après le Nigeria. Cependant, le lancement en juillet 2018 de l’exploitation du nouveau champ offshore Kaombo, dans lequel Total a injecté près de 16 milliards de dollars d’investissements, a permis d’ajouter une capacité de 115 000 b/j en décembre dernier. Les majors continuent de jouer un rôle prépondérant dans l’industrie pétrolière africaine. ExxonMobil est en train d’étendre son exploration en Mauritanie, en Guinée Equatoriale et en Afrique du Sud. Au Mozambique, le géant américain compte extraire du gisement Coral, dès 2022, l’équivalent de 3,4 millions de tonnes par an (Mta) de GNL, avant de passer à 13 Mta en 2024.

Du côté du Niger, le 23 avril 2018, la société indépendante britannique Savannah Petroleum annonce la découverte du puits Bushiya-1 située en onshore dans le bassin d’Agadem, notamment sur la zone R3 du contrat de partage de production R3 / R4. Le gisement d’huile a été découvert dans deux intervalles différents de 3m et de 7m, selon des informations fournies par Savannah. Il est prévu des tests de production pour confirmer la qualité de la découverte, mais Savannah est confiant et espère que cette découverte constituera la première étape vers l’objectif du Niger de porter sa production dans les prochaines années.

Au Gabon, après plusieurs années de recul de la production et d’arrivée à maturité de plusieurs champs producteurs, la découverte du puits DTM-2 en avril 2018 est apparue comme le début d’une nouvelle ère pour le secteur. C’est la première découverte de BW Offshore sur le champ offshore Tortue. BW annonce avoir rencontré “une longue section saturée d’huile”. La société s’est dite très satisfaite du gisement en place sans mentionner les chiffres liés aux premières conclusions des diagraphies filaires. Peu de temps après, le puits d’évaluation DTM-3 situé sur la même licence a rencontré le même succès.

Au Maroc, le puits ONZ-7 est la première découverte de l’année 2018. Elle s’inscrit dans le cadre d’un programme de forages de neuf puits sur les permis Sebou, Gharb Center et Lalla Mimouna. Il est logé sur le permis Sebou et a permis d’atteindre une colonne de 5 mètres de gaz dans la formation de Hoot. La qualité du réservoir a dépassé les attentes initiales de SDX avec une porosité de 35,3%.

L’autre signe qui confirme l’inflexion dans l’industrie pétrolière en Afrique est la reprise des opérations de fusions-acquisitions. Total a par exemple déboursé 450 millions de dollars pour le rachat de 16,3% du capital de Marathon Oil Libya, lui procurant l’accès à des réserves dépassant les 500 millions de bep (baril équivalent pétrole).

Sur le segment du gaz, les nouveaux entrants en Afrique font des progrès remarquables dans le développement de leur propre industrie de FLNG. BP (British Petroleum) a annoncé récemment sa FID pour la phase 1 du développement transfrontalier d’un projet entre le Sénégal et la Mauritanie, qui impliquera l’installation d’un système FLNG de 2,5 millions de tonnes par an. Il s’agit du troisième projet africain de FLNG à atteindre une FID après d’autres projets au Cameroun et au Mozambique.

Energies renouvelables, une carte à jouer pour l’Afrique

Aujourd’hui, l’Afrique où 600 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité, peut relever le défi énergétique, grâce à ses atouts, et particulièrement son immense potentiel en énergies nouvelles et renouvelables souvent inexploitées. Le continent gaspille des ressources limitées pour produire de l’énergie alors qu’il a un potentiel considérable en matière d’énergies propres. Il détient à titre d’exemple 8% des réserves mondiales du gaz naturel, sans parler de son potentiel en solaire ou en éolien. Avec les capacités de géothermie et de biomasse, l’Afrique dispose d’un bouquet énergétique très complet. En choisissant les énergies renouvelables de manière massive, le continent s’ouvrirait des opportunités et ferait ainsi d’une pierre deux coups : il participerait à la réduction mondiale des émissions de gaz à effet de serre et favoriserait des énergies locales. A condition d’adopter des politiques cohérentes et à même de surmonter les obstacles.  Parmi ces derniers, les législations pour asseoir un cadre propice au développement accéléré des énergies renouvelables, le transfert des technologies avec des partenariats énergétiques régionaux et les ressources financières. Un des exemples de cette coopération est le gazoduc Maroc/Nigeria. Il s’agit d’un projet intégré et structurant qui permettra d’accélérer les projets d’électrification dans toute la région, la création d’un marché régional compétitif de l’électricité et le développement de pôles industriels régionaux intégrés.

