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L’Afrique se met à la lumière grâce à des projets pharaoniques

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• Sur le fleuve Congo, le plus grand complexe hydroélectrique du monde devrait voir le jour pour une capacité de plus de 40.000 MW installée sur plusieurs barrages

• En Ethiopie, le projet est tout aussi ambitieux et dotera le pays d’une capacité supplémentaire de 6000 MW, soit trois fois celle qu’offre le plan solaire marocain

• Evidemment, pour tous ces projets il faut commencer par écarter certains soucis, liés soit au financement, soit à la géopolitique ou à la gestion

Barrage hydroelectrique vanne yate

Après avoir vécu dans le noir pratiquement depuis les indépendances, le continent semble subitement avoir décidé de se mettre à la lumière. Partout sur le continent, les projets poussent. Imposants voire pharaoniques, ces projets ambitionnent non seulement de satisfaire la demande domestique de leur pays d’accueil, mais d’être une force d’exportation.
En Ethiopie, en République démocratique du Congo, en Angola, en Mauritanie, au Ghana, au Nigeria mais également au Maroc, les projets ont des dimensions de loin supérieures aux standards.
Le Maroc a choisi l’innovation en insistant sur le solaire et l’éolien, approche plutôt audacieuse, mais qui promet la sécurité énergétique au royaume. L’Ethiopie a porté sa stratégie à la fois sur l’éolien et l’hydraulique. Quant au Congo, le gouvernement s’est enfin décidé à mener avec sérieux l’exploitation de l’impressionnant débit de l’un des plus grands fleuves du monde. En Angola où le pétrole continue de couler à flots, la décision est désormais prise de l’exporter en partie après transformation en électricité, produit à plus forte valeur ajoutée. D’autres exemples existent en Afrique de l’Ouest où les deux organisations respectives de mise en valeur des fleuves Gambie (OMVG) et Sénégal (OMVS) ont décidé de renforcer leur capacité de production d’électricité.
C’est dire que partout, les projets existent pour sortir enfin le continent des délestages incessants. Derrière cette formule, il y a surtout la volonté d’offrir l’électricité aux acteurs économiques, aux industries, aux artisans, aux entreprises de services aux administrations, mais également aux ménages du continent.

Au Maroc, le solaire pour 2000 MW

Nourrissant toujours l’espoir de découvrir du pétrole dans son sous-sol, le Maroc a pourtant décidé de ne pas dépendre entièrement des importations d’hydrocarbures. Ces dernières ont été à l’origine d’un déficit budgétaire ayant atteint quelque 7,5% du PIB en 2012 et 6,3% en 2013. Cela est lié presque uniquement aux dépenses de la Caisse de compensation qui tournent désormais autour de 50 milliards de dirhams, plus de 4,5 milliards d’euros. Et bien en entendu, ce déficit budgétaire est accompagné d’un déficit de la balance commercial du Royaume. Le projet marocain s’emploie donc à résoudre ce problème des déficits jumeaux.

D’un coût d’investissement estimé à 9 milliards de dollars US, ce projet national, ambitieux et réaliste vise la mise en place en 2020 d’une capacité de 2.000 mégawatts. Cette capacité de production représente 38% de la puissance installée à fin 2008 et 14% de la puissance électrique à l’horizon 2020. Au total, la production pourrait atteindre 4500 Gwh par an, représentant 18% de la production marocaine.
Cinq sites ont été identifiés pour le lancement de ce projet, qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie énergétique tracée conformément aux hautes directives du souverain marocain. Il s’agit des sites de Ouarzazate, Ain Bni Mathar, Foum Al Oued, Boujdour et Sebkhat Tah.

Evidemment, pour un tel projet, les besoins financiers sont colossaux. Initialement, ce sont quelque 9 milliards de dollars qui étaient prévus, venant de plusieurs partenaires associés à la réalisation et l’exploitation du projet. Sauf que dans la réalité, le projet semble plus complexe que prévu. Et beaucoup de partenaires qui s’étaient montrés enthousiastes au moment du lancement, ont finalement montré des signes de réticence. Ainsi, l’un des principaux partenaires n’était autre que la Fondation Desertec, dont la mission est de piloter le vaste projet visant l’exportation d’énergie renouvelable du Sahara vers l’Europe. Cette dernière était censée jouer un rôle important, notamment en crédibilisant le projet marocain. D’ailleurs le consortium, dans lequel on retrouve plusieurs partenaires d’envergure, porte le nom évocateur de Desertec Industrial Initiative (DII). Et c’est de ce consortium que la Fondation éponyme s’est justement retirée. Officiellement, des conflits internes autour des divergences d’opinion concernant la stratégie, les tâches, la méthode de communication et le style de leadership de Desertec Industrial Initiative sont à l’origine de ce retrait. Avant Desertec, les Allemands Siemens et Bosch avaient également décidé d’écourter leur expérience dans l’élaboration de cet énorme réseau de production d’énergie solaire. Mais le projet se poursuit avec la détermination de l’Agence marocaine de l’énergie solaire (Masen). D’ailleurs, il n’a pas fallu attendre pour que le groupe saoudien Acwa vienne remplacer la Fondation Desertec. Aujourd’hui encore, le projet suit son cours et le calendrier devrait être respecté d’après les responsables du Masen. En effet, selon eux, la première centrale solaire de Ouarzazate, NoorI, d’une puissance installée de 160 MW devrait fonctionner à partir d’août 2015.

