Malgré un intérêt croissant pour l’intelligence artificielle (IA) et des premiers résultats déjà tangibles, les grandes entreprises africaines consacrent en moyenne seulement 2 % de leur chiffre d’affaires à cette technologie. Un niveau d’investissement largement inférieur à celui observé dans les économies les plus avancées, selon une étude de PwC qui alerte sur le risque de voir le continent passer à côté d’un formidable levier de croissance.
Les grandes entreprises africaines investissent en moyenne 2 % de leur chiffre d’affaires dans l’intelligence artificielle, soit moins de la moitié des 5 % consacrés à cette technologie par leurs homologues des pays les plus avancés en matière d’IA, notamment les États-Unis, la Chine, l’Allemagne et la France. C’est ce que révèle le rapport «Decoding ROI from AI in Africa», publié le 15 mai 2026 par le cabinet d’audit et de conseil PwC.
Cette étude constitue la déclinaison africaine de l’enquête mondiale «PwC’s AI Performance Study», menée auprès de 1 217 dirigeants de grandes entreprises réparties sur plusieurs continents. Parmi elles, 85 entreprises africaines ont été interrogées. La majorité des sociétés sondées réalisent un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard de dollars et 91 % sont cotées en Bourse.
Selon PwC, ce retard s’explique par un contexte économique particulièrement exigeant. Les entreprises africaines ont dû faire face ces dernières années à une combinaison de volatilité économique, d’incertitudes réglementaires, de contraintes infrastructurelles et de tensions géopolitiques. Dans ce contexte, la priorité a souvent été donnée à la résilience et à la préservation des performances existantes plutôt qu’aux investissements de transformation à long terme.
Résultat : seules 32 % des entreprises africaines estiment investir suffisamment dans l’IA pour atteindre leurs objectifs stratégiques, contre 55 % dans les pays leaders de cette technologie.
Une adoption en progression, mais encore limitée à des projets pilotes
Malgré ces contraintes, l’intérêt pour l’intelligence artificielle ne cesse de croître sur le continent. L’enquête révèle que 82 % des entreprises africaines participent déjà à des projets pilotes liés à l’IA, un taux relativement proche de celui observé dans les pays les plus avancés (88 %).
Cependant, peu d’entre elles sont parvenues à déployer l’IA à grande échelle au sein de l’ensemble de leurs activités. Le manque d’investissements, mais aussi des lacunes en matière de données, d’infrastructures technologiques et de gouvernance numérique, freinent encore le passage à une véritable transformation de l’entreprise.
Pourtant, les premiers bénéfices sont déjà perceptibles. Au cours des douze derniers mois, 23 % des dirigeants interrogés ont constaté une hausse de leur chiffre d’affaires grâce à l’IA, tandis que 25 % ont signalé une réduction des coûts.
Ces gains proviennent principalement de l’automatisation et de l’optimisation des fonctions support, telles que les ressources humaines, la comptabilité ou les affaires juridiques, ainsi que de l’amélioration des opérations existantes.
Le véritable potentiel se trouve dans la transformation des secteurs clés
Pour PwC, les bénéfices actuels ne représentent qu’une fraction du potentiel réel de l’intelligence artificielle en Afrique.
L’IA pourrait en effet contribuer à résoudre plusieurs défis structurels du continent en facilitant l’accès aux marchés mal desservis, en optimisant les chaînes de valeur confrontées à des contraintes logistiques ou encore en favorisant l’émergence de nouveaux produits, services et modèles économiques.
Les secteurs des services financiers, de l’énergie, de la santé, de la logistique ou encore de l’agriculture figurent parmi les principaux domaines susceptibles d’être transformés par cette technologie.
L’étude mondiale de PwC montre d’ailleurs que les 20 % d’entreprises les plus performantes concentrent à elles seules 74 % du retour sur investissement généré par l’IA. Ces leaders ont un point commun : ils utilisent l’IA comme un moteur de croissance et d’innovation, construisent des infrastructures adaptées à leurs besoins et intègrent cette technologie à l’ensemble de leurs processus.
La convergence sectorielle, une occasion encore largement sous-exploitée
Le rapport identifie également ce qu’il considère comme la plus grande opportunité manquée du continent : la convergence sectorielle.
Ce phénomène désigne l’effacement progressif des frontières traditionnelles entre différents secteurs d’activité afin de créer de nouvelles sources de valeur. Or, les entreprises africaines exploitent encore insuffisamment l’IA pour favoriser ces interactions.
L’Afrique obtient ainsi une note moyenne de 5,8 sur 10 en matière de convergence sectorielle, contre 7,1 pour les pays leaders de l’IA.
Cette faiblesse est particulièrement préoccupante car les principaux défis du continent se situent précisément à la croisée de plusieurs secteurs.
L’inclusion financière, par exemple, repose sur la collaboration entre les banques, les opérateurs de télécommunications et le commerce de détail. L’accès à l’énergie dépend de l’interconnexion entre les secteurs de l’énergie, des infrastructures et des ressources minières. De son côté, la productivité agricole est désormais liée à la logistique, au financement et aux technologies d’intelligence climatique. Quant au secteur de la santé, il évolue de plus en plus à l’intersection des données, de l’assurance, des paiements numériques et des services médicaux.
Les travailleurs africains, un atout inattendu pour accélérer l’adoption
Au-delà des investissements et des infrastructures, PwC identifie un autre facteur déterminant : l’adhésion des salariés.
Selon l’enquête «Africa Workforce Hopes and Fears» publiée en décembre 2025, les travailleurs africains adoptent déjà l’intelligence artificielle plus rapidement que la moyenne mondiale. Près de 64 % d’entre eux déclarent avoir utilisé l’IA dans leur activité professionnelle au cours de l’année écoulée, contre 54 % à l’échelle mondiale.
Cette adoption s’accompagne d’une perception majoritairement positive de la technologie. Quelque 76 % des travailleurs estiment que l’IA améliore la qualité de leur travail, tandis que 72 % s’attendent à un gain de productivité significatif au cours des trois prochaines années.
Pour PwC, cette confiance des salariés pourrait devenir l’un des principaux accélérateurs du développement de l’intelligence artificielle en Afrique, à condition que les entreprises augmentent leurs investissements et passent des expérimentations à une stratégie de transformation à grande échelle.











