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Ces entreprises africaines qui ont misé sur la RSE

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Les considérations sociales et environnementales s’invitent de plus en plus à l’ordre du jour des entreprises africaines.  La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) – ou Responsabilité sociale et environnementale- commence à devenir une politique transversale, s’immisçant dans la moindre décision. On voit même fleurir des labels, où les patrons ont bien compris que, au-delà de l’image, intégrer ces notions peut être générateur de business. Image, acceptabilité locale, cohésion sociale, culture d’entreprise, gouvernance… Le champ d’action est vaste.  Mais comment ce concept, selon lequel les entreprises doivent intégrer les dimensions sociales et environnementales dans leurs activités, se décline-t-il dans le management des entreprises africaines ? Que gagne une entreprise à respecter la RSE ? S’agit-il d’un effet de mode ou d’un véritable engagement de l’entreprise? Peut-on parler de l’émergence d’un modèle RSE africain ? Tour d’horizon des entreprises africaines qui ont parié sur la RSE.

 

Dossier réalisé par Mohamed Ould Salem

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RSE, Ecoconception

Effet de mode, poudre aux yeux ou véritable changement de paradigme ? La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) suscite autant d’intérêt que de controverses. Néanmoins, elle se propage depuis un peu plus d’une décennie sur tous les continents et transforme l’entreprise. De plus en plus de sociétés privées prennent en compte les intérêts de leurs parties prenantes, et intègrent des préoccupations environnementales, sociales et de gouvernance à leurs activités. Le mouvement de la RSE est en marche, et pour l’accompagner, les grandes organisations internationales ont fait émerger des lignes directrices, des normes, des standards qui offrent autant de référentiels sur la RSE pour le secteur privé.

« En Afrique, la RSE est peu connue que ce soit des autorités publiques ou des dirigeants d’entreprises (…). D’une façon générale, il règne en Afrique plus une culture  de mécénat qu’une culture de la RSE. Les entreprises sont par exemple très fortement sollicitées pour des investissements sociaux communautaires, lors de catastrophes naturelles ou dans le domaine de la santé ou de l’éducation, estime Philippe Barry, Consultant spécialisé en RSE et fondateur de « l’Initiative RSE Sénégal », qui intervenait dans une étude réalisée par Proparco.

Pourtant, une nouvelle dynamique est bel et bien à l’œuvre depuis quelques années : les initiatives en matière RSE se multiplient et sont porteuses d’opportunités pour le développement. «Dresser un état des lieux précis de la RSE en Afrique demeure néanmoins aujourd’hui difficile, en partie car l’appréhension du concept sur le continent est récente et que nombre d’entreprises africaines mettent en place des démarches RSE sans les formaliser comme telles. On observe depuis quelques années une progression de la RSE en Afrique», souligne Philippe Barry.

Aujourd’hui, outre les filiales des multinationales, des entreprises locales commencent à s’engager dans des démarches de RSE. « Les initiatives fleurissent : des réseaux d’entreprises, des formations spécialisées, des labels qui favorisent la diffusion locale de savoir-faire. Les chambres de commerce, la société civile, les médias s’emparent également du sujet et les Etats adoptent peu à peu des cadres règlementaires pour inciter les entreprises à s’engager sur la voie du développement durable.

« Un nombre croissant d’initiatives dans le domaine de la formation à la RSE voient le jour : l’Institut de la Francophonie pour le développement durable et l’Université de l’École d’administration publique du Québec développent par exemple pour les États africains un programme national en développement durable et responsabilité sociétale des organisations (PIDDRSO) qui donne lieu à des sessions de formation dans les pays d’Afrique francophone. L’Institut des Sciences de l’environnement de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, avec l’appui de l’Initiative RSE Sénégal, a mis en place une formation diplômante en RSE (niveau Master) », fait constater le Consultant spécialisé en RSE et fondateur de « l’Initiative RSE Sénégal ».