Angola : un plan de 23 milliards de dollars US

« Le Plan pour l’énergie et l’eau en Angola, a indiqué Septime Martin, représentant de la Banque africaine de développement (BAD) à Luanda, nécessite un investissement de 23 milliards de dollars US entre 2013 et 2017. » Cette initiative vise notamment à « construire une nouvelle structure pour le marché de l’électricité, à améliorer l’efficacité, la compétitivité et la durabilité du secteur tout en consolidant la transparence des finances publiques ». La BAD a approuvé un prêt de 1 milliard de dollars US destiné à financer la réforme du secteur électrique en Angola. « Afin d’accompagner l’implémentation de ce programme, la Banque va fournir son assistance technique et va produire un plan d’action à moyen-terme afin d’adresser les faiblesses de la gestion financière publique », a expliqué Isaac Lobe Ndoumbe, directeur au sein du département de la gouvernance économique et des réformes financières à la BAD. L’Angola est le deuxième producteur africain de pétrole avec 1,7 million de barils de brut produits par jour, derrière le Nigeria, indique le bulletin statistique 2013 de l’Opec. Pour autant, selon les données de l’Agence d’information sur l’énergie (EIA) américaine, le pays ne dispose que d’une capacité électrique installée de près de 1 657 mégawatts (MW), dont environ 60% est issue de centrales hydroélectriques, le reliquat étant produit par des centrales thermiques (à combustibles fossiles). La Banque mondiale estime que seulement 37,8% des Angolais ont accès à l’électricité.

Ethiopie, un barrage de 6000 MW

Si le Maroc a choisi de miser sur les partenaires internationaux pour le développement de son projet, l’Ethiopie, quant à elle, compte pratiquement entièrement sur ses propres ressources, notamment humaines et financières. L’une des raisons pour lesquelles les partenaires financiers se montrent réticents à accompagner le projet éthiopien, c’est que la construction du barrage hydroélectrique est en train de mécontenter le puissant voisin égyptien qui a peur de voir le débit du Nil se réduire. Mais cela n’a pas arrêté l’Ethiopie pour autant qui a émis des obligations spéciales pour le financement du barrage. Et les Ethiopiens ont fait preuve d’un véritable patriotisme pour y souscrire.
Quoi qu’il en soit, l’unique barrage éthiopien représente trois fois plus de capacité que le projet solaire marocain soit quelque 6000 mégawatts d’électricité à l’horizon 2017 seulement. Au moment de son lancement, il devait être le plus grand barrage du continent, mais depuis le barrage d’Inga sur le fleuve Congo est venu le détrôner devenant même le plus grand barrage du monde.
Concernant le projet éthiopien, l’infrastructure sera construite en Ethiopie sur le Nil Bleu, à une trentaine de kilomètres du Soudan. Elle marque, selon le gouvernement éthiopien, la «Grande Renaissance de ce pays à la grandeur plurimillénaire ». Le pays compte en tirer nettement profit en résolvant non seulement le déficit de production du pays, mais également en offrant de l’électricité aux voisins. Car faut-il le rappeler, le produit intérieur brut (PIB) éthiopien a cru de 10% par an entre 2005 et 2010, et de 7% sur les trois années suivantes. Du coup, les besoins en électricité progresse de l’ordre de 30% par an. Mais, non seulement le pays pourra pourvoir à ses besoins, mais il exportera vers tous ses voisins, allant du Soudan au Yémen en passant par le Kenya, Djibouti et Sud-Soudan. Au total, l’Ethiopie compte tirer plu de 730 millions d’euros par an. Mais avant d’en arriver là, il faudra non seulement en terminer la construction en 2017, mais aussi attendre 5 à 7 ans pour remplir un réservoir devant contenir quelque 70 milliards de mètres cubes d’eau. Et l’Ethiopie aura également déboursé quelque 4,7 milliards de dollars, correspondant à l’investissement. C’est un coût que les 88 millions d’Ethiopiens ont contribué à payer, parce qu’ils sont décidés à sortir de la pauvreté et assurer leur développement.
Evidemment, ce projet suscite quelques inquiétudes de la part de l’Egypte qui est le pays le plus en aval du Nil. En décembre 2013, l’Ethiopie, le Soudan et l’Egypte avaient d’ailleurs mis en place une commission chargée de mieux gérer le droit des uns et des autres à cette ressource indispensable à la survie des trois pays. Mais l’Egypte a plutôt senti que le projet était trop avancé pour pouvoir y changer quelque chose. Du coup, frustrée de n’avoir pas été consulté auparavant, le pays des pharaons a préféré claquer la porte. Evidemment, pendant les premières années où le barrage devra être rempli, le débit s’en trouvera forcément réduit en aval vers le soudan et l’Egypte, c’est une donnée immuable. Cela pourra être une source de tension, mais selon les autorités éthiopienne, l’objectif est simplement de générer de l’électricité et non d’arrêter l’eau.

