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Côte d’Ivoire : Noix de cajou, savoureux business, mais délicat !

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A côté du cacao, du café, de l’hévéa, du palmier à huile, l’anacarde cultivé essentiellement dans la partie septentrionale du pays, occupe désormais une place importante dans  l’économie ivoirienne.

AnacardeLa campagne de commercialisation de la noix de cajou a été ouverte, le 15 février 2016. Et déjà les producteurs se frottent les mains. Le prix du kilogramme bord-champ a déjà atteint les 600 francs Cfa (environ 0,90 euros) dans certaines localités de production, contre 350 francs, prix planché fixé par le gouvernement à l’ouverture de la campagne. En moins de quatre mois donc, le prix de vente a presque doublé. L’an dernier, de 275 francs CFA, au démarrage de la campagne, le prix du kilogramme avait atteint les pics de 600 francs vers la fin. 

Comme chaque année en pareil moment, c’est la fièvre dans les zones de production situées principalement au nord. 

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Katiola (400 Kilomètres au nord d’Abidjan), l’une des plaques tournantes du négoce de la noix de cajou, on ne jure que par l’anacarde. Les pisteurs (acheteurs bord-champ) à motos ou en camionnettes, ont pris d’assaut la brousse. On les croise, arpentant, les pistes latéritiques ou assis aux intersections des passages, attendant les paysans et leurs précieuses noix. La concurrence est rude. D’où la croissance rapide du prix d’achat. Les paysans, après avoir souffert, jadis, de la mévente de leur production, sont passés désormais maître dans la spéculation. Ils n’hésitent pas à proposer leur marchandise qu’au plus offrant.

En ville, les mandants, constitués des acheteurs agréés, attendent leurs envoyés, dans les hôtels. Ce sont eux qui mettent l’argent à la disposition des pisteurs pour la collecte bord-champ. Tout se passe sur la base de la confiance. Des couacs surviennent parfois quand les pisteurs disparaissent avec l’argent. Les choses se terminent, alors, entre les deux parties, à la police.

A l’image de la filière café-cacao, les pisteurs sont un maillon essentiel dans le business de l’anacarde. Ils collectent le produit, emplissent les camions et prennent la route d’Abidjan pour aller le livrer à leurs «bailleurs de fonds» (acheteurs agréés) qui attendent dans les deux ports du pays (Abidjan et San Pedro). Ce sont ces derniers qui sont en contrat avec les exportateurs.

Moussa Coulibaly, opérateur économique local, fait partie des pisteurs. Il est dans le business de la noix de cajou depuis plus de dix ans. Il a souvent connu des déboires par le passé. Il croit connaître maintenant l’essentiel des «pièges» à éviter. «Notre gros problème, c’est la surenchère que les paysans font maintenant. Nous prenons l’argent des bailleurs de fonds sur la base d’un tonnage précis à leur livrer à un coût déterminé à partir du prix du kilogramme fixé par le gouvernement. Notre gain est la marge entre ce prix fixé par l’autorité et celui auquel nous nous sommes entendus avec le bailleur de fonds. Malheureusement depuis que les producteurs donnent dans la surenchère, le prix bord-champ peut passer du simple au double, du jour au lendemain. Et là, c’est la catastrophe.», explique-t-il. Alors, conseils : «Quand un pisteur reçoit l’argent d’un bailleur de fonds, il faut qu’il évite de commencer à dépenser à l’avance ses gain (marge). Il doit être plutôt prêt à revenir vers son mandant pour renégocier son contrat en tenant compte des nouveaux cours du kilogramme. Sinon il risque de se faire arrêter pour abus de confiance». Cela est d’autant plus vrai que très souvent les pisteurs se retrouvent dans l’impossibilité de réunir les quantités demandées par leurs bailleurs de fonds. Ils se mettent alors à jouer à cache-cache jusqu’à ce que la police ou la gendarmerie les arrête.

Cette année, ça risque d’être compliqué pour beaucoup de pisteurs imprudents. Deux mois après le lancement de la campagne, ils sont nombreux à rire jaune. Ça ne va pas. Ils sont sévèrement contrariés par la montée vertigineuse du prix d’achat. Ils sont même désemparés. «Surtout qu’ils ne peuvent plus nous gruger avec leurs bascules truquées», lance, Antoine Youdan Ouattara, jeune paysan dans la région de Foumbolo (90 Km à l’est de Katiola).

En effet, la ferme décision prise par les producteurs est de n’utiliser que la boîte de tomate de deux kilos pour mesurer leur marchandise. Et c’est connu, depuis toujours, qu’une mesure de cette boîte correspond à un kilogramme et demi de noix de cajou. Ce qui fait donc que chaque mesure coûte 900 francs Cfa actuellement. Cette astuce permet aux vendeurs de ne pas se faire gruger comme par le passé. Dépourvus ainsi de tout moyen d’influer à la baisse des prix, les pisteurs et leurs mandants (les acheteurs agréés) se tournent vers l’Autorité de régulation du coton et de l’anacarde (Areca). Ils exigent qu’on impose aux paysans leurs bascules et balances en lieu et place de la vente en boîte. Malheur pour eux, les présidents des comités locaux de suivi de la campagne de commercialisation que sont les préfets de départements, ont beau sensibiliser les producteurs, ils restent de marbre. Ils continuent la vente en boîte. Et tant pis pour ceux qui ne sont pas d’accord.    

Cela fait successivement trois campagnes de commercialisation au cours desquelles   les producteurs se frottent chaudement les mains. Surtout qu’ils ont de leur côté, les autorités étatiques dont le but poursuivi à travers les différentes réformes de la filière, est d’accroître leurs revenus.

Premier producteur mondial

La Côte d’Ivoire n’est plus seulement premier producteur mondial de cacao. Elle est passée, depuis l’année dernière, à la tête des producteurs de noix de cajou avec 702.510 tonnes contre 565.000 tonnes en 2014. Soit une croissance de 24%. Grâce à cette performance, le pays a ainsi détrôné l’Inde relégué à la deuxième place. Cette année, les prévisions font état de 725 mille tonnes. Soit 24% de la production mondiale de 2,9 millions de tonnes attendue. Cette montée en puissance de la Côte d’Ivoire trouve ses explications selon les autorités étatiques, notamment le ministre de l’agriculture, Coulibaly Sangafowa, dans la réforme institutionnelle et opérationnelle lancée, il y a un peu plus de deux ans par le gouvernement. Ce qui est intéressant, c’est que l’augmentation des quantités produites s’accompagne de l’embellie des prix. En effet, le prix d’achat bord champ de la noix de cajou est en constante hausse ces trois dernières années. Ce qui accroît les revenus des producteurs. L’an dernier, ce sont 288 milliards de F CFA qu’ils ont engrangés. Le pari de la production gagné, la préoccupation des autorités ivoirienne est maintenant la transformation. Sur les 700 000 tonnes produites l’an dernier, seulement 45 000 ont été transformées localement. Afin d’accroître la transformation, le gouvernement compte mettre en place un programme accéléré d’industrialisation en encourageant la mise en place d’unités de transformation dans chaque grande région productrice. En attendant, il a été décidé d’accorder, pour cette campagne, un appui aux transformateurs à travers une subvention de 80 francs par kilogramme à l’achat de la noix.

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