Exploration : la confirmation pour l’Afrique

Les appels d’offres en cours sur les principaux marchés des hydrocarbures africains existants et nouveaux indiqueront si l’Afrique confirmera davantage sa position de nouveau point chaud de l’exploration mondiale et parviendra à attirer les investissements nécessaires dans ses zones pétrolières et gazières. Parmi les producteurs africains bien établis, le Gabon et le Congo-Brazzaville, membres de l’Opep, ont chacun des appels d’offres en cours. La douzième série de licences du Gabon en eaux peu profondes et profondes devrait s’achever en avril 2019 et la phase II des licences du Congo-Brazzaville en juin 2019. Les deux pays ayant du mal à mettre en œuvre leurs nouveaux codes des hydrocarbures, le succès de ces appels d’offres dira si les investisseurs sont convaincus par les réformes développées au cours des deux dernières années.

PétroleLe Nigeria et l’Angola, deux producteurs africains les plus importants et aussi membres de l’Opep, vont lancer des appels d’offres innovants cette année. Le Nigeria mettra aux enchères ses sites de torches à gaz dans le cadre du Programme nigérian de commercialisation des torchères, probablement après les élections générales de février, et l’Angola tiendra son appel d’offres pour les champs marginaux, résultat d’une nouvelle politique adoptée en mai 2018 par le président Lourenço, et qui sera lancé lors de la conférence d’Africa Oil & Power à Luanda en juin 2019. C’est dire que ces deux appels d’offres seront également essentiels pour évaluer l’intérêt des investisseurs pour ces deux marchés en évolution. “Le Ghana, le dernier entrant sur la scène pétrolière africaine, tient son premier appel d’offres officiel, qui doit s’achever en mai 2019 et qui aurait attiré l’attention de 16 sociétés pétrolières, dont les majors Exxon Mobil, BP, Total et ENI. En tant que nouvelle frontière offshore prometteuse pour l’Afrique de l’Est, Madagascar propose également 44 concessions jusqu’en mai 2019, qui n’ont jamais fait l’objet d’un appel d’offres ou été explorées auparavant. Pour un pays qui n’a pas encore découvert de pétrole majeur, cet appel d’offres est un réel pari”, relève l’étude, qui met également le doigt sur les difficultés de l’industrie du gaz naturel liquéfié flottant (FLNG).

 

Mouhammadou Diop

Le gaz africain monte en régime

Avec 8% des réserves mondiales (95 milliards de barils équivalent pétrole), l’Afrique veut jouer pleinement son rôle dans la recomposition en cours du marché international du gaz.

