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Belhassen Gherab : Président de la Fédération nationale du textile en Tunisie

Belhassen Gherab

“Le textile tunisien vit des moments difficiles”

Depuis la révolution de 2011, le secteur du textile tunisien affiche une faible valeur ajoutée, et ce, en raison de l’augmentation du coût des matières premières, des mouvements sociaux, des demandes excessives, du déficit de performance de l’action administrative et des services logistiques. Résultat : fermeture de 300 entreprises et perte de 40.000 postes d’emploi. Au titre de l’année 2015, le chiffre d’affaires à l’export a enregistré une baisse de 7%. Idem pour le chiffre d’affaires local qui a reculé de 30%, ce qui a probablement engendré une perte de plus de 10.000 emplois supplémentaires. Entretien avec BelhassenGherab, Président de la Fédération nationale du textile (FENATEX), relevant de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA).

AFRIMAG : Comment évaluez-vous la situation du secteur du textile et quels sont ses principaux obstacles ?

Belhassen Gherab : Le secteur du textile passe par une situation très difficile en raison d’un manque de compétitivité provenant essentiellement de l’augmentation des coûts de production et de fonctionnement dont l’une des conséquences est la baisse de la productivité. Plusieurs autres facteurs sont à l’origine de cette situation, comme l’information négative véhiculée par les médias. Ils décrivent la faiblesse de la valeur ajoutée du secteur et sa grande précarité. Une situation qui se complique davantage avec une prolifération des franchises et marques étrangères sur le marché au point de détruire toutes les marques tunisiennes qui se sont développées durant des décennies.

Ces raisons ont engendré la disparition des entreprises exerçant sur le marché local et la fermeture de quelques centaines d’entreprises exportatrices.

Malgré la situation délicate que connait le secteur du textile, il existe des demandes d’augmentation des salaires? Quelle est la position de la FENATEX ?

La mondialisation nous oblige à être compétitifs vis-à-vis de nos concurrents (Maroc, Turquie, Egypte, Roumanie…). Et les augmentations salariales, sans contrepartie et sans justification, ne peuvent pas être digérées par l’entreprise industrielle qui lui font perdre sa compétitivité au niveau national et international. 

Face à cette situation précaire, est-ce qu’il ya des entreprises qui comptent fermer ?

Depuis 2011, date de la Révolution tunisienne, plus de 300 entreprises ont fermé et plus de 40.000 emplois ont été perdus.

 Si la situation du secteur ne s’améliore pas, d’autres entreprises seront dans l’obligation d’arrêter leur activité. Une situation comme celle de 2015 causera une perte sur une année, d’une dizaine de millier d’emplois et la fermeture d’une centaine d’unités industrielles.

Quelles sont les mesures les plus urgentes à prendre pour sortir de la situation actuelle du secteur textile ?

Le gouvernement doit définir d’urgence une stratégie pour le secteur en s’appuyant sur les recommandations de notre Fédération. Ensuite, le Premier ministre doit mettre en place un plan de relance et une stratégie. Il devra aussi coordonner le travail entre ses ministres concernés par le secteur du textile pour bien synchroniser son action. Pour sauver ce secteur, la FENATEX propose de mettre en place des mesures de sauvegarde pour réguler les importations tunisiennes en produit fini, de réviser les accords de libre-échange avec la Turquie et de stopper la prolifération des marques étrangères qui ne sont pas produites en Tunisie.

Il faut encourager les marques tunisiennes et leur implantation dans les circuits de distribution et créer une synergie entre la production locale et l’export et surveiller de près la balance commerciale.

La Fédération recommande de lancer une campagne de sensibilisation pour le consommateur tunisien, de négocier sérieusement les règles d’origine avec l’Union européenne, d’améliorer les services logistiques (postes, aéroports, ports,..). Et d’agir sur le cours de change du dinar pour favoriser les exportations.

Que représente le secteur du textile pour l’économie tunisienne ?

Le secteur textile emploie 170.000 Tunisiens, exporte pour plus de 5 milliards de dinars et contribue à hauteur de 3% du PIB.

Pouvez- vous nous donner un bilan des pertes enregistrées, suite à la régression des indicateurs du secteur du textile?

Le secteur du textile a enregistré la fermeture de 300 entreprises et la perte de 40.000 postes et de plus de 15% de nos exportations.

Après cette crise, est-ce que le secteur textile peut rependre son envol ?

Le savoir-faire et l’expérience acquise durant des décennies donnent au secteur un potentiel énorme pour rebondir si les conditions requises sont favorables.

Le secteur pourra créer 50.000 emplois par an et reprendre sa place de 1er employeur et 1er exportateur.

Avez-vous un message à adresser au chef du gouvernement tunisien et aux ministères concernés par le secteur textile ?

Il est prioritaire et essentiel que le gouvernement préserve les secteurs ayant acquis une place dans l’économie nationale pour sauvegarder les emplois.

Il faut commencer par sauvegarder l’existant et par la suite chercher à en créer de nouveaux. Ça ne sert à rien d’en créer quelques centaines d’emplois pour en perdre des milliers après.

Le rôle de l’Etat n’est pas d’employer mais de préparer un terrain propice à l’investissement et c’est le rôle du privé d’entreprendre et de créer les emplois.

Fédération nationale du textile en Tunisie Industrie Textile

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