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FDE du Burkina Faso : Et si la solution était la proximité

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  • Au Burkina Faso, l’électrification des zones rurales reste un défi majeur à relever
  • Aussi, le gouvernement burkinabè a-t-il décidé de créer le Fonds de développement d’électrification qui se charge de rendre accessible l’électricité aux ménages ruraux
  • Le directeur général de ce Fonds, Jean-Baptiste Kaboré, nous explique comment sa structure contribue au développement socioéconomique de son pays

cablesAu Burkina Faso, bien qu’il y a la Société nationale d’électricité, le gouvernement a décidé de créer une autre structure qui peut inspirer beaucoup d’autres pays, tant ses résultats sont probants. Il s’agit du Fonds de développement de l’électrification (FDE) qui a contribué à électrifier près de 150 localités en très peu de temps. C’est dire qu’il est en train de réussir à améliorer le bien-être des populations un peu partout au Burkina Faso.  Car faut-il le rappeler, « la création du Fonds de développement de l’électrification (FDE) répond à une politique de l’Etat burkinabè de promouvoir l’accès à l’électricité aux populations rurales et de booster ainsi l’électrification rurale », nous rappelle Jean Baptiste Kaboré, directeur général du FDE.

Certes, la société nationale burkinabè d’électricité (Sonabel) travaille également dans le sens de permettre à la population de bénéficier du service électrique mais vu qu’elle est soumise aux résultats en termes de rentabilité financière des investissements, cela limite ses interventions. Le FDE qui a été créé en 2003, bénéficie de financements divers (bailleurs de fonds, taxe de développement de l’électrification (TDE), Etat burkinabè) lui permettant l’électrification de nombreuses localités en milieu rural. « Après dix années d’existence le FDE compte aujourd’hui 140 localités électrifiées soit en moyenne quatorze localités électrifiées par an », explique toujours Kaboré.

Electrifier c’est changer le monde

Selon Jean-Baptiste Kaboré, le DG du FDE Burkinabè, « l’électrification d’une localité entraine toujours une transformation dans les habitudes des populations et partant dans toutes les couches sociales ». Du point de vue des TIC, l’électricité permet de vulgariser l’utilisation des moyens de communication (internet, radio et télévision) fournissant ainsi un meilleur accès à l’information. Du point de vue des activités génératrices de revenus, les commerces, les restaurants, les moulins, les vidéo clubs, les ateliers de soudure, de menuiserie etc., peuvent particulièrement bien profiter de cette opportunité. L’électrification d’une localité a également des impacts significatifs face aux problèmes sanitaires car beaucoup de centres de santé peuvent développer le domaine de leurs services après leur électrification. L’éclairage public sur lequel nous mettons un accent particulier, peut aussi contribuer au développement du petit commerce nocturne, source de revenus surtout pour les femmes, à la réduction de certains vices (vols, viols etc.) dans les endroits propices à des actes non recommandables. L’électrification a également un impact considérable sur la qualité de l’éducation.

En réalité, la solution adoptée privilégie une réponse locale et semble nettement mieux adaptée à l’isolement des villages et du monde rural en général. Car, »l’éloignement des villages, leur isolement et les difficultés d’accès sont des facteurs qui imposent des solutions innovantes pour l’électrification en milieu rural », rappelle-t-il. Et d’ajouter que : « c’est d’ailleurs ce qui justifie le terme Electrification rurale décentralisée (ERD), qui est une politique qui permet la construction de systèmes autonomes dans les localités dites éloignées et isolées ». Aujourd’hui, le FDE compte une vingtaine de centres isolés dont trois centrales hybrides (diesel/photovoltaïque).

Evidemment, à côté de ces choix qui privilégient des centres isolés, l’énergie solaire pourrait être une solution, n’eut été son coût encore élevé. C’est en tout cas, ce qu’explique Jean Batiste Kaboré. « C’est effectivement la seule énergie disponible qui puisse être utilisée à souhait. Pour cette raison, l’énergie solaire occupe aujourd’hui une place importante dans tous les projets d’électrification et particulièrement dans les projets d’électrification rurale », reconnaît-il. Le seul bémol réside dans « le coût d’investissement de la construction des installations permettant l’exploitation de ce gisement énergétique ». Toutefois, le FDE possède des expériences probantes dans ce domaine à travers la technologie des centrales autonomes hybrides (diesel/Photovoltaïque) installée dans trois localités et qui tend à être vulgarisée dans un certain nombre de localités isolées à travers le pays.

