Dans un contexte géopolitique international marqué par de nombreuses tensions et des conflits armés, le Chef de l’État français a donné le feu vert à la construction d’un porte-avions de nouvelle génération, un « nouveau navire amiral ». Comme la tradition le veut, il lui revenait d’annoncer le nom du futur bâtiment. Chose faite, il s’appellera le « France Libre », une vraie déception pour ceux qui espéraient voir Félix Eboué et par extension la place des mondes ultramarins d’aujourd’hui et d’hier durant la seconde guerre mondiale rappelée à chacun
Emmanuel Macron a opté pour un choix inédit pour le nom du futur porte-avions français, les derniers ayant tous porté des noms en lien avec l’histoire politique et militaire française comme Charles de Gaulle, Georges Clemenceau ou le Maréchal Foch. Plusieurs personnalités dont l’ancien Général Nicolas Marchoux avaient suggéré récemment le nom du Guyanais Félix Eboué emblématique gouverneur général de l’Afrique équatoriale française. Alors que se présentait l’occasion de mettre en valeur, une personnalité valeureuse de la France d’Outre-mer, territoire qui a payé un lourd tribut aux conflits mondiaux, le choix s’est porté sur la « France Libre », mouvement de résistance fondé par le Général de Gaulle. Il s’agit là d’une occasion ratée de rendre hommage aux hommes et aux femmes originaires des territoires ultramarins et plus généralement des anciennes colonies engagées pour la France. Un acte qui aurait certainement profondément marqué les esprits au sein de la famille francophone par sa portée symbolique et d’une certaine façon sa dimension « réparatrice des mémoires ».
Felix Eboué, l’administrateur colonial noir qui se voulait humaniste
Né en 1884 à Cayenne, Félix Eboué obtient une bourse en 1904 pour poursuivre sa scolarité à Bordeaux. Bachelier en 1905, il rejoint l’école coloniale à Paris jusqu’à 1908. Il s’oriente vers l’administration des colonies africaines, et obtient son affectation comme en 1909 dans l’Oubangui-Chari. Il dira d’ailleurs que l’Afrique, « berceau de ses ancêtres avait toujours exercé sur lui une attirance ». Il va rester en poste jusqu’au début des années 30, revenant régulièrement en Guyane pour convenances personnelles.
En Afrique, Félix Eboué essaie d’appliquer sa vision de la politique coloniale, tentant de concilier la modernisation de la vie matérielle et le maintien de la culture africaine. Ainsi, il favorise les productions nouvelles comme le coton, développe l’infrastructure routière et ferroviaire. Parallèlement, il pousse à sauvegarder les cultures vivrières, s’initie aux langues locales (il est passionné d’anthropologie), étend ses recherches sur les traditions…
On le dit : « partisan de l’association – et non de l’assimilation – des peuples colonisés ». Il se heurte souvent à ses supérieurs hiérarchiques. Félix Eboué aura recherché un équilibre entre la fonction d’administrateur colonial rigoureux et un humanisme intransigeant ». Après un passage en Martinique, au Mali (alors Soudan Français) et en Guadeloupe, il devient gouverneur du Tchad en 1939.
« Félix Éboué, l’homme qui a rallié l’Afrique à De Gaulle »
A la suite de l’appel du général de Gaulle, le 29 juin 1940, Félix Eboué, qui « juge que cet armistice prive sa patrie des valeurs qu’il a toujours défendues, câble sa détermination de ne pas en appliquer les clauses ». Le 16 juillet, un télégramme du général de Gaulle lui apporte l’appui du chef de la France Libre dont les émissaires arrivent le 24 août. Le 26, une proclamation annonce le ralliement du Tchad à la France Libre. D’autres territoires suivent l’exemple : Félix Eboué a amorcé la dissidence africaine, apportant à la cause de la France combattante un point d’appui territorial certain.
Il est nommé gouverneur général de l’Afrique équatoriale française par le général de Gaulle en novembre 1940 puis est condamné à mort par contumace par le Gouvernement de Vichy. Félix Eboué siège au Conseil de défense de l’empire et est fait Compagnon de la Libération par décret du 29 Janvier 1941. En 1942, sur sa proposition, le général de Gaulle signe trois décrets fixant le statut des notables, organisant les communes africaines et créant un office du travail.
Du 30 janvier au 8 février 1944, il participe activement à la conférence de Brazzaville sur la question coloniale ouverte par le général de Gaulle. Malheureusement, il meurt quelques semaines après au Caire laissant de facto de nombreux dossiers sur la condition coloniale non défendu.
Felix Eboué, un compagnon de la Libération et un artisan de la France Libre
Le Président Emmanuel Macron a souhaité placer le futur porte-avions dans l’affiliation du général de Gaulle. « Sa vie, son destin, les choix faits dès le mois de juin 1940, après la débâcle, disent une certaine idée de la France. Pour lui, pour nous, l’esprit français, c’est un esprit de résistance, c’est une volonté que rien n’arrête. Volonté de résister pour demeurer libre, volonté irréductible, invincible sur le territoire national ou ailleurs face à l’occupation…Volonté de rester libre, oui ». Il semble évident que le choix du nom de Félix Eboué qui faisait partie des « femmes et des hommes qui se sont dressés face à la barbarie, unis pour sauver la patrie, déterminés à défendre une certaine idée de la nation » était légitime. Il est peut-être encore temps de rappeler à tous le courage de ce Guyanais aux origines africaines qui repose à Paris au Panthéon et qu’«aux grand Hommes, la patrie soit reconnaissante ».




![Tribune | Le futur porte-avions français ne portera pas le nom de « l’homme qui rallia l’Afrique à De Gaulle », Félix Eboué… [Par Gilles Djéyaramane] Emmanuel Macron a opté pour un choix inédit pour le nom du futur porte-avions français, les derniers ayant tous porté des noms en lien avec l'histoire politique et militaire française comme Charles de Gaulle, Georges Clemenceau ou le Maréchal Foch. Plusieurs personnalités dont l’ancien Général Nicolas Marchoux avaient suggéré récemment le nom du Guyanais Félix Eboué emblématique gouverneur général de l'Afrique équatoriale française.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/03/Felix-Eboue-administrateur-colonial-resistant-de-la-premiere-heure-durant-la-Seconde-Guerre-mondiale-et-homme-politique-francais-.jpg)
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