Bien plus expressif que le portrait traditionnel, le peintre nigérian Matthew Eguavoen utilise la couleur et la composition pour soulever des questions sur les déséquilibres sociétaux, politiques et économiques qui régissent les êtres et façonnent le monde. Ghizlaine Badri Lahlou, Commissaire d’exposition spécialisée dans l’Art contemporain et africain, nous parle de sa nouvelle collaboration avec la prestigieuse Galerie Afikaris à Paris, en tant que curatrice de « Ukhurhe », la deuxième exposition en France de l’artiste nigérian Mathew Eguavoen
AFRIMAG : Après une première exposition personnelle intitulée : « Egbé Okpá » à la Galerie Afikaris à Paris en 2022 où Matthew Eguavoen jeune père dévoilait des portraits intimes sur le couple et la famille à travers une galerie de portraits à caractère autobiographique, quel est le thème de cette nouvelle exposition ?
Ghizlaine Badri Lahlou : Ukhurhę est la seconde exposition personnelle en France du peintre nigérian Matthew Eguavoen. Dans un ensemble de portraits, l’artiste lève le voile sur les maux invisibles et les souffrances cachées de ces sujets atteints de troubles mentaux.
En mettant l’accent sur leurs émotions et leurs attitudes, l’artiste plonge ses modèles dans une réflexion existentielle qui laisse place à l’interprétation. Créant ainsi une prise de conscience chez ceux qui les observent.
Souffrant de dépression, Mathew Eguavoen s’investit corps et âme dans ses œuvres jusqu’à laisser une part de lui-même dans le processus de création. Une manière pour lui de tisser un lien entre ses personnages gravés dans la toile qui jaillissent de son subconscient et les spectateurs qui leur font face.
AFRIMAG : Quelle est la particularité de «Ukhurhe ?»
Ghizlaine Badri Lahlou : Dans un contexte moderne, doté d’un médium plus aventureux et libre, l’artiste nigérian Mathew Eguavoen travaille sur l’inégalité des sexes, la santé mentale, l’injustice sociale et politique. Au fil de compositions denses et intenses de cet autodidacte se déclinent des thématiques et des regards variés de l’univers singulier d’un artiste tourmenté, sensible et engagé.

À travers des peintures captivantes, Matthew Eguavoen offre un regard introspectif sur la société nigériane, explorant les défis sociaux et personnels auxquels sont confrontés les individus. Cette nouvelle série d’œuvres, rassemblées sous le titre Ukhurhę, évoque la dépression, une maladie mentale peu connue et reconnue en Afrique. Les visages des personnages choisis portent l’empreinte de luttes intérieures reflétant ainsi l’invisibilité des maladies liés à la Psyché.
AFRIMAG : Quel est le message de l’artiste ?
Ghizlaine Badri Lahlou : Dans une quête intérieure afin d’apaiser son mal être et ses angoisses, Mathew Eguavoen s’est intéressé à la région d’Edo d’où il est originaire. L’exposition « Ukhurhe » tire son nom d’un objet chargé de signification culturelle : L’ukhurhe est un bâton de bois gravé représentant les ancêtres familiaux et symbolisant la connexion entre le monde physique et le monde spirituel. Transmis de génération en génération, il sert de lien entre les vivants et les esprits des défunts, offrant un moyen de communication entre les deux mondes. Au sein de l’exposition se trouvent plusieurs ukhurhes qui matérialisent ces ponts invisibles entre les générations passées, présentes et futures. Cet autel est un lieu de communion où les visiteurs sont invités à réfléchir à leurs propres expériences et émotions, à partager leurs tourments et leurs espoirs. Cet autel est un lieu de communion ou les visiteurs sont invités à réfléchir à leurs propres expériences et émotions, à partager leurs tourments et leurs espoirs.

