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Grand entretien. Essam Daoud :  Président des cimentiers de Côte d’Ivoire, Directeur général de CIM Ivoire

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Regroupant quatre opérateurs cimentiers du pays, l’Association des cimentiers de Côte d’Ivoire (Acci) vient de voir le jour. Mais les défis qui attendent ce nouveau groupement sont nombreux. Si le secteur de la construction connaît un boom, les cimentiers doivent faire face à une surcapacité de production, mais aussi satisfaire le consommateur final qui trouve que le prix du ciment reste élevé.

Essam Daoud, Directeur général de  CIM Ivoire et Président d’une nouvelle association du secteur, revient sur les enjeux de cette filière industrielle. Entretien.

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«Nous sommes passés d’une situation de pénurie de ciment à une situation de surcapacité»

 

 

Cim IvoireAFRIMAG : L’Association des cimentiers de Côte d’Ivoire (Acci) a été récemment mise en place par quatre opérateurs cimentiers du pays. Quels sont les objectifs de votre groupement ?

Essam DaoudCréée en juin 2019, l’Association des cimentiers de Côte d’Ivoire (Acci) regroupe quatre industriels du ciment de Côte d’Ivoire : Ivocem représenté par son Directeur général, Surendra Muddapati ; Prestige Ciment, représenté par son Directeur général-adjoint Yvan Zarka ; Limak Afrika représenté par son Directeur général, Erdem Oner et Cim Ivoire que je représente et assure la présidence actuelle de l’Association des cimentiers de Côte d’Ivoire (Acci).

En substance, nos objectifs sont de quatre priorités :

– La promotion de notre industrie dans le respect des lois, notamment en matière de concurrence ;

– L’instauration d’une concertation continue avec les autorités publiques pour l’amélioration des standards de qualité, de sécurité et d’environnement ;

– L’encouragement de nouveaux relais de croissance et l’utilisation de ressources locales et régionales dans la production des ciments ;

– La contribution à l’amélioration du climat des affaires en partenariat avec des organisations professionnelles publiques et privées.

 

Limak Afrika

L’Acci a été créée par quatre opérateurs. Quid des trois autres cimentiers ?

En dehors des quatre membres de notre association, le marché ivoirien compte bien plus que trois autres opérateurs. Mais vous devez sans doute faire allusion aux trois groupes cimentiers qui opéraient en Côte d’Ivoire avant le démarrage du Groupe Cimmetal en septembre 2018, à savoir :

Sca/Socim, Lafarge Holcim et Ciments de l’Afrique. Ces derniers sont membres de l’Apcci, une autre organisation professionnelle représentative du secteur avec laquelle, naturellement, nous travaillons de concert sur certains sujets d’intérêt commun. Hormis ces opérateurs, d’autres ont démarré leur activité beaucoup plus récemment comme Cimod et Cimport, nous échangeons avec eux assez régulièrement dans la perspective d’une intégration prochaine au sein de notre association.

 

Trois nouveaux opérateurs sont annoncés dans les prochains mois. Est-ce qu’il y a de la place pour tout le monde ? N’y a-t-il pas un risque de surcapacité ?

Ce n’est plus un risque, c’est une réalité. En effet, la capacité installée opérationnelle est de 13 millions de tonnes pour un marché qui consomme 4,3 millions de tonnes. Le taux d’occupation moyen est donc de l’ordre de 25% à 30%, ce qui est extrêmement faible pour des unités industrielles. Situation pouvant mettre en danger la pérennité de certains opérateurs. Nous sommes en concertation avec les autorités de tutelle sur cette question et nous espérons que des décisions courageuses seront prises d’autant plus que d’autres unités de production entreront en activité dans les mois à venir pour porter la capacité globale installée à plus de 18 millions.

 

Comment l’Acci compte-t-elle alors accompagner cet essor en Côte d’Ivoire ?

Certes il y a eu essor en matière d’investissement dans l’industrie du ciment grâce à l’action du gouvernement pour encourager les investisseurs et opérateurs à venir s’installer en Côte d’Ivoire. De façon extrêmement rapide, nous sommes passés d’une situation de pénurie de ciment dans les années 2016 et antérieures à une situation de surcapacité excessive en 2019. C’est pour cela que notre préoccupation majeure est de pérenniser ces investissements pour préserver les acquis et les emplois. Il s’agit donc de contribuer à une analyse objective des réalités nouvelles du secteur à travers un véritable bilan d’étape qui relève non seulement de la responsabilité du secteur privé mais aussi des acteurs du secteur public. Nous sommes convaincus qu’il y a lieu pour le secteur de réfléchir à des solutions viables de réduction des coûts de production qui passera entre autres à notre avis par l’utilisation de matériaux locaux. D’un autre côté, il faudra absolument dynamiser de nouveaux relais de croissance de la consommation pour notre secteur.

Lesquels relais de croissance pourraient venir, par exemple, à travers la construction de route en béton, qui d’ailleurs ont l’avantage d’être plus durables et plus économiques, compte tenu de la baisse du prix des matériaux de construction et de la maitrise technologique de cette solution.

 

Ivocem

Ivocem

Est-ce à dire que cette offre abondante va certainement profiter au consommateur final qui trouve que le prix du ciment reste élevé ?

Les industriels ont déjà consenti un effort important pour la réduction du prix du ciment, mais il est vrai que cela n’a pas encore été répercuté suffisamment jusqu’au consommateur final. Il y a toute une chaine que nous nous devons d’analyser en profondeur pour qu’on comprenne où se situe l’effort additionnel à consentir si nous pensons, sans trop nous avancer, que c’est au niveau des revendeurs. Nous avons déjà évoqué ce sujet avec notre tutelle, le ministère du Commerce et de l’industrie, qui est très soucieux de la réduction de la cherté de la vie.

Il s’agit de se mettre d’accord aujourd’hui sur certains mécanismes de nature à garantir un contrôle efficient de ce qu’il se passe sur le marché, afin de s’assurer que les efforts sont répercutés sur le consommateur final. Il y a une abondance de ciment, une baisse de prix significative, et nous sommes d’avis que le consommateur puisse en bénéficier.

 

Au Burkina Faso, vous étiez également le Président de l’Association des cimentiers. Comment comptez-vous mettre cette expérience au profit de l’Acci ?

Cette expérience à la tête de l’Acb, m’a appris que d’une part, l’écoute est fondamentale et que d’autre part, rien n’est impossible. Il s’agit de s’approprier les difficultés des uns et des autres pour en faire une quête commune et préserver malgré les échecs jusqu’à ce que les objectifs soient atteints. Le secteur cimentier en Côte d’Ivoire est encore plus concurrentiel et les difficultés sont sans doute encore plus exacerbées, ce mandat à la tête de l’Acci sera donc celui de l’écoute et de la persévérance, c’est une lourde responsabilité et aucun effort ne sera ménagé pour préserver les acteurs de ce secteur névralgique de l’économie ivoirienne.

 

Essam Daoud :  Président des cimentiers de Côte d’Ivoire, Directeur général de CIM Ivoire

Essam Daoud : Président des cimentiers de Côte d’Ivoire, Directeur général de CIM Ivoire

 

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