GAZODUCLe continent ne veut pas être laissé en rade avec la recomposition en cours du marché international du gaz. Selon l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), “la consommation de gaz devrait doubler d’ici à 2032 pour atteindre près de 5 900 milliards de m3. Il sera alors la deuxième énergie au monde derrière le charbon”. Cela vaut en particulier pour le gaz naturel liquéfié (GNL), marché que convoitent désormais les grands groupes internationaux, à commencer par le géant russe Gazprom. Alors que la demande ne va cesser de croître, le GNL présente de nombreux avantages. Rendu liquide par refroidissement à -160°C, il peut se transporter facilement par bateau. Il échappe ainsi à la contrainte géopolitique des gazoducs transfrontaliers utilisés pour le gaz naturel. Autre raison de cet attrait, l’instabilité chronique du Moyen-Orient amène, comme dans le cas du pétrole, les opérateurs à opter pour d’autres sources d’approvisionnement. L’utilisation du gaz naturel s’est fortement développée ces dernières années au Japon (40% des importations mondiales), dans l’Union européenne (UE) et aux États-Unis, ce qui pousse de nombreux pays à construire des usines de liquéfaction et de regazéification. Richement dotée, l’Afrique connaîtra au cours des dix prochaines années une expansion rapide du commerce de cette ressource à l’avenir prometteur. La hausse attendue de sa production doit se situer entre 3 et 5 millions de barils par jour (b/j), contre 800 000 actuellement. Deux pays seront particulièrement sollicités : l’Algérie et, surtout, le Nigeria, suivi, dans une moindre mesure, par l’Angola, le Gabon et la Guinée Equatoriale. Parallèlement, les nouveaux entrants dans l’industrie des hydrocarbures en Afrique font des progrès remarquables dans le développement de leur propre industrie de FLNG. Le 21 décembre dernier, BP a finalement annoncé sa FID pour la phase 1 du développement transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim entre le Sénégal et la Mauritanie, qui impliquera l’installation d’un système FLNG de 2,5 millions de tonnes par an (MTPA). Il s’agit du troisième projet africain de FLNG à atteindre une FID après le Hilli Episeyo du Cameroun et le FLNG Coral South de 3,4 MTPA du Mozambique. Il faut dire que le récent accord de coopération inter-gouvernementale entre le Sénégal et la Mauritanie, ainsi que la FID de BP concernant son développement transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim, sont de bon augure pour l’avenir de l’industrie des hydrocarbures en Afrique de l’Ouest. Le projet vise à extraire les 15 milliards de pieds cubes de gaz qui devraient être contenus dans le champ de gaz Tortue, situé à une profondeur de 2,85 mètres. Cependant, la capacité du Sénégal et de la Mauritanie à résoudre leurs différends pour assurer un développement plus durable de leurs réserves et de leurs installations en mer situées autour du bassin de MSGBC est un facteur à surveiller. Les méga projets de gaz africains ne sont pas la propriété exclusive de la côte ouest du continent. Le Mozambique a lancé deux projets phares qui ont placé la nation de l’Afrique australe sur la carte du GNL. Le Nigeria, le plus gros producteur de pétrole d’Afrique, a également lancé d’importants projets de développement pétrolier en 2019. L’année dernière, déjà, le FPSO Egina de Total, d’une valeur de 3,3 milliards de dollars, a été lancé au Nigeria, où la production a officiellement démarré aux premiers jours de 2019, et devrait culminer à 200 000 barils par jour (b/j). La FID est maintenant attendue sur le champ offshore de Shell à Bonga Southwest au début de cette année, un développement de plusieurs milliards de dollars dont la production devrait atteindre 180 000 b/j.

 

Raffineries : Un gros casse-tête pour les pays africains

Alors que l’Afrique regorge de pétrole (plus de 9 millions de barils extraits chaque jour, soit 10% de la production mondiale), elle en raffine trop peu : moins de la moitié. Historiquement, pour les majors du pétrole, le raffinage a toujours été le maillon le moins rentable de la chaîne pétrolière.

Comble du paradoxe, le Nigeria : premier producteur africain, le pays importe pratiquement les trois quarts de son pétrole. Cette situation globale affaiblit considérablement l’or noir africain sur son propre terrain.

Au Maroc, l’unique raffineur du pays, la Samir, coulé par ses dettes, ne verra pas de sitôt sortir du pétrole de sa raffinerie de Mohammedia. Croulant sous 43 milliards de dirhams de dettes (environ 4 milliards d’euros), la structure, qui appartient au milliardaire saoudien Mohamed Al Amoudi, est en liquidation judiciaire définitive. Pourtant, ses capacités de raffinage s’établissent à 200 000 barils par jour.

Nées dans les années 1960 dans le sillage des indépendances, la Société africaine de raffinage (SAR) ou la Société ivoirienne de raffinage(SIR), maintenant vieillissantes, étaient adaptées à de petits marchés et à de faibles besoins. Si la plus grande raffinerie du continent, à Skikda, en Algérie, traite 323 000 b/j, ce ne sont qu’entre 20 000 et 50 000 b/j qui sont produits en moyenne dans chaque raffinerie subsaharienne. Soit 35 fois moins que la plus grosse raffinerie du monde, celle de Jamnagar, en Inde, qui traite jusqu’à 1,2 million de b/j (pour un marché certes plus important), tandis que la raffinerie géante de Jubail, en Arabie saoudite, peut voir passer 400 000 b/j.

Alors que l’Afrique regorge de pétrole (plus de 9 millions de barils extraits chaque jour, soit 10 % de la production mondiale), elle en raffine trop peu : moins de la moitié. Il faut dire que ses capacités installées, qui s’établissent à 4 millions de barils par jour (b/j), ne sont utilisées qu’à 60% ; un taux, parmi les plus bas du monde, dû à un manque de maintenance et d’investissements, à l’origine de nombreuses pannes et d’arrêts imprévus.

