La Libye est tombée en pleine déchéance. L’infamie émeut le monde entier. La révélation par CNN de marchés aux esclaves dignes de l’époque gréco-romaine ou de la traite négrière occupe les esprits. Plus que la guerre civile, déclenchée en 2011 pour mettre un terme au long règne du «Guide». Puissants et faibles crient au scandale, mais oublient que le «cas» libyen n’est en réalité que la face visible de l’iceberg.
Selon plusieurs témoignages, le phénomène de l’esclavage est encore une pratique quotidienne dans de nombreux pays dits «modernes». Les noms d’Etats esclavagistes les plus souvent cités sont les pays d’Asie : L’Inde (18 millions), la Chine (3,38 millions), le Pakistan (2,13 millions) et le Bangladesh (1,53 million). En Afrique, les noms qui sortent du lot sont la Mauritanie, avec un nombre d’esclaves estimé à 150.000 personnes, pour 3,8 millions d’habitants, soit 4 % de la population, le Bénin (7e), la Côte d’Ivoire (8e), la Gambie (9e), le Gabon (10e) et le Sénégal (11e).
La dénonciation de ces Etats n’exclut pas la culpabilité des autres. Car le silence «est complicité et participation au crime», disait Jean-Paul Sartre. Les condamnations qui fusent de Paris, Londres et Washington ne suffisent pas pour laver l’affront subi par l’humanité tout entière.
S’il faut sévir, pour l’exemple, les crimes commis en Libye ne doivent pas être soumis à l’appréciation de la CPI (une institution permanente chargée de promouvoir le droit international, et dont le mandat est de juger les individus) mais plutôt à la Cour internationale de justice, qui s’occupe des Etats suspectés de génocide, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de crimes d’agressions. La responsabilité du gouvernement libyen est engagée. Celle de la communauté internationale est de l’obliger à trouver les coupables et de les punir.
L’enquête annoncée par Tripoli laisse croire qu’on est encore au stade de la «présomption de crime», alors que les preuves sont tangibles.
Ceci étant, le monde où nous vivons chavire. L’Europe et l’Amérique instaurent leur ordre alors même qu’ils sont à l’origine du désordre en Libye, au Yémen, en Syrie, au Soudan et partout où les crises sont devenues la «normalité». Une vision manichéenne de ce que l’Occident ne considère pas comme l’une de ses priorités.
Face aux faits accablants, les institutions spécialisées ressortent les chiffres. Comme si personne ne savait! Plus de 40 millions de personnes dans le monde, dont un quart d’enfants, sont actuellement réduits en esclavage, selon une étude menée en 2016. On s’ingénie à catégoriser les formes d’esclavage «moderne», quand on est incapable d’agir. Le travail forcé concernerait 25 millions de personnes et le mariage contraint (15 millions). Mais ces chiffres compilés par l’Organisation mondiale du travail (OIT), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Groupe de défense des droits de l’homme Walk free Foundation, sont sans doute en-deçà de la réalité.
Le «cas» libyen est directement lié à l’immigration clandestine et à la dérégulation des voies légales d’accès à l’espace européen. Les passeurs se transforment ainsi en négriers parce que les migrants qu’ils convoyaient sont bloqués par les gardes-côtes libyens à la solde de l’Union européenne ! L’Occident s’isole après avoir conquis! C’est aussi cela le drame.





Libye

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