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G5 Sahel : Un sommet-bilan à Nouakchott

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Le sommet du G5 Sahel, tenu le 30/06/2020 à Nouakchott, a été consacré essentiellement au suivi de la feuille de route du sommet de Pau (France) organisé il y a six mois. Co-présidé par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et son homologue français Emmanuel Macron, la rencontre de Nouakchott s’est achevée sur une note d’optimisme due sans doute à l’implication de nouveaux acteurs.

 

Car outre le président français et les cinq chefs d’Etats des pays du G5 Sahel, on notait également la présence du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, invité surprise de ce sommet, du président de la Commission africaine, Moussa Faki, et de la Secrétaire générale de la Francophonie, la Rwandaise Louise Mushikiwabo. La chancelière allemande, le président du Conseil italien, le président du Conseil européen et le secrétaire général de l’ONU ont également participé par visioconférence à ce sommet ordinaire qui s’est tenu dans des conditions qui, elles, ne le sont pas pour cause de pandémie du Covid-19.

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Pour la Mauritanie, la première satisfaction est d’avoir pu organiser cette rencontre “physique” qui enregistre la première sortie hors UE du président Macron, après le déconfinement du 15 juin, en France, et de l’engagement de l’Union africaine à œuvrer pour le déploiement de 3000 soldats, quand les Nations-Unies rechignent toujours à inscrire les opérations du G5 Sahel sous le chapitre 7 qui concerne des actions à mener “en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression”. Moussa Faki, le président de la Commission de l’UA a affirmé, dans ce sens, que les “discussions sont en cours pour le financement de cette force, son commandement et la coordination avec les autres troupes présentes sur le terrain (Barkhane, Munisma)”. 

La France aussi affiche un satisfecit dû sans doute au fait qu’elle a pu entraîner dans son sillage d’autres pays du sud de l’Europe (Espagne, Italie) et d’entendre le président de la Commission de l’UE, Charles Michel, exprimer son soutien au moratoire demandé par Macron sur la dette des pays africains, notamment ceux du G5 Sahel.

Pour Emmanuel Macron, la feuille de route tracée à Pau se déroule comme prévu mais l’effort doit se poursuivre, avec comme objectif de faire adhérer l’UE et le G20 au plan d’aide pour la Coalition Sahel et à l’Initiative pour l’Afrique pour la lutte contre la pandémie du Covid-19 “qui nous a fait prendre conscience de notre vulnérabilité”, dira Macron. “La coalition annoncée il y a six mois à Pau est en place, la lutte contre le terrorisme est en train de porter ses fruits avec le renversement du rapport de force mais nous ne devons pas baisser la garde”, avait-il ajouté, se félicitant de l’engagement de l’Espagne, de l’envoi de 600 soldats ivoiriens comme soutien au Mali et de l’arrivée prochaine de nouveaux équipements militaires fournis par les Etats Unis.

Evoquant les tensions inter-ethniques, notamment au centre du Mali, Macron appelle à “lever les amalgames”, parce que “nous n’avons qu’un ennemi, le terrorisme. Le retour des services publics, de l’administration qui va permettre la stabilisation doit être l’une des préoccupations du G5 Sahel qui, pour le bon traitement de la situation politique actuelle au Mali soutient les efforts de la CEDEAO pour une sortie de crise négociée”, a conclu le président français qui semble satisfait d’un bilan de six mois dans un contexte particulier.

Préparer l’après Covid

Le Communiqué en dix-sept points sanctionnant les travaux du sommet de Nouakchott fait le bilan de la période écoulée entre la tenue de celui-ci et la rencontre de Pau mais fixe aussi les contours de l’action à mener dans un cadre élargi. La question de la dette revient avec insistance, même si les pays du G5 Sahel, qui en réclament l’annulation pure et simple, ne sont pas suivis dans ce raisonnement par la France, mettant en avant l’accord de principe sur un moratoire et l’Allemagne dont la chancelière intervenant par visioconférence soutient du bout des lèves la démarche menée par Paris.

