Encore plus que leurs homologues dans les grandes nations agricoles, le dérèglement climatique place les agriculteurs africains devant un choix cornélien : faut-il privilégier la fin du mois, c’est-à-dire nourrir la famille, ou préparer le long terme en intégrant sans tarder, les contraintes liées au changement climatique ?
En réalité, personne n’a le choix. Préparer la «fin du monde», s’impose aujourd’hui à toute la chaîne de valeur, quel que soit le secteur économique. L’agriculture africaine encore plus, du fait de ses fragilités structurelles et des récurrences des sécheresses et de la variabilité exacerbée des précipitations, y compris au cours de la même saison. Par ailleurs, l’augmentation des températures extrêmes impacte négativement le rendement des cultures dans une région où la météo et donc la pluie, est la variable déterminante de récoltes. Comme partout dans le monde, les agriculteurs africains gèrent l’incertain quand il s’agit de la météo. Mais ils n’ont pas les mêmes outils que leurs homologues pour y faire face.
Plus au Nord du continent, les pays du Maghreb sont tout simplement en état d’urgence climatique. Tous sont désormais en stress hydrique avancé avec ce que cela suppose en arbitrage sur l’affectation des ressources hydriques entre la consommation des ménages et le secteur agricole irrigué. Ce contexte exige de l’anticipation, car gouverner c’est surtout prévoir. Il n’y a pas de fatalité. L’Ethiopie qui, il y a trente ans renvoyait aux images de famine, a complètement renversé la donne en investissant massivement dans l’agriculture. Le voisin kényan est également cité en exemple par les organisations internationales.
En amont, la recherche agronomique s’est adaptée ainsi que la formation des futurs ingénieurs agronomes. Dans l’interview que nous publions dans notre dossier, le Pr. Bruno Gérard, doyen du Collège de l’Agriculture et des Sciences Environnementales de l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir au Maroc, le confirme : le changement climatique est devenu le fil conducteur de la recherche en matière agricole. Les recherches privilégient des variétés de cultures plus résistantes à la sécheresse ou aux canicules. Mais ce chercheur met en garde contre une approche technocratique. Dans ce processus, c’est l’agriculteur qui doit être au centre. Il y a d’un côté, l’aspect production mais il ne faut jamais perdre de vue les problématiques de l’accès au marché, de la gestion des risques qui permettent aux exploitants de minimiser les risques lorsqu’ils investissent. La question n’est pas seulement technique, mais aussi socio-culturelle.





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