Alors que Dangote Cement affiche l’objectif de doubler ses capacités de production au Cameroun d’ici à 2028, les ventes de sa filiale continuent de s’essouffler. Avec moins de 600 000 tonnes écoulées au premier semestre 2026 et un deuxième trimestre en léger recul, le groupe nigérian se retrouve face à une double équation : reconquérir un marché en perte de vitesse tout en clarifiant la nature réelle de son futur investissement industriel.
Les chiffres publiés par Dangote Cement dessinent un constat sans équivoque. Après les 300 000 tonnes vendues entre janvier et mars 2026, les volumes du deuxième trimestre s’établissent, par différence avec les résultats semestriels, à 296 800 tonnes. Soit un recul de 1,1 % d’un trimestre à l’autre.
Cette évolution peut paraître marginale. Elle n’en demeure pas moins révélatrice d’une tendance : le marché camerounais ne montre toujours aucun signe de véritable rebond. Or cette stagnation intervient au moment même où Dangote Cement multiplie les annonces sur son expansion au Cameroun.
En juin 2026, la filiale avait confirmé son intention de porter ses capacités installées de 1,5 à 3 millions de tonnes par an à l’horizon 2028. Pourtant, si le rythme commercial observé depuis janvier se prolongeait jusqu’à la fin de l’année, les ventes atteindraient environ 1,194 million de tonnes, soit près de 80 % de la capacité actuelle mais moins de 40 % de l’objectif annoncé.
Ces ratios ne correspondent pas à un taux d’utilisation industriel. Les résultats publiés ne renseignent ni la production effective de l’usine de Douala ni l’évolution des stocks. Ils donnent néanmoins une indication de l’effort commercial à accomplir : pour écouler trois millions de tonnes par an au rythme actuel, Dangote devrait multiplier ses ventes par près de deux fois et demie.
Ce modèle réduit les investissements industriels nécessaires dans chaque marché tout en optimisant les capacités installées au Nigeria. Il maintient cependant le Cameroun dans un rôle d’aval industriel, la production du clinker — étape la plus capitalistique de la chaîne de valeur — demeurant réalisée à l’extérieur.
Trois millions de tonnes, mais pour quel outil industriel ?
L’annonce d’un doublement des capacités soulève donc une question essentielle : de quelle usine parle exactement Dangote ?
Une nouvelle unité de broyage permettrait certes d’augmenter la production locale de ciment, mais elle accroîtrait également les besoins d’importation de clinker. À l’inverse, la construction d’une cimenterie intégrée, équipée d’un four et adossée à une carrière de calcaire, transformerait profondément la structure industrielle du secteur.
L’enjeu est loin d’être anodin. Selon l’Institut national de la statistique, le Cameroun a importé plus de 3,1 millions de tonnes de clinker en 2025 pour une valeur de 97,3 milliards de FCFA, en hausse de plus de 20 % en volume par rapport à l’année précédente. Le clinker représente désormais près de 2 % de la valeur totale des importations du pays.
Des annonces encore entourées d’incertitudes
La référence aux trois millions de tonnes n’est pas nouvelle. Lors de l’inauguration de l’usine en 2015, Dangote évoquait déjà une « capacité réelle » de trois millions de tonnes. Onze ans plus tard, la capacité officiellement installée demeure pourtant limitée à 1,5 million de tonnes par an.
Le projet a repris de la visibilité en juillet 2026, lorsque Devakumar Edwin, vice-président de Dangote Industries, a annoncé, à l’issue d’une audience avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute, l’intention du groupe de construire une nouvelle cimenterie à Douala. Il précisait alors que des visites de terrain devaient encore permettre d’identifier le site d’implantation.
Cette déclaration confirme que le projet reste à un stade préliminaire. Aucun calendrier de réalisation, aucun coût détaillé, aucune capacité propre de la future installation ni aucune précision sur la présence éventuelle d’un four à clinker n’ont été rendus publics.
La localisation elle-même demeure floue. Quelques semaines auparavant, Dangote Cement Cameroon évoquait simultanément l’extension de son usine de Douala et la relance d’un projet de deuxième unité de 1,5 million de tonnes dans une zone industrielle de Yaoundé. Les annonces plus récentes privilégient désormais Douala, sans préciser si le projet de Yaoundé est abandonné ou simplement reconfiguré.
Les interrogations persistent également autour du partenariat conclu avec Sinoma International Engineering. Signé en février 2026, cet accord porte sur plus d’1 milliard de dollars d’investissements répartis entre douze projets dans sept pays africains, dont le Cameroun. Aucune ventilation publique ne permet toutefois de connaître la part réservée au marché camerounais ni la nature exacte des infrastructures concernées.
Une ambition encore largement théorique
Pour Dangote Cement, l’équation est désormais autant commerciale qu’industrielle.
Le groupe devra d’abord retrouver une dynamique de croissance afin d’absorber les capacités supplémentaires qu’il souhaite installer. Il lui faudra également préciser si son futur investissement vise uniquement à renforcer le broyage local ou s’il permettra au Cameroun de réduire sa dépendance aux importations de clinker.
À ce stade, les inconnues restent nombreuses : site définitif, financement, calendrier, caractéristiques techniques et organisation industrielle. Autant d’éléments qui empêchent encore de mesurer la portée réelle de l’objectif affiché.
En attendant, une réalité s’impose : depuis le début de 2026, les ventes camerounaises de Dangote stagnent autour de 300 000 tonnes par trimestre. Une cadence bien éloignée de l’ambition des trois millions de tonnes que le groupe continue d’afficher pour la fin de la décennie.





Cameroun





