Une mission du FMI est attendue à Dakar la semaine prochaine pour discuter des besoins de financement et des priorités de réforme dans le cadre de la demande du gouvernement pour un nouveau programme d’assistance du Fonds.
Ce rendez-vous intervient dans un contexte politique particulier. La rupture de l’ex-Premier ministre avec le chef de l’État et ses conséquences politiques se sont traduites par une grosse décote des obligations du Sénégal sur le marché secondaire.

Le Président Diomaye Faye avait repris personnellement la gestion des négociations avec le FMI en déclarant fin mai qu’il pilotait ces discussions afin de résoudre la crise de la dette. Peu après, il a limogé son irrévérencieux Premier ministre Ousmane Sonko, qui s’était opposé à la restructuration de la dette, la qualifiant de « honteuse ». L’élection de Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale quelques jours après a compliqué les choses, étant donné que l’Assemblée nationale est dominée par son parti, Pastef, qui lui est entièrement dévoué et qui détient 130 des 165 sièges. La non-participation de ce parti au nouveau gouvernement fait toujours planer une paralysie politique dans le pays.
De l’origine de la crise de la dette
En septembre 2024, le nouveau gouvernement avait déclaré avoir découvert des « dettes cachées » (sans définir ce que cela voulait dire) héritées de l’administration précédente, même si leur ampleur exacte restait floue. De son côté, le FMI estime cette dette supplémentaire à plus de 11 milliards de dollars sur la base des chiffres de fin 2023. Certains analystes l’évaluent plutôt à 13 milliards de dollars, soit plus d’un quart de la dette totale.
Suite à ces révélations, le FMI a gelé le programme de soutien financier de 1,8 milliard de dollars du Sénégal, provoquant une vente massive d’obligations et une dégradation de sa notation souveraine. Pour obtenir un programme du FMI, Dakar doit s’attaquer aux conséquences de la « dette cachée », convenir d’un plan crédible pour stabiliser les finances publiques et déterminer comment gérer son fardeau de la dette, y compris une éventuelle restructuration.
L’assainissement des finances publiques nécessitera des choix cornéliens : augmenter les recettes, réduire les dépenses, voire restructurer la dette si le fardeau s’avère trop lourd.
La cartographie des créanciers
L’encours de la dette du Trésor, c’est-à-dire qui n’intègre pas les emprunts des entreprises publiques, s’élevait à 42,15 milliards de dollars à fin 2024, soit 119 % du Produit Intérieur Brut, selon les données officielles. Près d’un tiers de la dette est constitué d’obligations et de prêts émis au niveau régional. Concernant les créanciers, sur les 28 milliards de dollars de dette extérieure, environ la moitié est due à des bailleurs multilatéraux et gouvernementaux, bénéficiant de conditions concessionnelles. Les créanciers commerciaux (privés) détiennent l’autre moitié.
Fin 2018, Dakar affichait un encours de plus de 7 milliards de dollars d’obligations internationales, soit près de 20 % de la dette totale. Environ 10 % de ce montant était constitué de crédits à l’exportation.
Un coup de pouce de l’UEMOA ?
Le Sénégal fait partie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), partageant une banque centrale, une monnaie et un marché financier avec des pays comme la Côte d’Ivoire et le Bénin. Cela apporte un soutien : le franc CFA est indexé sur l’euro, la France garantissant sa convertibilité, ce qui contribue à ancrer la stabilité, une faible inflation et des coûts de service de la dette bas.
Les réserves communes de la banque centrale régionale soutiennent également les paiements extérieurs. Cependant, l’important endettement du Sénégal sur le marché régional (UMOA-Titres) a fragilisé les banques de l’ensemble du bloc, accroissant le risque de tensions financières plus généralisées. Toute restructuration, notamment si elle concerne la dette régionale, pourrait avoir des répercussions importantes sur le système financier.





Sénégal