AFRIMAG : Comment se présentent cette nouvelle série de portraits ?
Ghizlaine Badri Lahlou : À travers des visages impassibles et impavides se présentent plusieurs personnages par toile. Mis en scène dans un intérieur familier, deux femmes sont assises par terre l’une derrière l’autre et fixent ceux derrière la toile qui les dévisagent laissant transparaitre un appel de détresse. Sur un autre tableau, deux hommes sont sur un canapé, l’un assis et l’autre est couché, ces doubles portraits font émerger de notre plus profond inconscient les résonances de nos plus intimes inquiétudes et sollicitudes. Matthew Eguavoen présente ses personnages dans des intérieurs d’appartements ou à l’extérieur, les couleurs sont vivaces, éclatantes, étincelantes et contrastent avec le regard éteint, inerte et apathique des personnages. Des doubles portraits qui attestent également de la connexion avec les ancêtres symbolisée dans l’objet de l’ukhurhę qui clôture l’exposition. L’artiste nigérian renouvelle ainsi l’art du portrait en Afrique en dressant une nouvelle écriture libre, contemporaine avec la lumière et les couleurs qui orientent des variations et décryptent de nouveaux signes autour d’une déambulation libre, colorée et assumée aux sources du subconscient.
Bio Express
Après une vingtaine d’années passées dans le journalisme et la communication globale et d’influence, Ghizlaine Badri Lahlou a décidé de poursuivre une formation à l’Ecole du Louvre à Paris pour se consacrer à sa passion : l’Art contemporain et africain.
Directrice générale de la Galerie Living For Art à Casablanca, elle travaille également avec les plus prestigieuses galeries à Paris pour exposer les plus grands artistes marocains et africains.
Partageant sa vie entre Paris et Casablanca, Ghizlaine Badri Lahlou est Franco-italo marocaine et se définit comme une citoyenne du monde. Elle a vécu également à New-York, la cité de la culture underground par excellence, et sillonné les cinq continents dans le cadre de ses multiples pérégrinations.
Ghizlaine Badri Lahlou est titulaire de deux Masters : en journalisme à l’Ecole Supérieure de Journalisme à Paris (ESJ) et en marketing stratégique et communication d’entreprise obtenu à l’Université Montesquieu Bordeaux IV.
Ghizlaine Badri Lahlou a travaillé pour plusieurs médias au Maroc et en France. Elle a été correspondante au Maroc pour l’hebdomadaire français Le Point. Et pour Forbes pour l’Afrique. Dans l’Hexagone, elle a collaboré avec L’Express, le Figaro, les Echos, Paris Match, et Jeune Afrique. Au Maroc, elle a également collaboré avec L’économiste, Economie & Entreprise…





Nigeria


![Tribune | Le futur porte-avions français ne portera pas le nom de « l’homme qui rallia l’Afrique à De Gaulle », Félix Eboué… [Par Gilles Djéyaramane] Emmanuel Macron a opté pour un choix inédit pour le nom du futur porte-avions français, les derniers ayant tous porté des noms en lien avec l'histoire politique et militaire française comme Charles de Gaulle, Georges Clemenceau ou le Maréchal Foch. Plusieurs personnalités dont l’ancien Général Nicolas Marchoux avaient suggéré récemment le nom du Guyanais Félix Eboué emblématique gouverneur général de l'Afrique équatoriale française.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/03/Felix-Eboue-administrateur-colonial-resistant-de-la-premiere-heure-durant-la-Seconde-Guerre-mondiale-et-homme-politique-francais--450x291.jpg.webp)
![Tribune | De Ninive à l’Afrique : la prospérité au service de la dignité collective [Par Benoist Mallet Di Bento]](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/03/Ninive-capitale-du-royaume-dAssyrie-au-VIIIe-siecle-avant-notre-ere.-1-1-450x265.jpg.webp)
![Tribune | Mode : qui sont les nouveaux talents émergents de la Fashion Week de Londres ? [Par Kévin Lognoné] Cette saison, dans le cadre de Fashion Week & the City, le défilé réunit quatorze talents d'Amérique du Nord et du Sud, d'Europe et d'ailleurs, reflétant la diversité et l'énergie de la mode actuelle](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/02/BB-450x298.webp)
