«Nous devons franchir dans les mois à venir une nouvelle étape, réinventer une nouvelle alliance avec le continent» a déclaré Emmanuel Macron devant le Parlement européen le 19 janvier. Un appel à un New Deal économique et financier avec l’Afrique déjà exprimé lors du Sommet sur le financement des économies africaines du 18 mai 2021, qui prend une autre dimension à l’occasion de la présidence française de l’Union européenne (PFUE).
La conférence ministérielle sur les relations commerciales entre l’Afrique et la France qui s’est tenue le 10 janvier a d’ailleurs envoyé un signal fort sur la place de ce partenariat dans la PFUE. Franck Riester précisait à cette occasion l’importance «d’une meilleure prise en compte des préoccupations des partenaires africains dans la négociation des APE [Accords de partenariats économiques] régionaux» et leur adaptation «pour un commerce plus durable, plus responsable avec des chaînes de valeurs partagées».
En effet, un New Deal adapté aux préoccupations et évolutions actuelles impose que les stratégies et politiques économiques et commerciales intègrent les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). La responsabilité Sociétale des entreprises (RSE) et le respect des Objectifs de développement durable (ODD) constituent des leviers stratégiques d’intégration de ces enjeux tout en représentant un facteur de différenciation et de préférence pour les acteurs économiques.
Améliorer et redessiner les contours du partenariat Afrique-UE, c’est ainsi tout l’enjeu du «New Deal», particulièrement dans un contexte où la Chine garde la première place du classement des relations bilatérales avec nombre de pays africains.

L’UE devra tout d’abord veiller au rééquilibrage du partenariat. Il s’agit de mettre fin à l’impression exprimée notamment par le président de la confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) qui déclare qu’«on ne peut pas voir l’Afrique juste comme un fournisseur de matières premières ou un grand bazar où on viendra vendre toutes sortes de produits» et prône une coopération désormais basée sur le principe du gagnant-gagnant.
Sans compter qu’à l’heure du défi climatique, les intérêts africains et européens n’ont jamais autant convergé. Lors de la conférence de l’Africa-Europe Foundation sur le climat et l’énergie au sein du partenariat Afrique-UE, Macky Sall mettait l’accent sur le fait que l’Afrique était constituée des économies les moins polluantes, tout en étant le continent subissant le plus les conséquences, notamment du dérèglement climatique.
Une position qui plaide pour une plus grande intégration des chaînes de valeurs entre l’UE et l’Afrique. Le raccourcissement des circuits logistiques est en effet devenu une priorité européenne qui coïncide avec le besoin de renforcer les tissus économiques locaux africains. Il s’agit pour l’Europe de redéfinir une nouvelle autonomie stratégique afin de limiter la dépendance aux pays à l’autre bout du monde et travailler davantage et plus efficacement avec les partenaires africains.
Cette orientation nécessite de poursuivre le travail entrepris auprès des secteurs privés et de la société civile des deux régions et de nouer des partenariats privés dans des secteurs utiles au développement des territoires. Tout est possible en s’appuyant sur un tissu économique local inventif et agile, porté par des PME et TPE qui représentent entre 85 % et 90 % des écosystèmes africains et sont prêtes à relever le défi de l’industrialisation et du développement de chaînes de valeur locales. En favorisant l’ancrage humain et le développement des talents, les PME et TPE africaines ne sont-elles pas les meilleures alliées pour relever le défi de l’Agenda 2063 ?!
Autant d’orientations qui entrent en cohérence avec un autre sujet au cœur de la présidence française de l’UE : la directive européenne sur le devoir de vigilance environnemental et social des entreprises. Le projet entend imposer ce devoir de vigilance à toutes les sociétés de plus de 250 salariés, et s’étendra aux sociétés non européennes qui vendent des biens et services dans l’UE. Il devient un vecteur de compétitivité pour les acteurs économiques africains et tout concourt ainsi à redoubler d’efforts pour les accompagner vers des démarches de RSE adaptées à leur taille et leurs ressources.
D’autres outils devront aussi faire une place à ces enjeux de RSE, qu’il s’agisse de la zone de libre-échange continentale (ZLECAF) en construction, de la mobilisation par les pays européens des allocations de Droit de tirage spécial (DTS) au profit de l’Afrique, ou encore des règles d’origines et normes techniques applicables, notamment dans les secteurs textile et agroalimentaire.
Les entreprises et investisseurs publics et privés français et européens ont une responsabilité importante. Celle de faciliter des investissements porteurs d’emplois et de croissance durables avec des accords dans des secteurs d’intérêt commun, comme l’économie numérique. C’est bien le sujet du second Sommet de l’engagement sociétal des entreprises qui aura lieu en mai prochain.
En définitive, pour participer à un développement en Afrique qui se doit aujourd’hui d’être durable et, respecter les règles européennes toujours plus exigeantes en matière de droits humains, de l’environnement et de transparence, le New Deal doit intégrer la RSE et l’atteinte des ODD. Plutôt que d’un «Green New Deal» pour parler de la lutte contre le changement climatique et relancer l’économie, l’Europe devrait aujourd’hui parler d’un «Fair New Deal» avec l’Afrique.











