Le duel entre Jeff Bezos et Elon Musk prend une nouvelle dimension en Afrique. En choisissant le Kenya pour implanter sa première passerelle satellite sur le continent, Amazon affiche clairement ses ambitions face à Starlink, déjà bien installé sur le marché africain du haut débit. Une concurrence qui pourrait accélérer l’accès à Internet pour des millions de personnes encore exclues du numérique.
Amazon franchit une étape décisive dans sa stratégie africaine.
Le Kenya, nouvelle tête de pont d’Amazon en Afrique
Le géant américain du commerce et du cloud a sollicité les autorisations nécessaires pour construire sa première passerelle satellite au Kenya, une infrastructure clé destinée à connecter son futur réseau satellitaire en orbite basse aux réseaux internet terrestres.
Cette installation permettra d’améliorer les performances du service en réduisant le temps de latence et en augmentant les vitesses de connexion. Le choix du Kenya n’est pas anodin : le pays s’est imposé comme l’un des principaux hubs technologiques du continent, attirant les investissements des grandes entreprises numériques mondiales.
Starlink conserve une longueur d’avance
Face à Amazon, Starlink bénéficie d’un avantage considérable. Le service de SpaceX, lancé en Afrique en janvier 2023 avec une première implantation au Nigeria, est désormais opérationnel dans près de 25 pays africains.
La filiale d’Elon Musk revendique déjà environ 66 000 abonnés au Nigeria et près de 20 000 au Kenya. Avec une constellation de plus de 10 500 satellites en orbite, Starlink dispose aujourd’hui d’une couverture largement déployée sur le continent.
Amazon, de son côté, accélère le déploiement de sa constellation Amazon Leo, anciennement connue sous le nom de Project Kuiper. Le groupe a obtenu en janvier 2026 une licence de sept ans au Nigeria pour exploiter ses 3 236 satellites et prévoit un lancement commercial progressif à partir de cette année.
Un marché immense encore largement inexploité
L’Afrique représente l’un des derniers grands marchés de croissance pour l’Internet satellitaire. Malgré les progrès réalisés ces dernières années, seuls 35 à 38 % des Africains disposent d’un accès régulier à Internet. Plus de 400 millions de personnes restent encore privées de connexion fiable.
Dans de nombreuses régions rurales ou enclavées, le déploiement des infrastructures terrestres – fibre optique ou réseaux mobiles – demeure coûteux et complexe. Les constellations satellitaires apparaissent ainsi comme une solution capable de combler rapidement cette fracture numérique.
Pour renforcer son positionnement, Amazon a déjà conclu un partenariat avec Vodacom afin de fournir des capacités de backhaul satellitaire destinées à étendre les réseaux 4G et 5G dans les zones insuffisamment couvertes.
Des obstacles économiques et réglementaires persistants
Malgré leur potentiel, les services satellitaires restent confrontés à plusieurs défis majeurs.
Le premier concerne l’accessibilité financière. Même après plusieurs ajustements tarifaires, les abonnements demeurent coûteux pour une grande partie des ménages africains. Le forfait Starlink, facturé initialement à 50 dollars par mois puis réduit à 30 dollars sur certains marchés, reste hors de portée pour de nombreux utilisateurs.
Les contraintes réglementaires constituent également un frein important. Les conditions d’exploitation diffèrent fortement d’un pays à l’autre et peuvent ralentir l’expansion des opérateurs. En Afrique du Sud, par exemple, Starlink n’a toujours pas obtenu l’autorisation d’opérer en raison d’exigences liées à la participation d’actionnaires issus de communautés historiquement défavorisées.
Enfin, les acteurs satellitaires doivent composer avec la concurrence croissante des opérateurs télécoms traditionnels. Des groupes comme MTN, Airtel ou Vodacom développent eux aussi des partenariats satellitaires afin d’étendre leur couverture dans les zones les plus reculées.
Une guerre des prix… et des écosystèmes
L’arrivée d’Amazon pourrait redistribuer les cartes sur le marché africain de l’Internet par satellite. Les analystes anticipent une intensification de la concurrence, susceptible de faire baisser les prix et d’améliorer l’offre de services pour les consommateurs.
Mais la bataille ne se jouera pas uniquement sur les tarifs. Les deux géants disposent d’atouts distinctifs. Starlink mise sur son avance technologique et son déploiement rapide, tandis qu’Amazon pourrait s’appuyer sur la puissance de son écosystème numérique, notamment les services cloud d’AWS, pour séduire les entreprises, les administrations et les gouvernements africains.
À mesure que la rivalité entre Jeff Bezos et Elon Musk s’étend au continent africain, une certitude se dessine : les grands gagnants pourraient être les millions d’Africains encore privés d’un accès fiable à Internet.





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