Kenya : le plus grand parc éolien africain en chantier .

Le projet d’énergie éolienne du Lac Turkana, au Kenya, d’une puissance totale de 300 mégawatts, a franchi une étape critique à la suite de la signature d’accords financiers à Nairobi Présenté comme le futur plus important parc éolien en Afrique, mais retardé en raison de difficultés financières, le projet de centrale éolienne du lac de Turkana, au Kenya, baptisé « Lake Turkana Wind Power Project » (LTWP), devrait pouvoir démarrer en juin suite à l’apport de près de 500 millions d’euros de financements sous forme de dette. Le reste des quelque 623 millions d’euros nécessaires au lancement du projet sera apporté sous forme de capital par l’ensemble des autres partenaires. Ces partenaires incluent notamment les agences de développement néerlandaise (FMO), finlandaise (Finnfund) et danoise (IFU) ainsi que le fabricant danois de turbines Vestas et KP&P, un investisseur local. Le syndicat de banques est quant à lui dirigé par la Banque africaine de développement (BAD) et comprend les banques sud-africaines Standard Bank et Nedbank, la Banque européenne d’investissement (BEI) et les bailleurs allemand et français DEG et Proparco. Ce projet d’une puissance totale de 300 mégawatts (MW) fait également partie du programme énergétique soutenu par les États-Unis. Annoncé l’an dernier par le président américain Barack Obama, ce dernier vise à mettre à la disposition de l’Afrique subsaharienne plus de 10000 MW d’électricité. En outre, le LTWP a signé un accord d’achat d’électricité d’une durée de 20 ans avec le gouvernement du Kenya par l’intermédiaire de Kenya Power, son entité de fourniture d’électricité. Le projet devrait produire 100 MW dès 2016 tandis que le complément de 200 MW devrait être mis en œuvre dans les 32 mois suivants. Le site est situé sur la berge sud-est du Lac Turkana, entre deux montagnes élevées du corridor de Turkana. Diversifier le mix énergétique Le LTWP permettra d’aider à diversifier le mix énergétique du Kenya et de réduire la dépendance du pays à la production d’électricité issue des générateurs alimentés au pétrole et au diesel. Chaque année, le gouvernement du Kenya pourrait économiser jusqu’à 150 millions de dollars US sur sa facture d’importation de carburant. À elle seule, la contribution fiscale du LTWP au Kenya s’élèvera à environ 27 millions de dollars US par an et à 548 millions de dollars US sur la durée de l’investissement. Au Kenya, l’électricité est principalement produite à partir de sources hydroélectriques, thermiques et géothermiques. La production éolienne représente pour l’instant moins de 6 MW de l’ensemble de ces installations. Actuellement, l’électricité d’origine hydroélectrique constitue plus de 52 % des installations en service au Kenya et provient de plusieurs centrales gérées par la KenGen (Kenya Electricity Generating Company), mais est fortement soumise aux aléas climatiques.

Inga 40.000 MW pour le plus grand complexe au monde

En République démocratique du Congo, en revanche, il n’y aura pas de conflit avec les voisins, parce que le fleuve qui a donné son nom au pays n’est pratiquement partagé avec personne, sauf dans une petite partie avec l’autre Congo, celle qui a Brazzaville comme capitale. Et visiblement, il n’y a pas non plus de problème lié au financement. En effet, le projet associé des partenaires de taille. C’est en 2013 que le Congo et l’Afrique du Sud ont signé à Paris un accord pour construire le plus grand complexe hydraulique du monde, avec l’aide de l’Agence française de développement (AFD), de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de la Banque mondiale. EDF et GDF Suez sont en charge de l’ingénierie.
Le 18 mai 2013, le président de la Banque mondiale, Jim Kim, a visité le Congo et a annoncé que la Banque augmenterait son financement dans les années à venir pour la construction de grands barrages. Promesse qui s’est concrétisée avec la signature d’un traité de coopération entre la RDC et l’Afrique du Sud à Paris en mai 2013. L’entreprise Lahmeyer venait d’achever une étude de faisabilité qui a convaincu le gouvernement congolais, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), mais également l’Agence française de développement que les impacts seraient minimes.
Ce traité fait de l’Afrique du Sud le principal acheteur de l’énergie générée par la future centrale Inga III, première phase du projet Grand Inga. Soit 2 500 MW sur les 4800 MW prévus. Le reste sera vendu à des compagnies minières congolaises, solution qui permettra d’orienter la consommation des industries vers les ménages. Car faut-il le rappeler, à Kinshasa, sur dix millions d’habitants, moins de 30 % ont accès à l’électricité et ce taux n’est que de 1% dans les zones rurales. De plus, 10 % seulement en disposent 24 h/24.

