La Banque mondiale renforce son dispositif en Sierra Leone. Annoncée le 1er septembre par l’institution de Bretton Woods, la nomination d’Aissatou Diallo au poste de directrice-pays place une cadre chevronnée aux commandes des opérations du Groupe dans le pays.
Une nomination aux allures de pari stratégique
La nouvelle responsable aura la lourde tâche de superviser un portefeuille d’opérations évalué à près de 1,2 milliard de dollars. Au menu : mise en œuvre du programme-pays, soutien à la résilience économique, développement du capital humain, mais aussi promotion d’une croissance plus inclusive et mobilisation accrue du secteur privé.
Un agenda ambitieux dans un pays où les indicateurs macroéconomiques affichent une certaine embellie, mais où les fragilités sociales restent particulièrement tenaces.
La croissance progresse, les difficultés demeurent
Freetown peut compter sur des perspectives économiques plutôt favorables. Selon les projections de la Banque mondiale, la croissance devrait atteindre 4,5 % en 2025, après 4,4 % en 2024.
Cette dynamique repose notamment sur l’agriculture et les services. Le commerce de détail et de gros a permis d’amortir le ralentissement observé dans le secteur minier, traditionnel moteur de l’économie sierra-léonaise. L’investissement privé et la consommation des ménages ont également contribué à soutenir la demande, dans un contexte de décrue de l’inflation.
À l’inverse, la consommation publique s’est contractée, conséquence de la politique d’assainissement budgétaire engagée par les autorités.
Mais derrière ces chiffres encourageants se cache une réalité beaucoup moins flatteuse. La pauvreté demeure massive : son taux national est passé de 62,4 % en 2011 à 56,8 % en 2018, selon les données reprises par la Banque mondiale. Et pour une jeunesse confrontée à un déficit criant d’opportunités, la migration irrégulière s’est progressivement imposée comme une échappatoire.
Le chômage des jeunes, estimé autour de 60 % par le Fonds monétaire international, constitue ainsi l’un des principaux défis auxquels devront s’attaquer les autorités – et désormais la nouvelle directrice-pays de la Banque mondiale.
Près de trente ans dans les arcanes du développement
Aissatou Diallo n’arrive pas en terrain inconnu. Forte de près de trois décennies d’expérience dans la finance du développement, dont plus de vingt années passées au sein du Groupe de la Banque mondiale, la Guinéenne connaît les rouages de l’institution et les subtilités du dialogue avec les gouvernements africains.
Son parcours l’a conduite à exercer différentes responsabilités opérationnelles et managériales, avec une spécialisation dans la conduite des opérations-pays, la gestion de portefeuilles, le dialogue sur les politiques publiques et la construction de partenariats.
Avant de prendre ses nouvelles fonctions en Sierra Leone, elle a notamment représenté la Banque mondiale au Gabon et en Guinée équatoriale.
Un agenda chargé pour la nouvelle patronne
À Freetown, Aissatou Diallo devra donc conjuguer impératifs macroéconomiques et urgences sociales. La Banque mondiale entend notamment soutenir la création d’emplois, renforcer le capital humain et améliorer la capacité du pays à absorber les chocs économiques.
« Je me réjouis de travailler en étroite collaboration avec le gouvernement, les partenaires au développement, la société civile, le secteur privé et les citoyens de tout le pays », a-t-elle déclaré à l’occasion de sa nomination.
Objectif affiché : créer davantage d’opportunités, renforcer la résilience et améliorer les conditions de vie des Sierra-Léonais.
Reste à transformer les milliards de dollars du portefeuille de la Banque mondiale en résultats tangibles. C’est désormais le principal test qui attend la nouvelle directrice-pays.


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