Initiée en 2012 par l’Initiative RSE Sénégal et par le Conseil national du patronat (CNP), la Charte RSE et développement durable des entreprises a été élaborée par 11 entreprises de différents secteurs (mines, industrie, BTP, banque, hôtellerie, etc.) en tenant compte à la fois de leurs préoccupations communes et des enjeux du développement durable au Sénégal. La Charte définit ainsi sept engagements à minima que doit prendre toute entreprise du Sénégal, quelle que soit sa taille, pour s’inscrire dans les lignes directrices d’une politique de RSE. Le premier engagement porte sur la nécessité de définir et de partager en interne et avec les parties prenantes des valeurs correspondant aux principes éthiques et de bonne gouvernance. Les signataires s’engagent aussi à préserver les ressources naturelles, à atténuer la pollution ; elles doivent appuyer le développement d’une économie verte au Sénégal. Ainsi, plusieurs entreprises signataires ont sous-traité la collecte et la valorisation de leurs déchets à de petites entreprises locales. Les entreprises signataires doivent contribuer à la lutte contre le chômage des jeunes et à la formalisation de leurs secteurs – deux préoccupations majeures en Afrique – en mettant en œuvre des politiques d’achat local privilégiant la contractualisation avec des micro-entreprises et des PME engagées elles-mêmes dans la RSE et potentiellement créatrices d’emplois. Elles doivent respecter le principe de légalité en ce qui concerne les conditions de travail et les questions liées aux droits humains. Elles doivent aussi privilégier un engagement communautaire qui va au-delà du simple mécénat en s’impliquant dans de véritables projets RSE structurants, à fort impact. Enfin, l’entreprise signataire doit rendre compte en toute transparence de ses actions réalisées dans le domaine de la RSE et publier périodiquement un document en justifiant le bien fondé.

En Afrique, il y a des pionniers,  comme le Groupe OCP au Maroc ou Sifca en Côte d’Ivoire. Autre avancée : la création du réseau Kilimandjaro, en novembre 2012, pour « africaniser » la RSE.  Il s’agit en fait du premier réseau panafricain de RSE. Son objectif : pallier le manque de formations adaptées aux enjeux de la RSE dans le contexte africain. Mais le déploiement de l’économie responsable se heurte à divers obstacles, notamment pour les PME. Confrontées à de nombreuses difficultés quotidiennes, combien d’entre elles peuvent envisager de dépenser 15 000 à 20 000 euros pour une étude d’impact social et environnemental ? Et quid de la question de la gouvernance, encore largement taboue ?

« L’idée selon laquelle les entrepreneurs à la tête de PME  ne s’intéressent pas à la responsabilité sociétale, qui reste l’apanage des grands groupes, est largement répandue, aussi bien dans les pays développés qu’en Afrique. Indéniablement, les PME africaines disposent rarement de politiques de RSE formelles et des ressources financières ou humaines indispensables à leur mise en place. Leurs pratiques environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) sont de fait loin d’être toujours rigoureuses. Pourtant, les entrepreneurs africains que nous côtoyons ont très souvent l’ambition d’agir en faveur du développement de leur pays, autant que celle de réussir », précise Élodie Nocquet, Responsable des questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) et de la mesure de l’impact chez Investisseurs et Partenaires (I&P).

Se pose aussi le problème de l’absence de cadre réglementaire et de l’inadéquation du modèle occidental. « On reproduit des formes de RSE sans les contextualiser, regrette Alexandre Wong, Coordonnateur du réseau « RSE & interculturalité ».

« Cette RSE un peu marchandée ne tient pas assez compte des cadres sociaux et culturels africains. », indique-t-il.

 En matière de RSE, le Maroc fait clairement figure de bon élève sur le continent. Mis en place en 2006, son label est totalement conforme à la norme internationale ISO 26000, qui donne aux organisations les lignes directrices de la RSE. Délivré par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), ce label requiert une évaluation de l’entreprise candidate par un cabinet indépendant. Un comité d’accréditation délivre ensuite le sésame pour une période de trois ans, avec une évaluation à mi-chemin. Ainsi, plus d’une centaine d’entreprises marocaines sont labellisées. Au Maroc également, beaucoup de grandes entreprises sont dans une démarche de RSE sans passer par une labellisation. 

En Tunisie, le concept gagne du terrain. À défaut de démarche unifiée, la coopération technique allemande (GIZ) et le Centre international des technologies de l’environnement de Tunis (Citet) aident une trentaine d’entreprises à se conformer au référentiel du Pacte mondial des Nations unies.