La raffinerie de Dangote en construction à Lekki près de Lagos

La raffinerie de Dangote en construction à Lekki près de Lagos

Des investissements constants seraient nécessaires pour s’adapter aux évolutions du marché. Ils se chiffrent à plusieurs milliards d’euros, que les raffineurs africains seraient bien incapables de mobiliser. Car les raffineries souffrent déjà de graves problèmes de trésorerie, liés moins à leur gestion qu’à des raisons dépendantes des pouvoirs publics.

Historiquement, pour les majors du pétrole, le raffinage a toujours été le maillon le moins rentable de la chaîne pétrolière. Les raffineries doivent ainsi bien souvent leur salut à l’État, actionnaire majoritaire qui compense les dépenses, plus qu’au marché. N’ayant pu surmonter la concurrence et s’adapter, certaines ont néanmoins dû fermer, notamment au Soudan, au Mozambique, au Zimbabwe, en Tanzanie, au Kenya ou, dernier exemple en date, au Maroc avec la Samir, à Mohammedia. Ce contexte n’incite pas les majors pétrolières à construire de grandes unités sur le continent. Le coût de construction, estimé entre 4 milliards et 15 milliards de dollars (de 3,5 milliards à 13,5 milliards d’euros), est un frein définitif, alors que toutes font des économies pour absorber la chute du baril depuis deux ans.

Dangote prend les choses en main

Néanmoins, c’est peut-être du continent que viendra la solution. À Lekki, près de Lagos, l’homme le plus riche d’Afrique, le milliardaire Aliko Dangote a lancé le chantier d’une mégaraffinerie évaluée à 12 milliards de dollars US et qui devrait ouvrir en 2020. Elle devrait transformer 650 000 b/j et résoudrait le problème de la rentabilité en intégrant à son processus des activités de pétrochimie et en s’adressant prioritairement au marché local. Ce cas fait cependant figure d’exception, car, sur la centaine de projets de construction annoncés depuis dix ans au sud du Sahara, très rares sont ceux qui ont abouti. La raffinerie devrait permettre au pays d’économiser 7,5 milliards de dollars US de réserves de change dès 2020, selon le milliardaire. Plus grand producteur de pétrole brut d’Afrique, le Nigeria importe chaque année 90% de sa consommation d’essence et de diesel. Un paradoxe qui coûte cher aux finances publiques, plus d’un tiers des réserves de change du pays. La solution ? Raffiner. Il existe bien quatre raffineries publiques, mais elles sont quasiment à l’arrêt en raison de la mauvaise gestion et d’un sous-investissement chronique. 

Mohamed Ould Salem

 

Energies renouvelables : une réelle opportunité et un défi pour l’Afrique

600 millions d’Africains sur les 800 millions que compte le continent n’ont pas accès à l’électricité. Et si rien n’est fait, ils seront dans 10 ans 700 millions pour un milliard d’habitants. Aujourd’hui, pour relever ce défi et le traduire en opportunité, les pouvoirs publics africains, ne jurent que par les énergies renouvelables.

Energies renouvelables au Maroc

Energies renouvelables au Maroc

“L’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne produit moins d’énergie qu’un seul pays d’Europe. Cela n’est pas acceptable. Le continent dispose de talents et de ressources naturelles qu’il devrait mettre à profit pour satisfaire ses besoins. Il nous faut éradiquer la pauvreté. Il nous appartient de planifier notre développement”. Cette boutade du président ivoirien Alassane Ouattara, lors l’assemblée annuelle de la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan, en dit long sur la frustration des Africains de constater que 600 millions d’entre eux sur les 800 millions que compte le continent n’ont pas accès à l’électricité et que si rien n’est fait, ils seront dans 10 ans 700 millions pour 1milliard d’habitants. Il faut dire qu’aujourd’hui les 54 pays africains font face à un énorme défi énergétique. En effet, dans certains d’entre eux, entre 50% et 75% de la population vit sans électricité. En 2018, au Mali, en Angola ou en Namibie, les trois-quarts des habitants sont privés de courant. En Ethiopie, cela représente 70 millions de personnes qui vivent dans le noir, 60 millions en République démocratique du Congo (RDC). L’ensemble de l’Afrique subsaharienne qui compte un milliard de personnes (soit13% de la population mondiale) consomme moins d’électricité en une année qu’un petit Etat des Etats-Unis. 80% des ménages utilisent ainsi les biomasses solides, dont le bois, pour cuisiner. Or, 500.000 décès par an en Afrique – majoritairement des femmes et des enfants – sont imputés à la pollution engendrée par la combustion de ces biomasses ! Pourtant, le continent ne manque pas d’atouts pour assurer son développement énergétique.

