Dernières nouvelles
Accueil » Dossier du mois » Entretien avec Andrew Alli, P-DG d’Africa Finance Corporation

Entretien avec Andrew Alli, P-DG d’Africa Finance Corporation

“La viabilité passe par la rentabilité”

• Selon le P-DG d’Africa Finance Corporation (AFC), le plus important fonds d’investissement dans les infrastructures en Afrique, seuls les projets rentables sont viables

• Le Taux de rendement interne (TRI) des investissements dans l’électricité est de l’ordre de 15 à 20%, ce qui est largement plus faible que les autres secteurs comme le pétrole ou le gaz

• AFC vient de financer la privatisation de plusieurs actifs de production d’électricité au Nigeria, mais il est aussi présent dans plusieurs autres pays et est le plus important partenaire africain de l’Initiative d’Obama, Africa Power

Andrew Alli, P-DG AFC

AFRIMAG : En tant qu’organisation financière, quelle est votre appréciation de la rentabilité des projets d’énergie sur le continent ?
Andrew Alli : La rentabilité des projets énergétiques est en grande partie liée à la branche considérée. Son appréciation doit tenir compte du fait que le projet est destiné à la production ou au transport énergétique. De même, la rentabilité est fonction de la source énergétique qui peut-être du pétrole, du gaz, du charbon, de l’hydraulique, de la géothermie ou encore de l’éolien ou du solaire. Néanmoins, plusieurs facteurs font qu’il y a une absence d’expérience probante du privé en matière d’investissement dans le secteur de l’énergie. En effet, les différents cadres réglementaires ne sont pas encore favorables à l’ouverture aux investisseurs. De plus, le niveau d’investissement requis est assez significatif, ce qui limite l’entrée de nouveaux acteurs privés. Compte tenu de tout ceci, pour le moment, il y a peu de pays sur le continent dans lesquels la rentabilité de l’investissement privé a été évaluée, sauf dans quelques marchés tels que le Kenya et l’Afrique du Sud.
Toutefois, par rapport à d’autres secteurs, du point de vue du retour sur fonds propres, la rentabilité est plutôt faible dans le secteur électrique. Le taux de rendement interne est de l’ordre de 15 à 20% seulement pour les projets électriques. C’est pourquoi le soutien du gouvernement et les incitations sont essentiels aux projets de construction de centrales, afin, à la fois, de limiter les risques et d’augmenter la rentabilité.
L’énergie est une composante essentielle des infrastructures, en ceci qu’elle est indispensable pour stimuler la croissance économique. Néanmoins, l’impact socio-économique des projets électriques tend à être une source de satisfaction pour de nombreux investisseurs, notamment les gouvernements. Mais, si l’on se contente uniquement de cet impact, l’absence de rentabilité financière voue à l’échec de tels projets. Afin de s’inscrire dans la durabilité, les tarifs d’électricité doivent être fixés de manière à assurer une rentabilité convenable du secteur, tout en minimisant le risque.
Mettons cela en perspective. Il faut en moyenne cinq ans pour construire une centrale électrique avec des rendements de 15-20%. En attendant, je pourrais facilement acheter des bons du Trésor ou des obligations d’État offrant un rendement de 8% à 14% par an, selon le pays où l’on se trouve sur le continent, sans prendre aucun risque significatif.
Donc, dans le secteur de l’énergie, les rendements ne sont pas encore au niveau d’autres secteurs-clé qui tirent la croissance en Afrique comme le pétrole, le gaz et l’exploitation minière.

En général, la gestion de la production d’électricité est confiée à des organismes publics. A votre niveau, est-il plus facile de soutenir le privé ou bien travailler avec des entreprises publiques est moins risqué ?

Les privatisations en cours tendent à changer cette situation. Le secteur privé prend part dans le maintien et le développement des actifs électriques, laissant les autorités gouvernementales le soin de la politique énergétique et la réglementation.
Cela dit, le rôle d’AFC est de soutenir le secteur privé afin qu’il soit en première ligne dans le développement des infrastructures et cela fait partie de notre philosophie d’investissement. Par exemple, dans les réformes du secteur électrique au Nigeria, AFC a accompagné les agences gouvernementales.
Nous sommes aussi conseillers de la CBN concernant le fonds de 2 milliards de dollars destiné à investir dans l’électricité et l’aérien.

En Éthiopie, au Congo, au Kenya, en Angola, etc. il y a une longue liste de projets pharaoniques dédiés à l’électricité. AFC pourrait-il participer au financement de ces projets ? Et quelle est votre expérience dans ce domaine ?

Dans la mesure où ils sont bancables et qu’ils répondent à nos critères d’investissement, l’AFC sera prêt à y participer. Nous croyons en fait que les projets de 100 à 300 MW dont la réalisation prend entre 5 et 7 années avant d’entrer dans la phase de production, n’est pas une solution permettant de résoudre rapidement le problème posé par le déficit d’infrastructures dans le domaine électrique. A titre d’exemple, la Chine, au sommet de sa phase de développement a lancé des projets pour une capacité supplémentaire de 10.000 MW à son réseau. Le continent africain qui est encore en retard dans son développement, en particulier en ce qui concerne l’électricité, produit moins de 10.000 MW par an. Cela amène actuellement AFC à chercher à soutenir des projets d’envergue sur le continent. Nous avons une expérience non négligeable dans ce domaine et finançons déjà des projets électriques en Afrique. Rien que dans l’exercice 2013, nous avons accordé une ligne de financement de 68 millions de dollars US à Mainstream Energy Solutions Limited pour l’acquisition de la centrale hydroélectrique de Kainji. Nous avons également consenti un prêt de 55 millions de dollars US pour l’acquisition à travers Transcorp de Ughelli Power sans oublier notre investissement de 28 millions de dollars US dans l’achat de Benin Disco par Vigeo. Tout ceci s’est réalisé dans le cadre du processus de privatisation du secteur électrique nigérian.
Prenons en exemple, la centrale hydroélectrique de Kainji qui exploite deux usines, celles de Kainji et Jebba, et génère actuellement 25% de l’électricité fournie au réseau national.
Au moment de notre investissement, la production de 750 MW de Kainji était bien en dessous de la capacité installée de 1338MW. Nous avons fourni un financement de 68 millions USD. L’investissement permettra d’améliorer la production locale d’énergie renouvelable et fournira plus d’énergie propre à moindre coût au peuple nigérian tout en constituant un moteur de la croissance de l’offre en énergie renouvelable permettant de tirer vers le haut la fourniture d’électricité.
À l’avenir nous avons l’intention de tirer partie de l’expérience que nous avons acquise dans le marché nigérian connu pour sa complexité, afin d’étendre notre présence en tant que relais dans des projets d’énergie à travers l’Afrique. Et nous avons déjà fait de grands progrès à cet égard.

Africa Finance Corporation Andrew Alli Electricité Infrastructures investissement

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Impulse