L’enjeu de ces prochaines années sera donc d’accompagner le développement à grande échelle de la RSE sur le continent africain, ce qui représente un défi de taille pour des économies encore largement informelles. Dans un contexte de fortes demandes sociales et de fragilité des recettes publiques, la RSE représente une opportunité pour l’Afrique : celle de servir un développement durable et inclusif. En adoptant de meilleures pratiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), les entreprises peuvent non seulement réduire les externalités négatives de leurs activités (par exemple en luttant contre les accidents de travail ou la pollution des eaux usées) mais également optimiser leur impact positif sur le développement (par exemple en mettant en place une assurance santé pour les employés ou leur famille). Une démarche RSE peut également procurer d’importants bénéfices aux entreprises -en leur ouvrant les marchés internationaux, en leur assurant un avantage concurrentiel, en renforçant la mobilisation des employés, en réduisant les coûts de consommation d’énergie, d’eau, etc.- à condition de consentir un investissement de départ nécessaire à la réalisation d’études d’impact, d’audits et à la mobilisation de moyens humains notamment. Pour changer les pratiques ESG en profondeur, il faut également que la démarche RSE soit placée au cœur de la stratégie de l’entreprise, qu’elle soit portée par son dirigeant et appropriée à tous les niveaux de l’organisation.

OCP au plus près des agriculteurs du continent

Pionnier de la RSE au Maroc, le Groupe OCP dispose de la plus grande et de la plus ambitieuse stratégie de la Responsabilité sociale de l’entreprise au Maroc. Il poursuit son engagement social et citoyen en faveur de son écosystème en activant une large panoplie d’actions témoin de son implication transversale tant sur le plan social, entrepreneurial, éducationnel qu’environnemental. Il soutient de nombreuses initiatives et programmes d’entrepreneuriat social au Maroc et en Afrique. Des actions portées par ses diverses entités (Fondation OCP et Fondation Phosboucraa, sites industriels, Université Mohammed VI Polytechnique etc.) et qui font du Groupe OCP l’un des plus importants acteurs en la matière sur le plan national et continental. Il faut dire que le Numéro 1 mondial des phosphates a depuis toujours été impliqué dans le développement social et responsable de ses territoires d’implantation. Un intérêt particulier est accordé aux projets agricoles, d’infrastructure, de santé, d’éducation et de développement durable. A travers sa filiale OCP Africa, le Groupe OCP accompagne l’essor de l’agriculture africaine grâce notamment à des programmes d’aide ciblés ayant atteint des dizaines de milliers de fermiers. En effet, des projets de développement d’OCP Africa tels qu’OCP School Lab et Agribooster ont atteint environ plus de 100 000 agriculteurs africains. En ce qui concerne le programme Agribooster, il s’agit d’une solution inclusive qui rassemble plusieurs acteurs du secteur agricole afin de réunir les conditions nécessaires à l’augmentation pérenne des rendements et des revenus des agriculteurs. Ce programme a atteint des dizaines de milliers d’agriculteurs en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Sénégal, au Ghana, au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, au Togo, en Ethiopie, à Madagascar et au Kenya.

Quant à OCP School Lab, c’est un laboratoire d’analyses de sol mobile fournissant aux agriculteurs des tests de sols, des recommandations d’utilisation d’engrais mais aussi une formation aux bonnes pratiques agricoles. A ce jour, il a permis de former près de 100.000 agriculteurs aux bonnes pra-

tiques agricoles et de conseiller près plus de 30 000 fermiers sur l’usage du bon engrais. OCP School Lab est ainsi parvenu à soutenir les initiatives gou- vernementales dans 6 pays africains, à savoir la Côte d’Ivoire, le Nigéria, le Kenya, le Togo, le Ghana et le Burkina Faso. Au Maroc, le Groupe OCP accompagne notamment le développement économique et urbanistique des villes dans lesquelles il dispose d’une présence. Il mène plusieurs projets innovants de villes durables et écoresponsables dans plusieurs régions du Maroc. C’est le cas notamment de la technopole Foum El Oued dans les régions du sud, du projet du Pôle urbain de Mazagan (PUMA) dans la province d’El Jadida ou encore de la ville verte Mohammed VI de Benguerir conçue autour du savoir académique et de la recherche. Il soutient également l’employabilité et la formation dans ces régions grâce notamment à l’activité des centres OCP Skills. Cette initiative est née de la volonté d’offrir aux jeunes des régions où le Groupe est implanté des espaces, conviviaux et intégrés, de formation, d’encadrement, d’information sur l’emploi, de loisirs, d’encouragement des projets associatifs et de promotion d’activités diverses. A titre d’exemple, le Rhamna Skills a accompagné la startup Daoui Douari. Il s’agit d’un projet qui ambitionne de développer des lampadaires solaires issus de produits recyclés (lampadaires sans câblage, alimentation électrique 100% autonome, énergie propre et 100% renouvelable), ainsi qu’un frigidaire solaire au profit des régions les plus reculées. Le Groupe OCP a fait de la RSE une priorité de son action citoyenne. En témoigne d’ailleurs l’activité intense de ses fondations. Ces structures sont particulièrement impliquées dans le cadre de l’accompagnement des agriculteurs en vue de l’émergence d’une agriculture durable, génératrice de valeur ajoutée et respectueuse de l’environnement. Des actions ciblées sont proposées aux agriculteurs dans le cadre des caravanes OCP et ce tant sur le plan national que continental. A la clé des formations, un accompagnement technique et scientifique et une cartographie de la fertilité des sols.

