L’escalade que constitue la demande par Kiev d’avions d’attaque et de chars lourds aux États-Unis et à l’UE constitue un grave tournant dans le conflit russo-ukrainien. Conflit est peut-être devenu un mot trop léger pour qualifier une guerre où, à part le non usage – pour le moment -des armes de destruction massive et de l’arme nucléaire, tout semble être permis. Pour ceux qui soutiennent un camp ou l’autre, ou qui, comme l’affirmait Sartre, préfèrent le silence qui est, sommes toutes, «complicité et participation au crime.»
Car la guerre en cours sur le territoire ukrainien, depuis plus d’un an, malgré sa limitation dans l’espace, a des enjeux géostratégiques mondiaux énormes. Il s’agit d’abord de la consolidation des acquis de la guerre froide, en termes d’alliances, qui ont continué, même après la chute du Mur de Berlin et la dislocation de l’URSS. La doxa politique de Poutine nage à contre-courant d’une histoire que l’Occident veut réécrire à tout prix. La guerre en Ukraine fonde la réévaluation d’un rapport de forces qui ne tient pas uniquement à la «neutralisation» par l’arme nucléaire dissuasive de tout affrontement direct entre Russes et Américains, même en terrain tiers, mais à la prééminence, Ad vitam æternam, d’un système politique sur un autre.
La guerre en Ukraine revêt donc une dimension internationale inédite, transformant la planète en un vaste échiquier. Une partie qui engage l’Europe et l’Amérique à soutenir Kiev, de manière non conventionnelle, la confrontation directe avec Moscou étant exclue.
Comme en matière de soutien militaire à Kiev, les Etats-Unis se trouvent en pointe dans cette opération d’endiguement de l’expansionnisme russe. La «troisième guerre mondiale», en cours en Ukraine, est d’ordre stratégique. Idéologique. Le risque que cette guerre dérape en un conflit mondial n’est pas nul, mais extrêmement faible. Un affrontement militaire conventionnel entre puissances nucléaires fait l’objet d’un solide tabou, depuis la crise des missiles soviétiques (1962).
C’est le camp russe qui alimente l’idée d’un possible dérapage pouvant conduire à l’erreur fatale. Une pression exercée sur les opinions nationales européenne et américaine qui ne s’emballent pas pour un engagement total en faveur de l’Ukraine, même si celle-ci, par ses livraisons de céréales, des huiles, de fer et d’acier, se situe en haut de sa chaine alimentaire.
Au-delà de l’affrontement militaire entre la Russie et l’Ukraine, la dimension idéologique et culturelle de cette guerre est prégnante, à travers l’opposition entre l’Occident libéral et le reste du monde acquis à une vision conservatrice et autoritaire.
Sur ce plan, Moscou peut compter sur des alliés de poids, comme la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et la Biélorussie. L’équilibre de la terreur qu’instaure la possession de certains de ces pays de l’arme nucléaire conforte, pour l’instant, une sécurité collective puisqu’on sait qu’en cas d’attaque, personne ne se sauvera seul. Le statu quo actuel ne peut pourtant durer…
La Russie a intérêt à éviter le piège de la guerre d’usure dans laquelle l’Occident l’entraîne. A moindres frais, tant que les forces de l’Otan ne sont pas contraintes à entrer en opérations et manœuvres militaires directes. L’Ukraine doit également comprendre qu’elle joue le mauvais rôle, même étant victime dans un conflit qui la dépasse ! Plutôt que de réclamer un soutien militaire qui ne lui garantit nullement une victoire contre Poutine, mais prolonge seulement le conflit, elle doit s’orienter vers une issue qui sauve la face des différents belligérants : une paix des braves.






Un commentaire
C’est la dernière des choses dont nous avons besoin maintenant