En Afrique subsaharienne, l’accès aux infrastructures routières demeure un défi majeur : près de 70 % des habitants des zones rurales ne disposent pas de routes praticables tout au long de l’année, et seuls 34 % vivent à moins de deux kilomètres d’une voie utilisable, contre 65 % en moyenne dans le reste du monde. Cette carence se fait particulièrement sentir en Afrique centrale, où l’état des routes constitue encore l’un des principaux freins au développement économique et social
Conscient de cet enjeu, le Cameroun s’efforce aujourd’hui de combler son retard. Dans ce contexte, l’entrepreneur Eran Moas et sa société Road Vision SA misent sur l’innovation pour désenclaver des territoires où l’isolement demeure la norme.
Routes en crise, Cameroun sous pression
Dans de nombreuses régions d’Afrique centrale, la saison des pluies transforme les routes en véritables obstacles. Pistes boueuses, camions bloqués, récoltes retardées, villages partiellement isolés : ce constat illustre le défi que représente l’accès aux infrastructures pour des millions de ruraux. À l’échelle mondiale, plus d’un milliard de personnes vivent sans route fiable.
Cette situation engendre un coût économique considérable. Transporter une tonne de produits agricoles peut coûter jusqu’à 2 dollars par kilomètre, condamnant parfois les récoltes avant même qu’elles n’atteignent le marché. L’isolement a également un coût social : au Sénégal, il limite l’accès aux soins et augmente la mortalité des personnes âgées.
Le Cameroun, avec son réseau routier en développement, illustre ces enjeux à l’échelle nationale. Trois quarts de ses routes nécessitent des travaux, et seulement 9 % sont bitumées. Le gouvernement a fait de la modernisation des infrastructures une priorité, avec pour objectif 6 000 km de routes bitumées d’ici 2030. À mi-parcours, le cap intermédiaire de 3 000 km n’a pas été atteint, mais la réorganisation du Fonds routier national et un plan de 132 projets, incluant routes nouvelles, réhabilitation et entretien, soutenus par la Banque mondiale, l’Union européenne et l’Arabie saoudite, devraient progressivement améliorer la connectivité du pays.
Malgré les efforts publics, les besoins en infrastructures routières restent immenses et les ressources disponibles ne suffisent pas toujours à suivre le rythme. Dans ce contexte, les initiatives privées viennent jouer un rôle complémentaire, en proposant des solutions concrètes pour désenclaver les zones les plus isolées.
L’innovation privée pour désenclaver
Au Cameroun, le retard du réseau routier ne se compte pas seulement en kilomètres. Il se traduit par des routes difficiles à emprunter, des villages parfois isolés et des échanges commerciaux ralentis. En septembre 2025, un examen du réseau a confirmé l’ampleur du défi : 75 % des 121 873 km de routes sont dégradés, l’équivalent de la distance Douala–Paris parcourue huit fois. Si les 109 km d’autoroutes restent en bon état, seulement 18 % des routes municipales répondent aux standards de qualité.
Face à ce constat, l’action publique seule peine à combler des décennies de retard. Dans un contexte où les financements et les chantiers peinent à suivre l’explosion démographique, des acteurs privés commencent à intervenir pour proposer des solutions concrètes.
C’est le cas de RoadVision, une entreprise spécialisée dans la construction de routes durables dans des environnements difficiles fondée par Eran Moas. Grâce à des technologies innovantes comme les géocellules, capables de stabiliser les sols meubles, l’entreprise permet de prolonger la durée de vie des routes même sous de fortes pluies tropicales.
Au Port autonome de Douala, point névralgique de l’économie du pays, RoadVision a récemment achevé environ 10 km de routes, un chantier complexe dans une zone marécageuse où chaque mètre nécessite des fondations renforcées. Si le chiffre peut sembler modeste, l’impact sur le trafic et la logistique est important : ce port est l’une des principales portes d’entrée et de sortie des marchandises du pays et de la sous-région.
L’entreprise mène également plusieurs projets pour la Communauté urbaine de Douala, toujours dans des conditions de terrain exigeantes. En combinant innovation technique et adaptation locale, ces initiatives illustrent comment le secteur privé peut contribuer à bâtir des infrastructures plus résilientes et à mieux relier les zones stratégiques au réseau routier national.
Cette approche s’inscrit dans une logique complémentaire à celle des pouvoirs publics : réorganiser l’espace, faciliter les échanges et rapprocher les services essentiels des populations qui en sont le plus éloignées. L’entreprise d’Eran Moas en offre une illustration concrète. En combinant volonté politique, financements internationaux et innovation privée, la route n’est plus seulement un moyen de transport mais devient un véritable levier de développement inclusif, capable de transformer des vies et de réduire les fractures régionales


![Éclairage | Fluidification du crédit en Afrique : FABA Finance parie sur la collaboration entre banques et fintechs [Par Sylvestre Afery] Depuis plusieurs années, l’écosystème fintech africain est marqué par une multiplication de solutions cherchant à disrupter les services financiers traditionnels. Mais chez FABA Finance, le discours est différent. La startup considère que le problème principal du financement africain ne vient pas forcément de l’absence de banques, mais plutôt du manque de connexion efficace entre les institutions financières et les besoins réels des particuliers, PME et professions libérales.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Herman-Nekar-Chief-credit-officier-et-Leatitia-Konan-Kouaho-Chief-Operating-Officer-de-FABA.-be-320x157.jpg)