A fin 2017, 105.000 agriculteurs ont pu bénéficier de l’action d’accompagnement de la Fondation OCP au Maroc et à l’international. En Afrique, la Fondation a intensifié son activité avec des actions ciblées au Burkina Faso, en Gambie, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Ethiopie, au Togo, au Rwanda, au Madagascar, au Libéria, en Guinée Conakry et au Sierra Leone. Parmi les nombreuses initiatives lancées par le Groupe OCP en soutien aux petits entrepreneurs figure le programme OCP Entrepreneurship Network (OCPEN) qui permet l’accompagnement et l’accélération de l’entrepreneuriat citoyen estudiantin et l’appui aux coopératives, ONG, fondations et associations de l’économie sociale et solidaire. Les entrepreneurs ciblés sont des personnes vivant dans l’exclusion, la précarité et les zones cloisonnées comme dans le cas des populations situées dans certaines zones rurales, les personnes en situation d’handicap ou analphabètes. L’enjeu étant d’autonomiser ces populations en valorisant leurs savoir-faire et les atouts existants pour saisir les opportunités notamment économiques.

Fondation Banque populaire a mis en place un programme Éco-Schools

Fondation Banque populaire a mis en place un programme Éco-Schools

Le Groupe Banque Populaire mise sur les valeurs de mutualité et de solidarité

Fondé sur des valeurs de mutualité et de solidarité, le Groupe Banque Populaire porte naturellement les principes de la responsabilité sociale d’entreprise. Ancré dans son modèle coopératif et mutualiste, le choix volontariste du groupe bancaire marocain trouve ses origines dans l’ADN même de la banque tournée depuis toujours vers le développement du pays et la lutte contre la précarité et la pauvreté, aussi bien au Maroc qu’en Afrique subsaharienne. A travers ses banques régionales et ses fondations à forte incidence sociale, le Groupe Banque Populaire a développé une démarche éthique déployée auprès de sa clientèle, ses sociétaires, ses fournisseurs, son capital humain et ses autres partenaires, tout en agissant dans le respect de l’environnement. C’est ainsi qu’en 2018, il s’est vu décerner par l’agence Vigeo Eiris, leader européen de notation extra-financière, et la Bourse de Casablanca, le prix «Top Performers RSE» après avoir obtenu les scores les plus élevés dans les domaines : «Information aux clients», «Orientation responsable des contrats et respect des droits des clients» et «Assurance de traitement équitable des actionnaires». Cette

ligne de conduite est fondée sur la politique environnementale et sociale du Groupe Banque Populaire adoptée en 2011, sur la prise en compte des risques sociaux et environnementaux dans l’octroi des prêts aux entreprises et l’adoption, en interne, des meilleures pratiques dans la gestion environnementale et la gestion des ressources humaines, la prise en compte des questions de durabilité pour l’achat des biens et services internes, l’éducation à l’environnement, le financement des énergies renouvelables, etc. Le but étant de rehausser ses pratiques aux meilleurs standards internationaux tout en répondant aux nouvelles attentes des parties prenantes. Au début des années 2000, une autre dimension s’est greffée aux actions citoyennes de la RSE : c’est le financement dont notamment les projets d’énergie éolienne. Acteur de premier plan en matière de financement de la transition énergétique, le Groupe Banque Populaire s’est engagé fermement pour l’environnement en réduisant sa propre empreinte environnementale. En 2011, sa démarche RSE a

été renforcée avec la mise en place du Système de gestion des risques environnementaux et sociaux (SGES). Sur le plan de l’éducation et de la sensibilisation des nouvelles générations à la protection de notre planète, la Fondation Banque populaire a mis en place un programme Éco-Schools.