C’est dire que l’expérience du FDE au Burkina Faso doit être partagée avec d’autres pays qui ont un taux d’électrification rural relativement bas, c’est-à-dire pratiquement l’ensemble des pays africains.

Trois questions à Jean-Baptiste Kaboré, Directeur général du FDE

[caption id="attachment_1280" align="alignleft" width="150"]Jean-Baptiste Kaboré, Directeur général FDE Jean-Baptiste Kaboré, Directeur général FDE[/caption]

Les partenaires privés ou étrangers sont nécessaires Aujourd’hui, beaucoup de pays collaborent avec des partenaires extérieurs pour développer la production et la distribution d’électricité. Quelle est votre expérience dans ce domaine, notamment avec des partenaires techniques et financiers? Avez- vous la confiance des bailleurs de fonds ?

L’une des sources de financement de l’électrification rurale réside dans l’appui financier des bailleurs de fonds. Et en la matière, nous pouvons citer le royaume du Danemark, l’Union européenne, la Banque mondiale, la Banque islamique de développement etc. Pour nous, la confiance des bailleurs de fonds s’acquiert avec le temps et se mérite à la suite du travail bien fait. Le FDE a toujours travaillé dans ce sens et aujourd’hui, nous pensons avoir le mérite de la confiance de nos bailleurs, puisque ceux-ci nous accompagnent chaque fois que nous leur soumettons des projets d’électrification rurale.

Dans le développement de l’électrification rurale, y a-t-il une place pour les entreprises privées ? En d’autres termes, quelle place occupe le partenariat public-privé dans ce domaine et dans le secteur de l’énergie électrique en général ?

Comme vous pouvez le constater, la demande en énergie électrique est aujourd’hui telle qu’il est important d’associer le secteur privé aux efforts quotidiennement consentis par l’Etat ; d’où la libéralisation de la production. Aujourd’hui, un privé peut venir s’installer dans le secteur, produire et vendre à la société nationale d’électricité. Concernant l’électrification rurale, certains villages sont gérés par des associations ou des structures privées au-delà de la gestion coopérative. Du reste, tout cela dénote de la conviction que nous avons que le privé peut participer efficacement à la mise en œuvre de la politique nationale d’électrification. Le recours à des entreprises privées, ne risque-t-il pas d’engendrer des coûts supplémentaires et de réduire la qualité du service public ? Le recours à des entreprises privées est régi par la réglementation en vigueur. Et en matière de qualité du service, l’Autorité de régulation du sous-secteur de l’électricité (ARSE) en est la garante. Tout est donc mis en œuvre pour que leurs interventions soient encadrées par les textes.

L’approche innovante utilisée par le FDE dans la mise en œuvre de l’électrification rurale réside dans la création de coopératives d’électricité. Quel bilan faites-vous de cette approche ? Quelles sont les forces et les faiblesses ? Quelles sont les perspectives ?

L’approche coopérative d’électricité (COOPEL) caractérise la politique d’électrification rurale au Burkina. C’est une politique qui veut que les populations soient responsables de leurs systèmes électriques donc, de leur pérennisation. Elle permet aux populations de se regrouper autour d’un intérêt commun qui est le bénéfice du service électrique et de participer ainsi au développement de leur localité. Cette approche a fait ses preuves de par le passé et continue d’en faire jusqu’à ce jour. Vous savez, en matière d’électrification rurale, il n’y a pas de modèle parfait. Nous, nous avons la chance d’expérimenter un modèle qui tient depuis maintenant dix ans ; certes, avec des difficultés non négligeables mais par contre, qui fait école aujourd’hui dans certains pays de la sous-région. La faiblesse du modèle coopératif est essentiellement d’ordre organisationnel. Car, en ce qui concerne les aspects techniques, les COOPEL reçoivent l’appui d’entreprises qui s’y connaissent dans le domaine de l’électricité et qui fournissent les prestations nécessaires. Il est important de rappeler que le travail des COOPEL est un travail bénévole ce qui limite souvent l’apport de certains membres. Pour résoudre toutes ces difficultés, nous avons commandité un audit sur la gestion des COOPEL et des propositions de réorganisation sont faites. D’ores et déjà, une nouvelle approche de leur gestion est en train d’être expérimentée ; ce qui permettra in fine d’améliorer très considérablement cette approche.

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