Quadrupler la part des énergies renouvelables d’ici 2030

Selon un récent rapport de l’Agence internationale des énergies renouvelables (Irena), les énergies renouvelables, de moins en moins chères, pourraient couvrir près du quart des besoins énergétiques du continent africain d’ici 2030, soit presque quatre fois plus qu’actuellement. Alors qu’en 2018, les énergies vertes (éolien, solaire, hydroélectricité, biomasse, etc.) couvraient 6% des besoins énergétiques du continent, elles pourraient atteindre 22% d’ici 2030, assure l’Irena dans son rapport qui s’intitule “Africa 2030”, qui se veut une “feuille de route” pour la transition énergétique en Afrique. “L’Afrique détient quelques-unes des meilleures ressources en énergie renouvelable au monde”, a commenté Adnan Z. Amin, le Directeur général de l’Irena, cité dans le rapport. Le solaire peut être développé sur tout le continent, alors que la biomasse et l’hydraulique représentent un potentiel plus important dans les régions centrales et méridionales, détaille l’Irena. L’éolien est lui surtout intéressant dans le nord, l’est et le sud, tandis que la vallée du grand rift a un important potentiel géothermique.

Avec la baisse des coûts des technologies, les énergies renouvelables “apparaissent comme l’option la plus économique dans un nombre croissant de situations”, note l’Irena. Toutefois, le développement des capacités et des infrastructures de distribution de courant, nécessiteront des investissements de 70 milliards de dollars US en moyenne par an d’ici 2030. L’Irena met également l’accent sur le potentiel en matière de biomasse non traditionnelle (fours sans évacuation extérieure, etc.). Le passage à des solutions de biomasse “moderne” (utilisation des déchets, cuisinières améliorées, etc.) pour la cuisson “réduirait l’utilisation de fourneaux traditionnels inefficaces de plus de 60 %”, estime l’agence. Cela représenterait aussi une source d’économies d’au moins 20 milliards de dollars US par an, notamment en frais de santé du fait de l’amélioration de la qualité de l’air dans les logements. L’Irena appelle les gouvernements à “créer des conditions propices à l’accélération du déploiement des énergies renouvelables”, via un cadre réglementaire plus favorable et la promotion des investissements. Selon la Banque mondiale, l’Afrique aurait besoin d’un apport annuel de 7 GW de production électrique pour faire face à la demande croissante d’électricité, alors que seulement 1 GW est effectivement ajouté chaque année. Ainsi, les technologies en matière d’énergies renouvelables peuvent – et doivent – jouer un rôle clé afin de combler le déficit énergétique en Afrique.

La prise de conscience des pouvoirs publics

Heureusement que ces dernières années, on note une certaine prise de conscience des pouvoirs publics africains sur la question. C’est ainsi que la Gambie, le Ghana, le Maroc, le Mozambique, le Niger, le Sénégal, le Swaziland et la Zambie ont initié des évaluations de l’état de préparation de leur pays pour le déploiement des énergies renouvelables afin, notamment, de comprendre le rôle de tous les acteurs du secteur qui les aideront à effectuer la transition vers les énergies renouvelables. Ces évaluations permettent, en particulier, de cerner le potentiel en matière énergétique, les infrastructures nécessaires et la faisabilité technologique. Les gouvernements ouvrent de plus en plus le marché de l’énergie à des producteurs indépendants d’électricité en les attirant grâce aux dispositifs tels que des avantages fiscaux et des accords d’achat d’électricité standardisés.

Garanties

De leur côté, les bailleurs de fonds tels que la Banque africaine de développement (BAD) ou la Banque européenne d’investissement (BEI) ouvrent régulièrement des lignes de crédit aux États africains pour financer des infrastructures énergétiques (ce fut le cas pour le projet d’installation solaire de 160 MW à Ouarzazate, au Maroc, qui est opérationnel depuis 2016.

Mohamed Ould Salem

 

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