SIFCA joue à fond la carte de la RSE

Un engagement fort en faveur du développement durable Fondé en 1964, SIFCA est l’un des principaux groupes agro-industriels intégrés d’Afrique de l’Ouest. Basé en Côte d’Ivoire, il est engagé dans la production, la transformation et la distribution de sucre de canne, d’huile de palme et de caoutchouc naturel. Depuis 2007, le groupe SIFCA, convaincu de la RSE, s’est engagé dans une démarche de développement durable. Selon Franck Eba, Directeur de l’Unité Agricole Intégrée, Sucrivoire – Groupe SIFCA, à cette époque, bien peu d’entreprises africaines s’étaient emparées de ces questions et SIFCA, en anticipant le mouvement1, faisait figure de pionnier. Le groupe a fait appel au cabinet international Ernst & Young pour réaliser un diagnostic des impacts sur l’environnement de ses activités, des conditions de travail des employés et des relations avec les communautés locales. Une direction « développement durable » a ensuite été instaurée au niveau du groupe, puis un séminaire de structuration et de lancement de la démarche, lancé la même année, a abouti à la désignation d’un responsable RSE dans chaque filiale. Tous les directeurs et secrétaires généraux des filiales ainsi que les responsables RSE ont participé au travail collectif de définition de la stratégie de développement durable. Une organisation adaptée (Encadré) a alors été mise en place pour articuler l’ensemble de la démarche. Il faut dire que pour un groupe agro-industriel implanté en Afrique subsaharienne et de son envergure, une bonne gestion environnementale et sociale est aussi un levier de performance. Par exemple, maîtriser la consommation des ressources naturelles, réduire la pénibilité au travail, limiter les accidents – et donc les absences – contribuent à réduire les coûts opérationnels. C’est de plus un gage de pérennité. En effet, la continuité de l’activité du groupe dépend étroitement de la qualité de ses relations avec les petits planteurs – qui assurent son approvisionnement agricole à hauteur de 60 %. L’accès aux matières premières étant un enjeu capital, il est en outre essentiel de nouer des relations de confiance avec les communautés locales à proximité des sites de production. Le groupe SIFCA est par ailleurs tributaire du respect de l’environnement, qui conditionne sa production agricole.

Région de Houndé. Récolte du Coton.

Région de Houndé. Récolte du Coton.

