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Élections en Mauritanie Répétitions générales avant la présidentielle de 2019

Les résultats du scrutin du 1er septembre ne remettent pas en cause la suprématie outrageante de l’Union pour la République (UPR), parti au pouvoir en Mauritanie, mais ils confirment l’arrivée en force de «Tawassoul» (islamistes).

Mohamed Ould AbdelazizA l’issue du premier tour des élections municipales, législatives et régionales, l’UPR (Union pour la république), dont la campagne a été pilotée par le président Aziz lui-même, continue à « régner » sur les régions. Elle rafle ainsi tous les conseils régionaux (à part Nouakchott, Nouadhibou et Zouerate où un deuxième tour est prévu) et pratiquement tous les sièges de députés. L’opposition a réussi à limiter les dégâts en pointant première à Nouakchott (20 députés à partager entre les partis en lice) et en arrachant des députés dans les villes où existe la proportionnelle (Nouadhibou, Kiffa, Aleg, Tintane, Sélibaby). Avec l’élection aussi de leurs têtes de listes dans la nationale mixte et la nationale des femmes, les formations du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) peuvent espérer arriver au tiers bloquant (53 députés sur 157) pour constituer avec « l’opposition dialoguiste » un barrage au troisième mandat dont le président Aziz a parlé expressément lors du meeting de clôture de la formation présidentielle.

C’est, en réalité, l’enjeu de ces élections dont l’impréparation dénote de la volonté du pouvoir de forcer le destin en 2019. En comptant sur un énième boycott de l’opposition dite « radicale».

La décision du FNDU de prendre part aux élections a sans doute faussé les calculs d’un pouvoir qui s’inscrit déjà dans la continuité avec tous les scénarios possibles : succession assurée – et rassurante – d’Ould Abdel Aziz ou, changement de la constitution au lendemain de ces élections pour faire sauter le verrou (article 28) empêchant le troisième mandat.

Autre enseignement de ces élections : l’opposition a, pour la première fois, constitué des listes communes à Nouakchott et dans certaines grandes villes. Cette stratégie lui a permis de bousculer l’UPR dans la capitale, à Nouadhibou, Zouerate, Boghé, Aioun et Sélibaby où il faut attendre le second tour pour déterminer le nouveau rapport de forces entre majorité et opposition.

Autre sujet à polémique : La fraude. Elle aura sans doute joué à grande échelle, notamment dans les campagnes, en faveur d’un pouvoir qui tire sa force de l’apport « nourrissant » des tribus, de l’armée et de l’administration, mais l’opposition a aussi montré, pour la première fois, de la « résistance ». L’Initiative pour la Résurgence d’un mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA) a lutté pacifiquement pour affirmer ses droits. Malgré l’emprisonnement de son leader, BiramDahAbeid, élu député. Avec son allié « Sawab », l’organisation de défense des droits de l’homme reconnue sur le plan international, mais pas en Mauritanie, envoie trois députés dans la future assemblée nationale. Ce sera le quota minimum pour d’autres formations de l’opposition comme l’UFP, le RFD, Adil, APP, AJD/MR, AND et CDN. Les islamistes de Tawassoul, qui confirme leur place de première force de l’opposition, pourrait obtenir entre 10 et 20 députés.

Majorité confortable

C’est certain : Le président Aziz aura sa majorité, à l’issue de ces élections, mais sera-t-elle suffisante pour lui permettre de mener, sans heurts, la stratégie qui se dessine à l’approche de 2019 ?

Les menaces lancées par le pouvoir, à la veille des élections, pour tenter de freiner les candidatures portées par d’autres partis de la majorité (pour protéger le «patrimoine» électoral de l’UPR) n’auront pas empêché certaines personnalités influentes à montrer leur «poids» en défiant la formation présidentielle. Mais il est sûr aussi que tout redeviendra normal à la fin de cette joute électorale pour assurer le pouvoir d’une majorité confortable portée certes par la formation présidentielle, mais aussi par l’UDP de Naha Mint Mouknass, ministre sans discontinuer depuis 2008, et dont le parti devance souvent l’UPR dans la Vallée, les nouveaux satellites du parti au pouvoir à savoir Al Karama, Errava, Al Ghad et le Sursaut de la Jeunesse, ce dernier étant en perte de vitesse à cause de divergences internes.

Cette majorité sera l’instrument des nouvelles ambitions d’Aziz. Bien qu’il se soit engagé à maintes reprises à ne pas tenter de modifier la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels, il n’a pas apaisé les soupçons de l’opposition sur ses intentions pour la présidentielle prévue mi-2019, alimentés par les déclarations publiques de ses ministres et de ses partisans.

Il faut dire aussi que la visite du président français en Mauritanie, lors du 31ème sommet de l’Union africaine, et l’envoi aussitôt après d’un général mauritanien à la tête des forces du G5 Sahel, ont été interprétés, à tort ou à raison, comme un feu vert donné à Aziz pour agir comme beaucoup de ses pairs africains : faire fi de la constitution pour rester au pouvoir. 2019 sera une année mouvementée en Mauritanie.

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