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“Pas de développement possible sans les collectivités locales”

Cheikh Baya, Président de l’Association des maires de Mauritanie et Vice-président CGLU-A Région Afrique du nord

Certes les élus locaux sont issus de partis politiques, cependant l’importance du rôle des collectivités locales dans le développement économique fait qu’ils ont besoin de technocrates à leur côté et de personnel compétent. Il est donc crucial d’assurer une formation continue au profit des conseillers municipaux et des maires, tout en veillant à mettre en place des procédures qui garantissent la bonne gouvernance. Cheikh Baya, Président de l’Association des maires de Mauritanie ne cache pas que l’exercice est difficile. Toutefois, il souligne que les maires africains en général sont sur la bonne voie. Entretien.

Cheikh BayaAFRIMAG : Quel sens donner à ce premier forum de managers territoriaux où la formation professionnelle est particulièrement ciblée ?

Cheikh Baya : ce forum arrive à point nommé après le constat fait par la communauté internationale sur les agendas qu’elle s’est fixés ces quatre dernières années dont les ODD de New York en 2015, l’Accord de Paris sur le climat, l’Initiative de l’UA (Union africaine) sur la décentralisation à Malabo…
L’évaluation de ces différents agendas est celle-ci : aucun développement n’est viable sans la participation active des autorités locales, donc des managers territoriaux. On attend d’eux de l’expertise. Pour ce faire, il va falloir les former. Et c’est l’un des objectifs assignés à ce premier forum qui cherche à mettre ensemble les managers territoriaux et les formateurs pour réfléchir et concevoir une politique de formation adaptée à chaque région.

Vu sous cet angle, les choses paraissent intéressantes. Mais hélas en Afrique, on préfère confier les postes de managers territoriaux aux politiques qui ne sont pas assez outillés en le domaine au détriment des vrais gestionnaires. Qu’en pensez-vous, vous-même qui êtes le Président de l’Association des maires de Mauritanie?
Le problème est qu’on est face à des élus qui proviennent forcément de partis politiques. Et on ne peut pas les empêcher de se représenter.
Cela dit, on peut atténuer ces insuffisances en axant la formation sur le reste des ressources humaines. Il ne faut pas perdre de vue non plus que si dans une commune le maire et ses adjoints sont élus, les services techniques sont en général confiés à un personnel de qualité.

Le constat sur le terrain ne semble pas le prouver pourtant…

Il y a deux types de personnels dans une commune :
le conseil communal qui adopte et délibère la politique générale et les employés permanents. Ces derniers qui ne sont pas forcément des politiques sont recrutés sur la base d’un certain profil. C’est le cas d’un comptable ou d’un contrôleur de gestion.
Je pense que la politique de formation de proximité, au cœur de ce premier forum africain des managers territoriaux, nous apportera des solutions.

Comment pensez-vous introduire la bonne gouvernance dans la gestion territoriale ?
Concernant la bonne gouvernance il n’y a pas de secret. Il faut mettre en place des procédures claires et contrôlables. Sur ce volet également, la formation pour l’acquisition des bonnes pratiques managériales me parait essentielle. C’est ce que nous voulons faire aujourd’hui avec l’approche CGLUA (Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique) et l’ALGA (Académie africaine des collectivités locale : acronyme en anglais). La bonne gouvernance passe aussi par la motivation. Vous ne pouvez pas demander à quelqu’un de fournir un service de qualité et d’être disponible si vous ne lui donnez pas les moyens. Cette position contredit souvent les études que nous faisons faire par des experts étrangers et qui finissent par nous proposer des réductions de salaires. Ce qui est ridicule. Je donne mon exemple : le salaire moyen de la commune que je gère à Zouerate est de 50000UM, soit environ 130 euros. Un expert qui demande la réduction de ce montant nous pousse à la corruption.

CGLU Cheikh Baya collectivités mairie

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