Sodefitex, un des pionniers de la RSE au Sénégal

La Sodefitex a été créée le 15 mars 1974 comme société anonyme à participation publique majoritaire (77,5%), Société régionale de Développement Rural du Sénégal Oriental autour de la filière cotonnière. Le 13 novembre 2003 au terme de deux années de négociations entre l’Etat du Sénégal et l’actionnaire minoritaire d’alors, la Sodefitex passe sous le contrôle du groupe DAGRIS (Développement des Agro-industries du Sud) nouvelle dénomination de la CFDT, devenue GEOCOTON en 2008 en même temps qu’elle était privatisée par l’Etat Français. Le capital de la Sodefitex passe de 750 millions à 3 milliards de francs CFA. Dans le même temps, pour marquer son ancrage dans le développement durable, elle change de Dénomination sociale et devient la Société de Développement ET des Fibres Textiles. De son cheminement historique, en particulier de son origine de société régionale de développement rural intégré découlent une vision et des missions qui apportent à travers ses métiers une valeur ajoutée indéniable à la société toute entière. Les gênes du Développement Durable et de la Responsabilité Sociétale d’Entreprise (RSE) sont de ce fait intimement inscrits dans l’ADN de la Sodefitex. Il faut dire que cette dernière est un acteur majeur du développement de la production cotonnière et vivrière au Sénégal. Elle contribue à la Sécurité alimentaire, à la stabilité des populations et au développement rural, économique, social comme culturel des zones polarisées par ses usines. Son approche unique et éprouvée permet l’émergence économique rurale notamment grâce à la formation des producteurs agricoles aux meilleures pratiques culturales, la fourniture d’intrants à crédit, la garantie d’achat de la production avant les semis, la transformation locale en fibre, huiles et aliments du bétail, le contrôle qualité, la logistique etc. Cette approche durable, de proximité répond précisément aux enjeux actuels et futurs de l’Afrique. Convaincus que « L’avenir du monde se joue en Afrique, le Groupe s’est doté d’une Fondation, la «Fondation GEOCOTON», accompagne le développement des cultures agricoles en Afrique par la formation et le soutien aux cultivateurs, mais aussi en participant à l’amélioration des infrastructures locales. La recherche continue de la qualité des produits et services, la préservation active des risques professionnels et la maîtrise de ses impacts environnementaux sont parties intégrantes de son plan stratégique. La mise en œuvre de son système de management intégré Qualité Sécurité Environnement a permis de réaliser à Sodefitex de réaliser des avancées considérables dans ce domaine. Pour l’entreprise, il s’agit aujourd’hui de Sodefitex dès que les conditions économiques le permettront. De par son activité très dépendante de la pluviométrie et des changements climatiques, l’enjeu environnemental est perçu par la Sodefitex comme un enjeu majeur et une préoccupation essentielle quant aux impacts sur les résultats économiques de l’entreprise. La principale usine d’égrenage de la Société est certifiée ISO 14001 version 2015 justifiant ainsi de son engagement en faveur des questions d’environnement, tant sur le plan réglementaire que sur le plan normatif. La Sodefitex est inscrite dans une politique d’économie circulaire des déchets avec notamment : au niveau de l’usine de Vélingara avec l’investissement dans une station d’épuration qui permet de récupérer les eaux usées générées par le process, et aussi des partenariats conclus avec des entreprises de la place (Sococim et Srh) pour la valorisation respectivement, des semences déclassées, des pneus, des huiles usagées.

Biotropical

Biotropical : Une démarche RSE inédite pour une PME

Produire bio au Cameroun ? À la fin des années 1980, l’idée pouvait sembler saugrenue. Quarante ans après, elle a fait son chemin, comme l’illustre la réussite de Biotropical. Cette PME spécialisée dans la production et l’exportation de fruits tropicaux issus de l’agriculture biologique a multiplié son chiffre d’affaires par 3. Ses clients sont des importateurs basés en Europe, et des grossistes spécialisés dans l’agriculture biologique.  Biotropical a d’autres missions, sociales et économiques, sur le continent, comme mener à bien le développement du bio auprès des petits producteurs. Ils sont 80 à l’approvisionner en mangues, papayes, bananes et ananas. Presque tous sont propriétaires de plantations reculées, éloignées de toute pollution, localisées dans les provinces du littoral, de l’Ouest, du Sud et du Nord-Ouest. En 2011, 23 % des charges de Biotropical ont été consacrées à leur soutien, notamment pour les former aux techniques de base de l’agriculture biologique. Dans ces zones, l’emploi salarié est rare, la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Aujourd’hui, Biotropical a noué des relations de coopération avec plusieurs centres de recherche et des universités. Il s’agit notamment de l’ENSAI (Ecole Nationale Supérieure des Sciences Agroindustrielles) de N’Gaoundéré au Cameroun, l’Université de Dschang au Cameroun, l’Université de Gembloux en Belgique, le CIRAD de Montpellier, l’Observatoire Régional des Fruits et Légumes d’Afrique de l’Ouest et du Centre ainsi que le Centre de Développement des Entreprises. Les perspectives de Biotropical sont également ambitieuses. Elles portent sur l’augmentation des surfaces en production dans la société et chez les petits producteurs, mise en place de cluster, agriculture mécanisée par bassin de production, l’évolution de l’outil de production en privilégiant les sources d’énergies alternatives (photovoltaïque, biomasse et biométhane), contribution à l’émergence du bio au Cameroun et ailleurs en Afrique, accroissement des échanges avec les instituts de recherche sur l’agriculture biologique et le commerce équitable, recherche de financement innovant (éthique, finance verte), formation et renforcement des capacités des collaborateurs. La société consacre près du quart de ses charges au soutien des petits producteurs locaux. Ce n’est pas u hasard si le prix de la “meilleure démarche RSE pour la PME” en Afrique avait été accordé à l’entreprise Biotropical en 2011, lors du 1er forum international des pionniers de la RSE en Afrique organisé par la GICAM, principale organisation patronale du Cameroun, et l’Institut Afrique RSE.

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