Depuis fin juillet, la plateforme dédiée à la transformation locale des minerais et des métaux sur le continent africain A2MP tente de reprendre la main sur ce projet de mine de bauxite, véritable serpent de mer dont l’exploitation est bloquée depuis plus d’une décennie. Avec son offre de rachat des parts restantes de l’opérateur actuel du projet, Canyon Resources, A2MP entend prendre le contrôle total de Minim Martap.
Le 11 septembre, selon une déclaration déposée auprès de l’ASX (Australian Securities Exchange), A2MP a fixé un ultimatum. Son offre de 0,05 dollar australien par action est définitive et ne sera pas prolongée au-delà du 21 septembre 2026. Un bras de fer boursier qui intervient alors que ce gisement, censé devenir la première mine industrielle de bauxite du Cameroun, s’enlise depuis près de deux décennies sans avoir produit la moindre tonne.
Un gisement convoité depuis 2008, jamais mis en production
Dès 2008, les permis de Minim Martap et de Ngaoundal sont détenus par Hydromines Inc., rebaptisée depuis Cameroon Alumina Limited (CAL). En 2011, un comité est créé pour négocier une convention minière avec l’État, sans succès. En 2018, faute d’accord avec CAL, le Cameroun transfère les permis à Camalco, filiale de l’australien Canyon Resources, à charge pour elle de confirmer les réserves et de boucler les études de faisabilité. Cette chronologie est notamment détaillée par le média en ligne News du Cameroun (19.08.2026).
S’ensuit près d’une décennie où l’exploitation est sans cesse repoussée. D’abord envisagée pour 2022, l’échéance glisse ensuite au premier semestre 2026 puis au quatrième trimestre de la même année, avant que Canyon n’abandonne cet objectif fin août 2026, faute de financement suffisant. Le permis d’exploitation définitif, lui, n’a été délivré qu’en septembre 2024, seize ans après les premiers titres miniers. C’est le quatrième permis minier solide(bauxite, or, fer, manganèse, etc.) de l’histoire du pays, selon Business in Cameroon. Même une fois ce permis obtenu, il aura fallu bâtir toute la chaîne logistique d’évacuation depuis zéro, faute de rail existant. Canyon a dû prendre position dans le capital de Camrail et commander du matériel à l’étranger, arrivé seulement au printemps 2026. Un chantier à près de 253 milliards de francs CFA, qui s’est ajouté au calendrier de la mine.
Chaque année de retard représente un manque à gagner pour le Cameroun. Des emplois qui ne se créent pas, des revenus miniers qui n’entrent pas dans les caisses de l’État, et une entrée dans la production de bauxite sans cesse ajournée, alors que le pays en a fait une priorité économique.
L’arrivée d’A2MP, un pari sur l’expertise d’un acteur panafricain
A2MP détenait déjà une position majoritaire au capital de Canyon avant le lancement de son offre fin juillet. Projet aurifère de Baomahun en Sierra Leone, mines de manganèse de Nouvelle Gabon Mining,soutien de 300 millions de dollars accordé par FEDA – le bras d’investissement d’Afreximbank à A2MP… les fondateurs de l’entreprise entendent désormais miser sur leur expertise industrielle et minière africaine pour prendre le contrôle et accélérer la mise en production du gisement.
Une offre finale, mais sans garantie de succès
Le 11 septembre, A2MP qui estime donc être mieux placé que Canyon pour faire sortir Minim Martap de terre, a averti qu’il n’y aurait pas de nouveau délai. Son offre restera fixée à 0,05 dollar australien par action jusqu’au 21 septembre, sans prolongation.
Canyon persiste toutefois à rejeter l’offre, sur la base d’un rapport d’expert qu’elle a fait réaliser. Ce rapport estime que le projet vaut plus que ce que propose A2MP, notamment parce qu’il attribue une valeur importante à des réserves de bauxite qui resteraient exploitables après les vingt premières années d’exploitation.
Dans une déclaration publiée début septembre, A2MP conteste ces conclusions. Sur les réserves, elle rappelle qu’au rythme de production prévu, il faudrait plusieurs siècles pour les épuiser, bien après l’expiration du permis minier en 2044. Sur la méthode de calcul, elle pointe une incohérence: le même expert valorisait la part de Canyon à 80 millions de dollars australiens en février, avant de la ramener à 27 millions six mois plus tard, sans qu’aucun événement particulier ne l’explique. Quant à la hausse de valorisation globale du projet, de 521 à 538 millions de dollars, A2MP l’attribue à un simple changement de méthode de calcul, plutôt qu’à une amélioration réelle du projet.
Pour appuyer sa position, A2MP rappelle aussi que le propre document de Canyon révèle plusieurs difficultés concrètes. Un coût de transport de la bauxite désormais jugé pénalisant, un budget de construction revu à la hausse, un calendrier repoussé à plusieurs reprises, et une banque partenaire qui a suspendu ses versements en attendant un audit complet.
À ce jour, A2MP ne détient que 56,63 % du capital. En cas d’échec de cette offre de rachat, le projet de Minim Martap resterait alors en partie dans les mains de Canyon, avec autant d’incertitudes sur son financement et calendrier.
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