L’élection de la République Démocratique du Congo en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies pour la période 2025–2026 marque un tournant stratégique et symbolique. Cette accession à l’une des plus hautes instances de gouvernance mondiale représente une victoire diplomatique majeure et repositionne la RDC sur l’échiquier des nations influentes
Une victoire diplomatique incontestable
C’est la première fois depuis plus de trente ans que la RDC retrouve un siège au Conseil de sécurité, qu’elle avait brièvement occupé sous l’appellation de Zaïre en 1990–1991. Cette élection témoigne de la montée en puissance de la diplomatie congolaise et de son engagement à faire entendre la voix du pays sur les questions globales de paix, de sécurité, de justice internationale et de développement durable.
Elle confirme également que la RDC n’est plus cantonnée au rôle de spectateur dans les arènes diplomatiques, mais peut désormais participer activement aux décisions sur les conflits mondiaux, y compris ceux qui la concernent directement.
L’Afrique et le Conseil de sécurité : une présence continue, mais sous influence
La RDC rejoint ainsi la longue liste des pays africains ayant siégé comme membres non permanents au Conseil de sécurité. Depuis la fondation de l’ONU, l’Afrique dispose de trois sièges tournants dans cette institution clé. Des pays comme :
Nigeria (5 mandats),
Égypte (5 mandats),
Afrique du Sud (3 mandats),
Ghana, Éthiopie, Angola, Tanzanie, Rwanda, Sénégal, Côte d’Ivoire, ont tour à tour représenté le continent, défendant ses priorités et portant les revendications des pays du Sud.
Mais au-delà de la représentation formelle, le poids réel de ces pays au sein du Conseil dépend toujours de leur capacité à être cohérents entre leur discours international et leur réalité nationale. Et c’est précisément ce qui attend la RDC.
Un levier pour le conflit de l’Est
Cette élection intervient alors que la RDC est confrontée à une crise sécuritaire majeure à l’Est, où des groupes armés terrorisent la population, souvent avec la complicité de puissances étrangères — en particulier le Rwanda, pointé du doigt dans plusieurs rapports onusiens.
Le Conseil de sécurité devient donc une tribune stratégique pour la RDC : y faire entendre la vérité sur l’agression de son territoire, mobiliser un consensus international, réclamer des sanctions ciblées et exiger le retrait des forces étrangères. Ce mandat pourrait être un tournant dans la recherche d’une paix durable.
Une crédibilité à construire de l’intérieur
Mais la présence de la RDC à cette table prestigieuse ne suffira pas. Ce siège est aussi un test de crédibilité.
Le gouvernement congolais sera jugé à l’aune de sa propre gouvernance, du respect des droits humains, de l’indépendance de la justice et de la capacité de l’État à restaurer l’autorité sur l’ensemble du territoire.
Tant qu’il y aura des critiques sur la corruption, la répression politique, les arrestations arbitraires et les dysfonctionnements institutionnels, la voix de la RDC restera faible, voire inaudible. Car une nation qui n’est pas exemplaire chez elle ne peut prétendre l’être sur la scène mondiale.
Une opportunité à ne pas gaspiller
Ce mandat coïncide avec la dernière phase du quinquennat de Félix Tshisekedi, qui se termine en 2028. Cela offre une double opportunité :
Sur le plan interne, montrer des signes clairs de réforme, de stabilité et de justice.
Sur le plan externe, influencer les décisions du Conseil en faveur des peuples opprimés et des zones de conflits, notamment en Afrique.
Mais l’opportunité est courte. Deux ans pour convaincre. Deux ans pour transformer. Deux ans pour faire de ce siège une arme diplomatique au service de la souveraineté, de la paix et du développement.
Conclusion
La RDC ne doit pas voir ce mandat comme un simple honneur, mais comme un contrat moral envers son peuple et la communauté internationale.
C’est une occasion de démontrer qu’un pays autrefois considéré comme instable peut aujourd’hui devenir un acteur de paix, de dialogue et de responsabilité internationale.
Le monde observe. L’Afrique espère. Le peuple congolais attend.
L’histoire jugera.
*Willy Lukanga, Fondateur, Easy Cargo Freight International




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