Par ailleurs, il convient de noter qu’il existe déjà sur le fleuve Congo deux barrages Inga I de 351 MW et Inga II de 1424 MW construits en 1972 et 1982. Ils n’ont malheureusement jamais pu fonctionner correctement en raison de l’absence de maintenance, des années de guerre, du manque de compétences nécessaires, de la corruption et de la mauvaise gestion. La réhabilitation de Inga I et II est en cours et doit être achevée en 2016, pour un coût de 883 millions de dollars, soit plus de quatre fois les estimations de la Banque mondiale en 2003.
La réhabilitation des barrages inclura le remplacement et la rénovation des turbines ainsi que la construction d’une deuxième ligne électrique à Kinshasa pour permettre à 35000 consommateurs d’avoir du courant. Le réseau Inga Kolwezi qui opère à 25% de sa capacité sera également réhabilité. Au moins 12 milliards de dollars US seront nécessaires pour la construction d’Inga III et 80 milliards de dollars US pour l’ensemble du projet Grand Inga. Au final, il est attendu 80.000 MW, ce qui en fera le plus grand complexe pour la production d’électricité dans le monde. Le démarrage de la construction de la première phase est prévu en 2015.
Quoi qu’il en soit, l’Afrique a véritablement décidé de prendre son destin en main en matière de production d’électricité. Et les projets d’envergure existent du nord au sud du continent. Le Kenya colle à l’éolien, les pays de l’OMVS sont solidement attachés à la solution hydroélectrique, l’Angola mise sur les centrales thermiques, etc. De plus, l’initiative, Africa Power, de Barack Obama, devrait être une solution aux problèmes liés au financement. Il restera néanmoins, une question fondamentale à laquelle ces projets doivent s’atteler à répondre. Il s’agit surtout de la rentabilisation des fonds colossaux investis, laquelle rentabilisation passe par la bonne gouvernance, mais également par la fixation des tarifs convenables. Car, c’est tout excitant de lancer des projets pharaoniques, mais encore faut-il savoir les pérenniser afin que l’offre puisse toujours satisfaire une demande qui ne cesse de progresser à deux chiffres du fait de la croissance économique et l’exode rural.

Ethiopie: d’abord dans le vent.

Avant de le début de l’exploitation de son barrage gigantesque sur le Nil, l’Ethiopie a d’ores et déjà commencé l’exploitation de ce qui est pour l’heure le plus grand parc éolien du continent Avec l’inauguration le 26 octobre 2013 de la ferme éolienne d’Ashegoda, développée par une PME française, l’Ethiopie conforte sa place de leader africain sur le marché de l’énergie verte. La plus grande ferme éolienne d’Afrique sub-saharienne a été inaugurée à Ashegoda, dans le nord de l’Ethiopie. Cette nouvelle centrale, comptant 84 turbines installées sur 100 km2, dispose d’une puissance de 120 MW, soit 400 GWh distribués par an. Elle s’inscrit clairement dans l’ambition affichée par le pays d’Afrique de l’Est de développer sa production énergétique de façon propre et durable. Le projet a été mené par la PME française Vergnet, installée dans le Loiret, dont le chiffre d’affaires (117,9 millions d’euros en 2012) a été très largement boosté par le contrat signée avec EEPCo, la compagnie nationale d’électricité éthiopienne : la structure a coûté 210 millions d’euros, un financement réalisé grâce à l’Agence française de développement (AFD) et un pool de banques françaises. Lors de l’inauguration en grande pompe retransmise en direct à la télévision nationale, le chef du gouvernement éthiopien, les représentants de Vergnet et l’ambassadrice de France se sont tous félicités de voir l’Ethiopie conforter son rôle de leader africain sur le marché de l’énergie verte et particulièrement éolienne. Tous ont aussi mis en avant la qualité de la collaboration entre les différents acteurs sur le projet – le Premier ministre Hailemariam Desalegn appelant même directement les « entreprises françaises à investir davantage dans le pays ».

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