Quelques mois seulement après la reprise des parts du fonds britannique Actis dans la société Eneo, concessionnaire de la production, de la distribution de l’électricité, le gouvernement est sur le point de prendre le contrôle de la plus grande centrale thermique à gaz du pays. Il s’agit de la centrale de Kribi (216 MW), exploitée par la filiale locale de Globeleq, désormais inscrite parmi les mesures destinées à rétablir l’équilibre financier d’un secteur électrique en grande difficulté.
C’est le ministère de l’Eau et de l’Energie qui a levé le lièvre, à l’issue d’une rencontre tenue le 27 avril entre le ministre Gaston Eloundou Essomba et une délégation de Premier Energies Ltd, venue explorer les opportunités de financement dans le secteur énergétique.
Le gouvernement concède que le secteur électrique «demeure financièrement fragile», sous-entendu, au bord de l’effondrement. Parmi les mesures envisagées pour restaurer l’équilibre figurent notamment le renforcement de la lutte contre la fraude, des ajustements tarifaires, une révision des volumes, la renationalisation de la centrale à gaz de Kribi ainsi que la restructuration d’Eneo après le retrait d’Actis, énumère le ministre de l’Energie dans un communiqué.
Mise en service en 2013 dans le sud du pays, la centrale de Kribi constitue la première infrastructure thermique à gaz du Cameroun. Elle constitue un maillon essentiel du réseau interconnecté Sud et dessert près d’1 million de ménages.
Plombé par les créances en souffrance
L’actif est détenu par la Kribi Power Development Company (KPDC), dont Globeleq Africa possède la majorité du tour de table, le reste est contrôlé indirectement par l’Etat, à travers entités publiques. Mais sa viabilité a été fragilisée par les difficultés structurelles, notamment les impayés accumulés par Eneo, une situation qui a conduit à un arrêt des centrales de Kribi et de Dibamba entre septembre 2024 et février 2025. Les créances en souffrance vis-à-vis du distributeur sont estimées à 137 milliards de FCFA, un niveau d’endettement qui, selon Globeleq, a fortement pesé sur sa trésorerie. Dans ce contexte, le groupe britannique a décidé de se défaire de ses actifs camerounais, privilégiant désormais d’autres marchés en Afrique de l’Est et australe.
Plusieurs entreprises camerounaises se seraient positionnées pour le rachat des actifs de Kribi et de Dibamba mais l’Etat a choisi d’activer son droit de préemption prévu dans le pacte d’actionnaires. A ce stade, aucune offre formelle n’a été rendue publique, mais l’intention du gouvernement ne laisse guère de place au doute : reprendre la main sur un maillon jugé critique du système électrique. Cette opération s’inscrit dans un processus plus large de recomposition du secteur énergétique après le rachat par l’Etat des 51 % détenus par le fonds Actis dans Eneo, portant ainsi la participation publique à 95 %. Cependant, la finalisation de cette transaction se heurte encore à des contraintes administratives et fiscales. Les procédures de transfert de devises auprès de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), ainsi que certains ajustements fiscaux, retardent le décaissement des fonds à Actis.





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