Entre réforme de l’architecture financière mondiale, intelligence artificielle, entrepreneuriat et commerce continental, la première journée du Forum africain inaugural de l’impact des politiques publiques sur le développement (ADIF) a placé la jeunesse au centre des solutions pour l’avenir du continent. À Addis-Abeba, décideurs, experts et jeunes innovateurs ont lancé un message sans ambiguïté : l’Afrique ne manque ni d’idées ni de talents, mais de mécanismes capables de transformer ces ressources en emplois durables.
Le Forum africain inaugural de l’impact des politiques publiques sur le développement (ADIF) a achevé sa première journée, jeudi à Addis-Abeba, sur une note résolument tournée vers l’action. Réunis au Centre de conférences des Nations Unies, des centaines de chercheurs, entrepreneurs, responsables politiques et jeunes leaders africains ont échangé autour d’un défi majeur : comment transformer le potentiel démographique du continent en moteur de croissance et d’emploi.
Articulée autour de cinq sessions thématiques, d’un dialogue inédit entre jeunes et experts sur la finance mondiale et d’un hackathon consacré aux politiques publiques, cette journée a mis en lumière une réalité largement partagée : les solutions existent, mais leur mise en œuvre se heurte encore à des obstacles structurels, financiers et politiques.
Réformer la finance mondiale pour accélérer le développement africain
La matinée s’est ouverte sur une discussion approfondie consacrée à l’architecture financière mondiale et à ses limites face aux besoins de développement du continent.
Devant des membres du Réseau des jeunes économistes venus de plusieurs pays africains, la Secrétaire exécutive adjointe et économiste en chef de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Hanan Morsy, a dressé un constat sans concession. L’Afrique fait face à un déficit de financement estimé à près de 1 300 milliards de dollars pour atteindre les Objectifs de développement durable. Plus de 25 pays sont confrontés à un risque élevé de surendettement, tandis que les remboursements de dette publique ont dépassé les 100 milliards de dollars en 2025, absorbant des ressources qui auraient pu être consacrées à l’éducation, à la santé ou à l’emploi.
À cela s’ajoute un accès limité aux financements climatiques mondiaux, alors même que le continent contribue à moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Face à ces défis, Hanan Morsy a plaidé pour quatre réformes majeures : une gestion de la dette orientée vers le développement, une réduction du coût du capital, un accès plus équitable aux financements climatiques et une meilleure mobilisation des ressources nationales.
«Vous n’êtes pas de simples acteurs de l’avenir de l’Afrique. Vous en êtes les artisans », a-t-elle lancé aux jeunes participants.
Même tonalité du côté du Secrétaire exécutif de la CEA, Claver Gatete, qui a rappelé que la crise de l’emploi représente à la fois le plus grand défi et la plus grande opportunité du continent.
« Nous avons déjà les idées, les talents, les ressources et le marché nécessaire pour transformer nos économies. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de passer à l’action », a-t-il affirmé, appelant à donner davantage de pouvoir d’action aux jeunes générations.
«Hack the Job» : neuf innovateurs à la conquête de l’emploi
L’un des moments forts de la matinée a été le hackathon «Hack the Job Challenge», véritable laboratoire d’idées consacré à la création d’emplois.
Neuf innovateurs issus du Rwanda, d’Éthiopie, du Ghana, du Cameroun, du Burkina Faso, du Kenya, d’Afrique du Sud, du Togo et de la République démocratique du Congo ont présenté leurs solutions devant un jury composé de représentants de la CEA, du PNUD, de l’OIT, de l’UNESCO, de PEMANDU Associates et d’ONU Femmes.
Les projets proposés ont illustré la diversité des réponses imaginées pour lutter contre le chômage des jeunes : plateformes panafricaines de mise en relation entre compétences et investisseurs, programmes de formation dans le secteur solaire, modèles agro-industriels innovants, systèmes de certification professionnelle ou encore stratégies de transformation productive adaptées aux réalités locales.
Malgré leurs différences, toutes les propositions convergeaient vers un même constat : les solutions existent déjà, mais elles peinent à se développer en raison d’un manque de financement, de cadres réglementaires adaptés et d’un accès limité aux marchés.
Le nom du lauréat sera dévoilé lors de la deuxième journée du Forum.
Entrepreneuriat : repenser l’inclusion et l’impact
L’après-midi a été marquée par une réflexion approfondie sur le rôle de l’entrepreneuriat dans la transformation économique du continent.
Les intervenants ont remis en question une vision trop restrictive de l’entrepreneuriat, souvent présenté comme une simple alternative au salariat. Selon eux, il doit être considéré comme un levier de résilience, d’inclusion et de développement des compétences.
Les débats ont notamment souligné la nécessité d’élargir les dispositifs d’accompagnement aux entrepreneurs du secteur informel, aux femmes et aux innovateurs issus des zones rurales, souvent exclus des programmes de soutien traditionnels.
Le consensus est clair : l’impact réel ne se mesure pas seulement au nombre de start-up créées, mais à leur capacité à survivre, à se développer et à intégrer les populations les plus vulnérables.
Intelligence artificielle : menace ou opportunité pour la jeunesse africaine ?
Autre sujet majeur de la journée : l’intelligence artificielle et son impact sur l’emploi.
Alors que l’IA pourrait générer plus de 100 milliards de dollars de valeur économique sur le continent tout en bouleversant des millions d’emplois existants, les experts ont débattu des risques et des opportunités qu’elle représente pour les jeunes Africains.
La conclusion qui s’est dégagée des échanges est nuancée mais optimiste. L’IA ne doit pas être perçue uniquement comme une source de disruption, mais aussi comme un vecteur de nouvelles opportunités professionnelles, notamment dans les domaines de l’annotation des données, de la formation, de l’assistance numérique et des services technologiques adaptés aux réalités africaines.
Pour y parvenir, les participants ont insisté sur l’importance d’investir rapidement dans les compétences numériques et dans un environnement favorable à l’innovation.
La ZLECAf, terrain d’innovation pour les jeunes entrepreneurs
La dernière grande session de la journée était consacrée aux chaînes de valeur régionales dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
De jeunes entrepreneurs venus du Zimbabwe, d’Afrique du Sud, du Rwanda et d’Éthiopie ont partagé leurs expériences face aux défis du commerce intra-africain : coûts logistiques élevés, instabilité monétaire, accès limité aux financements commerciaux et mécanismes de règlement des différends encore fragmentés.
Malgré ces contraintes, leurs témoignages ont mis en lumière une génération d’entrepreneurs qui préfère innover pour contourner les obstacles plutôt que d’attendre leur disparition.
Une démonstration supplémentaire que la jeunesse africaine ne constitue pas seulement le principal bénéficiaire potentiel de la ZLECAf, mais également l’un de ses moteurs les plus dynamiques.
Du dialogue au co-leadership
La première journée du Forum s’est achevée sur une réflexion autour du Pacte pour l’avenir des Nations Unies et de son appropriation par les jeunes générations.
Au-delà des discours sur la participation des jeunes, le message final a été sans équivoque : l’heure n’est plus à la simple consultation. Les défis du développement africain exigent désormais un véritable partage du leadership entre décideurs et jeunesse.
À Addis-Abeba, une conviction s’est imposée au fil des débats : l’avenir du continent ne se construira pas pour les jeunes, mais avec eux.





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