Alors que la plupart des précieuses ressources naturelles de l’Afrique sont exportées brutes pour être transformées – et valorisées – loin de leur lieu d’origine, Constantin Dabiré, PDG de la SA2IF, appelle à la création d’un «compartiment» dédié aux matières premières au sein de la BRVM ouest-africaine.
D’abondantes ressources naturelles, mais de piteux résultats économiques. Qu’on l’appelle « malédiction des ressources », expression que l’on doit à l’économiste britannique Richard Auty, ou qu’on lui préfère le « paradoxe de l’abondance » théorisé par la politologue américaine Terry Lynn Karl, le phénomène décrit est le même. C’est celui d’une forme d’expropriation organisée, qui voit certains pays en développement – en Afrique, mais aussi en Asie ou en Amérique du Sud – exporter leurs matières premières sans les transformer localement.
Ces pays se privent, par la même occasion, de la valeur ajoutée liée à la transformation locale de ces précieuses ressources. Mondialisation aidant, le coton ou l’or africains sont aujourd’hui cotés non à Abidjan ou Accra, mais à Londres ou New York. Développer, en Afrique, les capacités de transformation locale de ces matières premières est une étape nécessaire pour rapatrier leur valeur ajoutée dans les pays qui les produisent ; nécessaire, mais pas suffisante, ces mêmes ressources pouvant et devant par la suite être cotées sur place afin que leur commerce profite d’abord aux pays producteurs.
Constantin Dabiré veut un «compartiment d’avenir» pour les matières premières
Ce constat, c’est en substance celui qu’a dressé voici quelques jours Constantin Dabiré, PDG de la Société africaine d’intermédiation financière (SA2IF), qui s’exprimait à New York à l’occasion des BRVM Investment Days 2026.
Placé sous le thème «Financement à long terme en Afrique : institutions de financement du développement, banques de développement et marchés de capitaux», l’évènement réunissait les acteurs africains de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), une institution financière basée à Abidjan, en Côte d’Ivoire.
Appelant à rapatrier sur le marché régional la cotation de produits comme l’or ou le coton africains, aujourd’hui valorisés à des milliers de kilomètres du continent, Constantin Dabiré a souhaité la création d’un compartiment dédié, au sein de la BRVM, aux matières premières. Pour le PDG de la SA2IF, ce « compartiment d’avenir » permettrait d’attirer les investisseurs internationaux, tout en incitant les compagnies minières opérant en Afrique à se coter localement pour lever des ressources. Cette initiative permettrait également d’améliorer la capitalisation de la BRVM et de renforcer la profondeur du marché local.
Miser sur l’épargne des particuliers
Un tel mécanisme existe déjà en Côte d’Ivoire, qui en mai 2025 a lancé, en partenariat avec la BRVM, sa Bourse des matières premières agricoles (BMPA CI). Une première en Afrique de l’Ouest, qui ne concernait cependant lors de son lancement que trois produits : la noix de cajou, le maïs et la noix de kola. Une vingtaine de produits agricoles, dont le cacao, devraient être cotés à terme car « ces richesses ne profitent pas encore assez aux populations et de nombreuses économies africaines peinent à les convertir en développement durable », soulignait alors dans Le Monde Edoh Kossi Amenouve, directeur général de la BRVM.
Si elle venait à prendre forme, la proposition de Constantin Dabiré aurait pour conséquence de diversifier la base des investisseurs dans la région. « Et ce avec un accent mis sur les particuliers », propose encore l’homme d’affaires burkinabé, « car nous évoluons dans une zone très peu bancarisée, avec des ménages, des hommes d’affaires ou des commerçants qui conservent parfois beaucoup de liquidités dans leur boutique ou chez eux.» «Autant de liquidités qui peuvent donc (…) être injectées dans le circuit financier», suggère le fondateur de la SA2IF.
Vers une plus grande indépendance financière
En ramenant la cotation des ressources africaines là où celles-ci sont produites et en les soumettant aux règles des marchés africains – ici, celles de la BRVM –, cette stratégie de rapatriement et de sécurisation favoriserait une plus grande indépendance financière du continent. Ces nouveaux actifs seraient de nature à inciter les géants miniers ou agricoles à se coter localement, offrant des titres diversifiés aux investisseurs de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et, à terme, du continent tout entier.
Enfin, la création d’un tel compartiment dédié aux matières premières permettrait de mobiliser l’épargne des Africains eux-mêmes, en ouvrant des secteurs stratégiques aux caisses de retraite et assureurs locaux. In fine, «c’est en développant un certain nombre de compartiments au niveau de nos places boursières que nous rendrons celles-ci plus attirantes et plus liquides», veut croire Constantin Dabiré. Reste à savoir si l’appel du fondateur de la SA2IF à New York sera entendu de l’autre côté de l’Atlantique…





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