L’Allemagne qui prend la tête de l’UE début juillet s’engage à continuer à appuyer une aide plus accrue pour les pays du G5 Sahel auxquels elle octroie déjà, dans le cadre du partenariat, 120 millions d’euros et 60 millions sous forme d’équipements militaires destinés aux armés de ces pays. Angela Merkel qui rappelle la crise économique dans laquelle la pandémie a plongé les pays européens loue le “bon voisinage entre l’Europe et l’Afrique” mais demande aux membres du G5 Sahel d’essayer “d’ Engager les pays arabes.”

C’est la vision d’une Coalition pour le Sahel avec une plus grande conjonction des efforts, sur le terrain, des armées nationales et de Barkhanes mais aussi de la mobilisation des investissements qui doivent être “plus visibles” pour des populations qui aimeraient mieux sentir l’aspect “développement”. 

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, intervenant par visioconférence depuis Rome, a abondé dans le même sens que la chancelière allemande. La participation de son pays à la task force, en construction au Sahel, et son engagement au Niger ne l’empêchent pas de dire que l’action militaire ne constitue pas, à elle seule, une solution et qu’il faut “un engagement plus fort pour renforcer les institutions civiles”. Giuseppe Conte a cependant assuré les pays du G5 Sahel que l’Italie qui va hériter de la présidence du G20 exercera son leadership sur le plan multilatéral pour appuyer les efforts en faveur de la Coalition.

Par la voix de son chef de gouvernement, Pedro Sanchez, présent à Nouakchott, l’Espagne a appelé à “l’élargissement de l’organisation aux pays voisins comme le Sénégal”. L’Espagne assure une mission de formation auprès de l’armée malienne et apporte une contribution financière à l’effort de guerre dont le montant n’a pas été précisé par Pedro Sanchez.  

le président mauritanien recevant ses homologues du Sahel et le président Macon 2

Intervenant depuis Bruxelles, le président du Conseil européen, Charles Michel, a salué lui aussi l’arrivée de nouveaux pays et rappelé que la menace terroriste pèse toujours sur les pays du G5 Sahel puisque, depuis la tenue du sommet de Pau, 4500 personnes ont perdu la vie dans des actions de violence. Face à une telle menace, il faut songer maintenant à européaniser puis internationaliser la Coalition pour le Sahel. Rappelant le lancement de la force européenne Takuba, avec la participation directe de six pays (la France, à l’initiative du projet, la Belgique, le Danemark, l’Estonie, les Pays-Bas et le Portugal), le 27 mars dernier, Charles Michel a révélé que 95% des effectifs requis sont déjà mobilisés. Il a aussi évoqué les 200 millions d’euros de financements additionnels qui restent cependant loin du seuil des 420 millions d’euros réclamés par les pays du G5 Sahel. Le représentant de l’UE au sommet de Nouakchott devait dire que la dette “est une question qui (lui) tient à cœur”, que la demande de son annulation “est légitime, surtout en cette période de crise de Covid-19. Le débat politique est déjà engagé au niveau de l’Europe, il faut maintenant traiter le problème avec les autres pays, comme le Japon et la Chine”, a-t-il suggéré. Mais il a aussi tenu à rappeler aux pays du G5 Sahel, et à travers eux à tous ceux d’Afrique, que “l’Etat de droit n’est pas une note de bas de page” et qu’il “ne faut pas que nous ressemblons à ceux que nous combattons.”

C’est à peu près le même discours qu’a tenu le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, qui demande aux pays engagés dans la lutte contre le terrorisme de “gagner la bataille de l’exemplarité en mettant fin au déficit de bonne gouvernance et en luttant contre la pauvreté.” Sans appeler à l’annulation de la dette ou soutenir le moratoire revendiqué par la France et l’Allemagne, le patron de l’Onu suggère plutôt un allègement pour les pays du G5 Sahel.

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